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516 MÉMOIRl^S DE LOUIS ROSSEL
la Loire. Les conditions géographiques changent coinr plètement, comme l'indique le' changement de langage. Dans les pays de langue d'oc des troupes désorganisées auraient certainement délruit les armées prussiennes^ qui étaient organisées pour les pays de plaines.
Le Président — Je suis complètement de votre avis, mais pendant ce temp^là les trois quarts do la France étaient occupés et ruinés par l'occupatioa.
RossEL — La guerre valait mieux. Les sacrifices consentis pour obtenir la paixont fait plus de mal àla France que la continuation de la guerre ne lui en eût fait subir.
M. Vergue^ Capitaine de frégate en retraite, général
de Parfnée auxiliaire^ ancien commandant supérieur du Camp de Nevers,
Rossel a été sous mes ordres au camp de Nevers. J'avais eu sur lui des renseignements excellents ; on le considérait comme un homme d'une grande capacité. Je lui ai proposé de venir avec moi au camp où il a été nommé colonel au titre auxiliaire. Il avait organisé admirablement et très promptement ses compagnies; il avait une main de fer. Il n'était occupé absolument que d'une chose, continuer là lutte contre les Prussiens e^ réparer nos désastres. La capitulation de Paris avait produit chez lui une exaltation tout à fait auormale; il avait des nuits d'insomnie, et le jour il n'en continuait pas moins son service. 11 est résulté de ces fatigues une surexcitation qui a dû encore s'accroître à mesure qu'il apprenait nos désastres successifs. — Il me disait un jour : soyez tranquille, il y a encore beaucoup de patriotes en France; la guerre continuera. J'ai la conviction qu'il ne s'est rendu à Paris que dans Pintention de continuer la lutte s.et sans arrière-pensée politique. II
était ambitieux de défendre son pays; il ne pensait qu'à cela. Je suis convaincu qu'il aurait donné sa vie pour défendre la France. Jamais il ne s'était occupé de poli-*^ tique.
Monsieur Girerd, Député à V Assemblée nationale.
J'étais préfet de la Nièvre et j'ai vîi fréquemment Rossel à toute heure de jour et de nuit, à l'occasion de sou service. Je me suis souvent aussi entretenu avec lui en dehors du service. Il m'a semblé très pénétré des faits qui s'étaient passés sous ses yeux à Metz; il était convaincu qu'on n'avait absolument pas fait ce qu'on pouvait faire. Il regardait même la capitulation conime le résultat d'une trahison préméditée de longue main; vous comprenez son irritation. Il était décidé à tout sacrifier pour sauver* son pays. C'est à mon avis un homme d'une haute intelligence.
Quand j'ai appris qu'il était parti pour Paris, j'ai été vivement ému, d'abord pour lui, et ensuite parce que ayant une haute idée de $es talents militaires, je trouvais très dangereux pour le gouvernement légal d'avoir a combattre un tel adversaire. C'est alors que j'ai cherché les moyens de le faire revenir; malheureusement je m'y suis pris trop tard. Je lui ai écrit un petit billet où je lui demandais une entrevue, mais je crois qu'il ne l'a pas reçu, car trois jours après, j'apprenais qu'il avait quitté ses fonctions.
Demande. — Avez- vous remarqué qu'il eût des opinions politiques particulières?
M. GiRERD. — Nous ne nous occupions que de la défense.
Monsieur Rampont, Directeur des Postés et député de
V Yonne,
Dans uoe conversation que j'ai eue avec Monsieur Rossei, j*ai vu chez lui une conviction profonde que Tacceptalion de la paix était unç faute. Cétait chez lui une opinion très arrêtée, car il y persista après une longue discussion, et je crois que la pensés qu'un mouvement pouvait amener la guerre avec la Prusse a pu le pousser à prendre part à l' insurrection.
Monsieur Chabert, garde-principal du génie.
Monsieur Rossel m'a demandé des plans des places fortes de France occupées par les Prussiens, pour recommencer la lutte contre eux après l'insurrection. J'ai dû les lui refuser *.
1. Les témoigaages ont tous trgit à la vie. de Rossel avant la Commune, excepté celui du garde du génie qui se rapporte au temps de l'insurrection.