Entendez : à bien peu de jours près, sans aucun doute
LE TÉMÉRAIRE REJOINT ÉDOUARD IV (14 juillet 1475) 35
d'Angleterre à Calaix et le departement du duc de Bourgongne devant Nuz‘. Lequel à grans journées se retira? droit à Callaix devers le roy d'Angleterre, à bien petite compaignie. Et envoya ceste armée‘, ainsi despecée comme avez ouy!, pour piller le pays de Barrois et de Lorraine et pour les faire vivre et se refreschir. Et le feït à cause de ce que ledict duc de Lorraine luy commença d la guerre et l’avoit deffié, luy estant devant Nuz : qui estoit bien une grant faulte à luy, avecques les autres que jà avoit faictes envers les Angloys, lesquelz s’attendoient de le trouver à leur descente‘, pour le moins deux mil vC hommes d’armes bien en point et autre grand nombre de gens de cheval et de pied, car ainsi leur avoit promis ledict duc de Bourgongne pour les faire venir et qu’il auroit/ commancé la guerre en France trois moys avant leur descente, affin qu’ilz trouvassent le roy plus las et plus foullé. Mais Dieu pourveüt à tout comme vous avez ouy.
a. Mez D. Le scribe a oublié cette fois de corriger ce mot, comme il l'a fait précédemment (ci-dessus, p. 4, n.c).— b. s’en tira P. — c. armé D. — d. avait commencé P. — e. B. de Mandrot complète la phrase en intercalant (avecques) ; mais ce mot, sous quelque forme que ce soit, ne se trouve dans aucun manuscrit. Le style de Commynes, riche en anacoluthes, supporte très bien la phrase telle qu’elle est. — f. avoit M et B, leçon que B. de Mandrot corrige en aroit.
C'est le 27 juin que Charles le Téméraire quitte son camp du Val-Notre-Dame, près de Neuss, tandis que le débarquement d'Édouard IV à Calais eut lieu, comme on l’a vu, le 6 juillet. Mais Charles n’arriva lui-même que le 14 à Calais (« Extrait d’une chronique », publié dans l'édition de Commynes de Lenglet, t. II, P. 217).
Σ . ci-dessus, p.19, n.1.—Le Téméraire avait diviséses troupes en plusieurs corps. C'est ce que Louis XI lui-même explique au chancelier de France dans une lettre en date du 15 juillet : « Et a le duc de Bourgongne departy son armée en trois : les Lombards en Luxembourg, pour faire guerre en Lorraine; les Alemans.. en Guerles.… ; il vient en personne en Picardie faire la guerre... pour se joindre avec les Anglois » (Lettres de Louis XI, éd. Vaesen, t. V, P- 369).
36 LES ANGLO-BOURGUIGNONS SUR LA SOMME (juill.-août 1475)
Le roy d'Angleterre partit de Callaix et ledict duc en sa compaignye! et passèrent par Boullenois et tirèrent à Peronne‘, où ledict duc les recueillit assez mal?, car il faisoit garder les portes et n’y entroit gens que en petit nombre ; et logèrent? aux champs : aussi‘ le povoient-ilz bien faire, car ilz estoient bien pourveüz de ce qu'il leur failloit pour ce mestier.
Venuz qu'ilz furent à Peronne, ledict connestable envoya devers ledict duc de Bourgongne ung de ses gens, appellé Loys de Civille“*, pour s’excuser envers ledict duc de Bourgongne de quoy il ne luy avoit baïllé Sainct Quentin, disant que, si ainsi l’eust faict, il ne luy eust peü plus servir en riens dedans le royaume de France ; car de tous pointz il eust perdu son credit et la communication des gens; mais que, à ceste heure, veü qu’il veoit le roy d'Angleterre si près, feroit tout ce que ledict duc de Bourgongne vouldroit. Et, pour en estre plus certain, baïilla audict duc unes lettres de creance adressantzi au roi d'Angleterre ; et mectoit ledict connestable la
a. Boullongne D, par erreur évidente du scribe. — b. logeoient P. — c. et P. — d. Saintiville B ; Saintville M ; Cenelleville P. Il y a lieu d'observer que B. de Mandrot attribue à À la leçon Convelle ; mais tout au plus pourrait-on lire dans ce manuscrit Cornelle ou Covielle.
1. Le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne partent ensemble de Calais le 17 ou 18 juillet; les Anglais passent par Ardres et Guines ; ils campent le 19 près de Saint-Omer; de Saint-Omer, par Thérouanne, ils gagnent le 23 Fauquenbergue, ensuite Ruisseauville et Azincourt, où ils passent deux nuits ; de là, par Blanzy et Saint-Pol, ils atteignent, vers le 28, Doullens, où ils sont rejoints par le Téméraire, qui s’est détaché d'Édouard à Fauquenbergue pour visiter Arras. De Doullens, où est passée une revue, Édouard reprend sa marche en avant. Il est à Acheux le 1°r août, le 2 à Ancre (aujourd’hui Albert), le 3 à Curlu et campe le 5 à l'Éclusier- Vaux, près de Péronne, ayant la rivière à dos. On trouvera au ch. x de notre ouvrage sur Louis XI et l'Angleterre toutes les références propres à justifier ces étapes.
2. Le camp anglais près de Péronne était établi à Saint-Christ.