Georges de la Trémoiïlle, sire de Craon
56 INTRIGUES DU COMTE DE SAINT-POL (août 1475)
le seigneur de Bricquebec!, le seigneur de Bressuyre‘?, le seigneur de Villiers? et autres. Et, dès que les Anglois s’approchoient de la porte, ilz veoyent ceste assiette À ; et y avoit gens qui les prenoient à la bride et disoient qu'’ilz y courussent? une lance ; et les amenoient près la table, et estoient traictéz pour ce passaige selon l'assiette et en très bonne sorte, et le prenoient bien en gré.
Comme ilz estoient en la ville, quelque part qu'ilz descendissent, ilz ne payèrent® riens ; et y avoit neuf ou dix tavernes bien fournies de ce qu'il leur‘ estoit necessaire, où ilz alloient boire et manger; et demandoient ce qu'il leur plaisoit et ne payoient riens ; et dura cecy trois ou quatre jours.
[2.] Comment mons le connestable envoya devers le roy d'Angleterre pour le desmouvoir de faire ledict appoinctement avecques le roy°. — Vous avez ouy comment ceste trève desplaisoit au duc de Bourgongne; mais encores desplaisoitelle’ plus au connestable, qui se veoit mal de tous costéz et avoir failly5. Et, pour ce, envoya devers le roy d'Angleterre son confesseur avec une lettre de creance, qui estoit telle que, pour l’amour de Dieu, ne voulsist adjouster foy aux promesses ne aux parolles? du roy, mais que seullement il voulsist prendre Eu et Sainct Vallery et se y loger pour partye de l’yver, car, avant qu'il fust deux moys, il feroit par telle manière qu’il! seroit bien logé ; sans luy bailler autre
a. Nom corrigé dans D. — b. disoient qu'il falloit qui luy P. — c. payoient P. — d. qui leur P. — e. Titre en rouge dans D. — 1. desplairoit B. — g. aux parolles ne aux promesses P. — k. feroit en façon qu'il P.
. Jean d’Estouteville, sire de Bricquebec.
. Jacques de Beaumont, sire de Bressuire.
. Alain Goyon, sire de Villiers.
. C'est-à-dire : cette installation.
. Entendez : le connétable se voyait mal en point et s’apercevait qu'il s'était trompé.
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seürté, mais très grant esperance. Et, affin qu'il n’eust cause de faire ung meschant* appoinctement pour peu d'argent, il offroit à luy prester cinquante mil escuz et luy faisoit beaucoup d’autres ouvertures. Desjà avoit fait brusler le roy ces deux places! dont il parloit, à cause que ledict connestable luy avoit conseillé les baïller aux Angloys, et le roy d’Angleterre en estoit adverty, lequel feït response audict connestable que sa trève estoit conclue et qu’il ne changeroit riens en ceste matière et, s’il luy eust tenu ce qu'il luy avoit promis, qu’il n’eust point fait cest appointement. Lors fut de tous pointz nostre connestable desesperé.
[3.1] Icy recommance à parler de la veüe des deux roysb. — Vous oyez comme ces Angloys se festoyoient en la ville d'Amyens. Ung soir monsr de Torcy vint dire au roy qu'il y en avoit largement et que c’estoit très grant danger. Le roy s'en courroussa à luy?. Ainsi chascun s’en teüt. Le matin estoit le jour semblable que avoyent esté les Innocens ceste année, et à tel jour le roy ne parloit ne vouloit parler de nulle de ses matières et tenoit à grant malheur quant on luy en parloit et s’en courroussoit fort à ceulx qui l’avoyent accoustumé de hanter et qui congnoissoient sa condicion*.
a. mauvais À. — b. Titre en rouge dans D.
1. Le roi annonce le 15 juillet au chancelier, par une missive écrite à Gaillarbois, qu'il fait mettre le feu à Eu (Lettres de Louis XI, éd. Vaesen, t. V, p. 370).