Entendez : à un demi-pied du sol environ
5. C’est la formule consacrée du salut. Louis XI, qui est arrivé le premier au rendez-vous, ainsi qu’a eu soin de le faire observer Commynes, marque par là que c’est lui qui reçoit son interlocuteur. 11 prend donc le premier la parole et, d’ailleurs, dirigera visiblement tout l'entretien.
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ENTREVUE DE PICQUIGNY (29 août 1475) 65
Et loué soit Dieu‘ de quoy nous sommes icy assembléz à ceste bonne intention. » Le roy d'Angleterre respondit à ce propoz en assez bon françois.
Lors commança à parler ledit chancellier d'Angleterre, qui estoit ung prelat appellé l’evesque d’Isle!, et commença par une prophetie, dont les Angloys ne sont jamais despourveüz, laquelle disoit que en ce lieu de Pequigny se devoit faire une grand paix entre France et Angleterre. Et après furent desployées les lettres que le roy avoit faict baïller audict roy d'Angleterre touchant le traicté qui estoit faict. Et demanda ledict chancellier au roy s’il les avoit commandées telles et s’il les avoit pour aggreables. A quoy le roy respondit que ouy ; et aussi celles qui luy avoient eté baillées de la part du roy d'Angleterre.
Et lors fut apporté é le missel et misdrent les deux roys la main dessus et les autres deux mains sur la saincte vraye croix ; et jurèrent tous deux tenir ce qui avoit esté promis entre eulx : c’est assavoir les trèvesc de neuf ans?, comprizd les alliéz d’ung costé et d'autre, et d'accomplir le mariage de leurs enfans, ainsi qu’il estoit contenu oudict traicté.
Après le serment faict, notre roy, qui avoit la parolle bien à son commandement, commença à dire au roy d’Angleterre, en se ryant, qu'il failloit qu'il vint à Paris et qu’il le festieroit avecques les dames et qu'il luy baïlleroït monsr le cardinal de Bourbon pour confesseur, qui estoit celuy® qui l’assouldroit très voulentiers de ce peché, s’aulcun il en avoit
a. et loue fort Dieu P.— b. P. ajoute et ouvert. — c. le terme M. — d. comprins À. — e. là P. Le cardinal était effectivement présent, comme il est dit plus haut.
1. Thomas Scot, dit Rotherham, chancelier d’Angleterre, n’était pas évêque d'Ély, mais de Lincoln, et Mille Dupont, au t. I de son édition, p. 375, a eu raison de relever ici une confusion commise par Commynes. L'évêque d’Ély, William Gray, avait été trésorier et non chancelier d'Angleterre.
2. Commynes a déjà écrit « neuf » au lieu de « sept » (cf. ci-dessus, p. 47).
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commis, car il sçavoit bien que ledict cardinal estoit bon compaignon.
Comme ce propoz avoit® ung peu duré ou semblable’, le roy, qui se monstroit avoir auctorité en ceste compaignie, nous feïst retirer‘ et nous dist qu'il vouloit parler au roy d’Angleterre seul!. Ceulx du roy d'Angleterre“ se retirèrent semblablement, sans actendre qu’on le leur deïst. Comme les deux roys eurent ung peu parlé, le roy m'appella et demanda au roy d'Angleterre s’il me congnoissoit. Il luy respondit que ouy et dist les lieux où il m’avoit veü et que d’autres fois m’estoye empesché pour le servir à Callaix, du temps que j’estoye avecques le duc de Bourgongne ?.
Le roy luy demanda si le duc de Bourgongne ne vouloit point tenir la trève, pour ce que si orguilleusement en avoit respondu, comme avez ouy#, et luy demanda aussi‘ ce’ qu'il luy plaisoit qu'il feist. Le roy d’Angleterre luy respondit qu’il la luy offrist encores et que, s’il ne la vouloit accepter, qu'il s’en rapportoit à eulx deux. Après, vint le roy tumber
a. eut P. — b. duré ensemble B. — c. 4, M et P ajoutent, après retirer, celte parenthèse : (ceux qui estoient avecques luyÿ). B a: retirer et ceulx. — d. P ajoute seul, mot qui semble répété de la ligne précédente et n'avoir pas de sens ici. B. de Mandrot interprète seulls], mais on ne voit pas que cette correction donne un texte intelligible. — e. comme avez ouy et luy demanda aussi omis par P et M.—ÿ. et M.
1. Sur une peinture perdue des Annales de Toulouse, qui représentait ce moment de l’entrevue, voir J. Calmette, Toulouse et les relations franco-anglaises sous Louis XI, dans les Annales du Midi, t. XXXIV (1922), p. 299 et suiv. Mézeray, Histoire de France (1646), t. II, p. 754, décrit une médaille commémorative dont la légende, qui reproduit curieusement l’erreur de Commynes, contient ces mots : « Pactis novennalibus induciis. » Notons encore, dans le même ordre d'idées, le frontispice de Matthieu, Histoire de Louis XI (Paris, 1610, in-40). Cf. Bibliophiles français, octobre 1867, p. 421.