Louis XI spéculait sur le mécontentement et la déception
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48 EXÉCUTION DE L'ACCORD FRANCO-ANGLAIS (août 1475)
comme seür que le connestable ne bailleroit nulles places, car chascune heure le roy envoyoit devers luy pour l’entretenir et pour l’adoulcir et pour le garder de mal faire. Aussi le roy avoit bonne congnoissance de la personne du roy d’Angleterre, lequel aymoit fort ses plaisirs et ses aises‘. À quoy sembloit qu'il parloit plus saigement que homme de la compaignie et qu'il entendoit myeulx ces matières de quoy il parloit. Et conclud « que à très grand dilligence on cerchast cest argent ; et fut advisée la manière de le trouver et qu'il failloit que chascun prestast quelque chose pour ayder soudainement à le fournir !. Et, oultre, dist 4 le roy qu'il n’estoit chose au monde qu'il ne feïst pour les gecter hors du royaulme, excepté qu’il ne consentiroit jamais pour riens qu'’ilz eussent terre ; mais*, avant qu'il le souffrist, mectroit toutes choses en peril et hazard.
[2.] Icy parle de monst le connestable et comme il envoya devers le roy, adverty de l’appoinctement qui se traictoit entre le roy et le roy d'Angleterre!. — Monsï le connestable se commença à appercevoir de ces marchéz? et à avoir paour d’avoir
a. ses aises et ses plaisirs P. — b. Cette leçon est commune à D et à A, Bet M, tandis que P, qui portait aussi quoy, a substitué moy, après graltage. — c. conclusit P. — d. et conclud le roy À ; et conclusit le roy P. — e. et P. — f. Titre en rouge dans D.
des Anglais. Cf. Thomas Basin, Histoire de Louis XI, liv. IV, ch. xvi, éd. J. Quicherat, t. II, p. 358 : « Inter se murmurantes et contra suum regem, quod circumventi forent, nec eis fides a duce Burgundiae et aliis in Gallia sibi foederatis servaretur.… Cumque in dies major ac major fames eos perurgeret constringeretque necessitas, qui velut effaeminati ac nimium pavidi, nec infra Francorum limites pedem intrare auderent, caepit murmur eorum et querela tum adversus suum regem, tum et adversus praefatum ducem ac suos foederatos invalescere. »
1. Nous montrerons en détail dans l'ouvrage annoncé sur Louis XI et l’Angleterre avec quelle promptitude et par quels moyens Louis XI parvint à réunir les sommes nécessaires à un premier payement.
2. Le mot « marché » a le sens de « tractation »; il désigne ici les pourparlers franco-anglais.
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AVENTURE DE LOUIS DE SAINVILLE (août 1475) 49
offence de tous costéz, craignant tousjours ceste marchandise qui avoit cuydé estre conclue! contre luy à Bouvynes: ; et, pour ceste cause, il envoyoit souvent devers le roy. Et, sur l'heure dont je parle, vint devers ledict seigneur ung gentil homme appellé Loys de Civille??, serviteur du connestable, et ung sien secretaire nommé Richier ‘3, qui tous deux vivent encores, et dirent leur creance à mons' de Bouchaïige et à moy premier que au roy‘, car le plaisir dudict seigneur estoit tel.
Ce qu’ilzé apportoyent pleüt fort au roy, quant il en fut adverty, pour ce qu’il avoit intention de s’en servir, comme vous orrez. Le seigneur de Contay, serviteur du duc de Bourgongne, qui avoit esté prins naguères devant Arras, comme vous avez ouy, alloit et venoit sur sa foy devers ledict duc ; et luy avoit promis le roy donner sa finance et une très grande somme d'argent s’il povoit traicter la paix. D’avanture, il estoit arrivé devers le roy ce jour que arrivèrent les deux dessus nomméz serviteurs dudict connestable. Le roy feïit mectre ledict de Contay dedans ung grant ostevent$ et vieil, lequel estoit en sa chambre, et moy avecques luy, affin qu'il entendist et peüst faire rapport à son maistre des parolles dont ledict connestable et ses gens usoient dudict duc‘. Et le roy se vint seoir sur ung escabeau rasibus?7 dudict ostevent, affin que nous peüssions entendre les parolles que
a. Bonnynnes D. — b. Seville À ; Ceville B et M ; Cerville P. Cf. ci-dessus, p. 00, n. 0. — c. appellé maïstre Jehan Richier P. — d. Ceux qui À. — e. dont usoit ledit connestable et ses gens dudit duc P.
1. Entendez : cet arrangement qui avait failli se conclure. Cf. à ce sujet notre t. I, p. 246.