CONSIDÉRATIONS SUR LA VIE DE LOUIS XI
toucher jamais à femme que à la royne sa femme. Et, combien que ainsi le devoit faire selon l'ordonnance de mariage, si fut ce grant chose, à en avoir tant à son commandement, de perseverer tant en ceste promesse, veü encores que la royne ! n’estoit point de celles où l’on devoit prendre grant plaisir, mais bonne dame estoit®.
Encores en ceste chasse avoit presque autant d’ennuy que de plaisir, car il y prenoit de grandz peines. Il couroit les cerfz à force et se levoit fort matin; et alloit aucunes foiz loing et ne laissoit pour nul temps qu'il feïst. Et ainsi s’en retournoit aucunes foys bien las et presque tousjours courroucé à quelque ung : car c’est ung mestier qui ne se conduyt pas tousjours au plaisir de ceulx qui le mainent£#. Toutesfois il se y‘ congnoissoit myeulx que nul homme qui ayt regné ? de son temps, selon l’oppinion de chascun.
Ceste chasse estoit sans cesse et logé par les villaiges, jusques à ce qu’il venoit quelques nouvelles de la guerre“ : car presque tous les estéz y avoit quelque chose entre ce duc Charles et luy, et fasoient trèves tout l’yver*.
Aussi eut plusieurs affaires pour ceste conté de Roussillon, contre le roy Jehan d’Arragon, père du roy d’Espaigne qui règne de present. Combien qu'ilz fussent povres et fort troubléz avec leurs subgectz, comme ceulx de Barcelonne et
a. estoit ne se trouve que dans D. — b. conduisent P. — c. se y omis par P. — d. de la voie de faict P. — e. et l’yver faisoient trèves P.
1. Charlotte de Savoie, dont tous les contemporains ont été unanimes à faire l'éloge. Commynes laisse entendre que la fidélité de Louis XI ne commença qu’en 1473. Il corrobore ainsi tacitement ce qui a été dit par d’autres auteurs sur l’époque antérieure, notamment par Thomas Basin et Chastellain. Cf. A. Gandilhon, Contribution à l'histoire de la vie privée et de la cour de Louis XI, dans les Mémoires de la Société historique du Cher, t. XX (1905), p. 389.
2. Ce mot ici encore signifie « vécu ». Cf. notre observation au t. I de la présente édition, p. 2, n. 3.
3. Entendez : cette chasse n'avait point de cesse et il était logé.