PRÉPARATIFS DE L’ENTREVUE DE PICQUIGNY
[x.] Icy commence à parler de la veüe du roy et du roy d'Angleterre qui fut à Pequignyt. — Le roy d'Angleterre, pour conclure ceste paix, vint loger à demye lieue d'Amyens;
a. qu'il eust de leur venue À. — b. Titre en rouge dans D.
1. Entendez : jusqu’à ce que le roi d'Angleterre fût retourné en deçà de la mer depuis trois mois.
2. Le lendemain, Charles le Téméraire tenta une nouvelle démarche pour modifier les idées de son beau-frère Édouard IV: mais il n’obtint pas plus de succès (« Extrait d’une ancienne chronique », publié dans l'édition Lenglet, t. II, p. 217). Il quitta alors la place et s’en retourna par Cambrai à Namur. Là il reçut, le 26, notification officielle de l’arrangement franco-anglais. Cette notification, qui nous a été conservée, grâce à une copie, aux Archives d’État de Milan, accumulait toutes sortes de raisons pour colorer la duperie. Louis XI fut mis au courant de ce qui se passait au camp de Saint-Christ par Jean Blosset (Lettres de Louis XI, éd. Vaesen, t. VI, p. 12).
3. Le sens est : ainsi que ceux de son conseil. Commynes veut faire entendre que les paroles malsonnantes du Téméraire choquèrent non seulement Édouard IV, mais les membres du Conseil d’Angleterre.
4. Louis XI dut arriver avec ses troupes à Amiens le 22 août.
ANGLAIS ET FRANÇAIS FRATERNISENT (août 1475) 55
et estoit le roy à la porte, qui de loing les povoit veoir arriver. Pour ne mentir point, il sembloit bien qu'’ilz fussent neufz à ce mestier de tenir les champs! ; et chevauchoient en assez mauvais ordre. Le roy envoya au roy d'Angleterre trois cens charriotz chargéz de vins? des meilleurs que possible fut de trouver®. Et sembloit ce charroi presque ung ost aussi grant que celluy d'Angleterre. Et pour ce qu'il estoit trève, venoit largement Angloys en la ville et se monstroient peu saiges et ayans peu de reverence à leur roy. Ilz venoient tous arméz et en grande compaignie, et quant nostre roy y eust voulu aller à mauvaise foy, jamais si grant compaignie ne fut plus aisée à desconfire. Mais sa pensée n’estoit autre que à les bien festoyer et se mectre en bonne paix avec eulx pour son tempsi.
Il avoit ordonné à l'entrée de la porte de la ville deux grans tables, à chascun costé une, chargéese de toutes bonnes viandes qui font envie de boire, et de toutes sortes, et les vins les meilleurs dont on se povoit adviser, et les gens pour en servir. D’eaue, n’estoit point de nouvelles. A chascune de ces deux tables avoit fait seoir cinq ou six hommes de bonne maison, fort gros et gras, pour myeulx plaire à ceulx qui avoyent envye de boyre ; et y estoit le seigneur de Craonf,
a. finer M et P, leçon qui a, d'ailleurs, le même sens. — b. du roy d'Angleterre P. — c. chargée À.
Édouard IV établit son camp auprès de la même ville. Dès ce moment, les deux armées fraternisent.