‹ Mémoires éditésChapitre 344 sur 379 · CONSIDÉRATIONS SUR LA VIE DE LOUIS XI · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR LA VIE DE LOUIS XI

autres, et que le filz ne eust riens (mais actendoit la succession du roy domp Henry de Castille, frère de sa femme, laquelle depuis luy est advenue), toutesfois faisoyent-ilz grand resistence, car ilz avoyent les cueurs des subgectz dudict pays de Roussillon, lequel cousta cher au roy et au royaume, car il y mourut et se y perdit maintz hommes de bien et y despendit grant argent®!.

En cecy? le plaisir qu'il prenoit estoit peu de temps en l’autre: et au grand travail de sa personne, comme j’ay dit. Le temps qu'il reposoit, son entendement travailloit, car il avoit affaire à tant de lieux que merveilles, et se fust aussi voluntiers empesché des affaires de ses voysins comme des siens et mys gens en leurs maisons et departy les auctoritéz d’icelles. Quant il avoit la guerre, il desiroit paix ou trèves ; quant il avoit la paix ou la trève, à grant peine la povoit-il endurer?. De maintes menues choses de son royaulme il se mesloit, et d’assez dont il se fust bien passé ; mais sa complexion estoit telle, et ainsi vivoit. Aussi son memoire estoit si grand qu'il retenoit toutes choses, et congnoissoit tout le

a. P ajoute : car ceste guerre dura longuement. — b. Ainsi P. — c. en l’an P.— 4. son dans tous les manuscrits. Cf, p. 324, en bon memoire.

1. Commynes résume ici le conflit créé entre la France et l’Aragon pour la question du Roussillon. Cf. J. Calmette, Louis XI, Jean II et la Révolution catalane, ouvrage consacré à l'étude de cette question de 1462 à 1473. Après avoir repris à cette dernière date le Roussillon et la Cerdagne, Jean II laissa Louis XI reprendre les deux comtés en 1475, afin de porter son effort en Castille et assurer ce royaume à son fils, Ferdinand le Catholique, marié à Isabelle (cf. ci-dessus, p. 145). Il est exact que les habitants étaient restés fidèles à la maison d'Aragon (J. Calmette, op. cit., p. 361). Jean II sut jouer de cette fidélité. Commynes aurait dû faire à Jean II d'Aragon une place dans sa galerie des grands princes contemporains de Louis XI, car ce maître et précurseur de Ferdinand le Catholique a su être, à travers un règne agité, le véritable artisan de l'unité espagnole.

2. Ce passage est à rapprocher du portrait de Louis XI tracé ailleurs par Commynes. Voir t. I de la présente édition, p. 67 et suiv.

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