CARRIÈRE AGITÉE DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE
Il n’avoit riens de son père“, mais ce pays de Hollande estoit trop riche et luy faisoit de grans dons et! plusieurs grosses villes des autres pays, pour l’esperance qu’ilz avoyent d’acquérir sa grace pour le temps advenir : qui est ? coustume generalle que tousjours l’on complaist plus aux gens de qui on espère la puissance et auctorité accroistre pour l’advenir que l’on ne faict pour celuy qui est jà en tel degré qu’il ne peult monter plus hault, et y est l'amour plus grande, par especial entre peuple. Et est pourquoy le duc Philippes, quant on luy disoit que les Gantoys aymoyent tant son filz? et qu'il les sçavoit si bien conduyre, respondoit qu'’ilz avoyent tousjours bien aymé leur seigneur advenir, mais depuis qu'il estoit seigneur qu'ilz le hayoient 3. Ce proverbe fut veritable, car, oncques puis que le duc Charles fut seigneur, ilz ne l’aymèrent et luy monstrèrent bien, comme l’ay dit ailleurs. Et aussi de son costé ne les aymoit point. Mais à ce qui est descendu de luy, ilz ont faict plus de dommaige qu’ilz n’eussent sceü faire à luy.
Pour tousjours continuer mon propoz, depuis que le duc Charles entreprint la guerre pour les terres de Pycardie, que nostre roy avoit rachaptées de son père le duc Philippes et qu'il se mist avec les autres seigneurs du royaume en ceste guerre du Bien public {, quelle ayse eut-il? Tousjours travail, sans nul plaisir, et de la personne et de l’entendement, car la gloire luy monta au cueur et l’esmeüt d'acquérir tout ce qui luy estoit bien seant ÿ. Tous les estéz tenoit les champs, en‘ grant peril de sa personne, prenoit tout le soing et la cure de l’ost, et n’en avoit point encores assezé à son gré, se
a. parfois il venoit veoir son père B. — b. l’aymoient tant P. — c. à P.— d. assez omis par M.