LOUIS XI PERSÉCUTEUR ET VICTIME
les portiers ordinaires et puis ordonnoyent leur guet d’archiers tant à la porte que parmy la court !, comme en une place de frontière estroictement gardée; et n’y entroit nul que par le guychet et que ce ne fust du sceü du roy, excepté quelque maistre d’hostel et gens de ceste sorte qui n’alloyent point devers luy.
Est-il donc* possible de tenir roy, pour le garder honnestement, en plus estroicte prison que luy-mesmes se tenoit? Les caiges où il avoit tenu les autres avoyent quelque huyt piedz en quarré ; et luy, qui estoit si grand roy, avoit” une petite cour de chasteau à se pourmener. Encores n’y venoit-il guères, mais se tenoyt en la gallerie, sans partir de là, sinon par les chambres, et alloit « à la messe sans passer par ladicte court.
Vouldroit-l’on dire que ce roy ne souffroit 4, qui ainsi s’enfermoyt et se faisoit garder, qui estoit en peur‘ de ses enfans et de tous ses prochains parentz, qui/ changeoyt et muoyt de jour en jour ses serviteurs et nourriz ?, et qui ne tenoyent bien ny honneur que de luy, et en nul d’eulx ne se osoit fier et s'enchesnoit de si estranges chesnes et clostures#? Il est vray que le lieu estoit plus grand que d’une prison commune : aussi # estoit-il plus grant que prisonniers communs.
L'on pourroit dire que d’autres ont esté plus suspessonneux que luy*. Ce n’a pas esté de mon temps ny par adven-
a. est donc À. — b. avoit bien P et M. — c. sinon que par les chambres alloit P. — d. souffrist P. — e. près D. Nous corrigeons en peur d’après les autres manuscrits et comme l'exige le sens. — 1. qu'il P, leçon que B. de Mandrot interprète, en imprimant [tellement] qu'il. La leçon de D, que nous suivons, n'oblige à aucune addition. — g. closture D. — h. comme aussi D, par évidente erreur.
1. C'est-à-dire : au milieu de la cour. Voir une description documentée du Plessis dans A. Gandilhon, Contribution à l'histoire de la vie privée et de la cour de Louis XI, dans les Mémoires de la Société historique du Cher, t. XXI (1906-1907), p. 13 et suiv.
2. Les « nourris » du roi sont ceux qu'il entretient auprès de lui.
3. Commynes pense peut-être ici à Tibère, avec qui, en tout cas, le rapprochement s'impose.
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324 MORT CHRÉTIENNE DE LOUIS XI (30 août 1483)
ture homme si saige ny ayant si bons subgectz ; et pourroit estre qu’ilz avoyent esté cruelz et tyrans. Mais cestuy-cy n’a faict mal à nul* qui ne luy ayt faict quelque offence.
Je n’ay point dit ce de” dessus pour seullement parler des suspicions de nostre roy, mais pour dire que la pascience qu’il a portée en ses passions ', semblables de celles qu’il a fait porter aux autres ; je la reputte à pugnition que Nostre Seigneur luy a donné en ce monde pour en avoir moins en l’autre, tant ès choses dont j'ai parlé comme en ses maladies, bien grandes et douloureuses pour luy, et qu’il craignoit beaucoup avant qu'elles luy advinsent ; et aussi affin que ceulx qui viendroyent après luy fussent ung peu plus pyteux ? envers le peuple‘ et moins aspres à pugnir qu'il n’avoit esté, combien que ne luy vueil donner charge ne dire de avoir veü ung meilleur prince. Il est vray qu'il pressoit ses subjectz *, mais il n’eust point souffert4 que ung autre l’eust faict, ny privé ne estrange ‘.
Après tant de paours et de suspicions et doleurs, Nostre Seigneur feït miracle sur luy et le guerit tant de l’ame que du corps, comme tousjours a acoustumé en faisant ses myracles, car il l’osta de ce miserable monde: en grant santé de sens et d’entendement, en bon memoire, ayant receü tous ses sacrementz, sans souffrir douleur que l’on congneüst, mais tousjours parlant jusques à une patenostre avant sa mort. Ordonna/de sa sepultureÿ, et qu’il vouloit qui l’accom-
a. à nul omis par D. Nous rétablissons ces mots, nécessaires ai sens, en les empruntant aux autres manuscrits. — b. de omis par P. — c. plus piteux du peuple P et M. — d. car, s’il pressoit ses subjectz, il n’eust point souffert P. — e. du travail de ce misérable monde partout ailleurs que dans B et D. — f. ordonnant P et M.