LE 8 SEPTEMBRE
Monsieur Le François, Infendant général inspecteur ,
J'ai vu Rossel pour la dernière fois au mois de juillet 1870; je ne sais rien des motifs qui Pont pousser^ dans PinsurrecUon.
Je l'ai connu à l'Ecole d'application de Metz que je commandais; il s'y faisait remarquer par une conduite régulière, une vie exemplaire et une application infatigable. Je le considérais comme un officier du plus brillant avenir. Après mon départ de Metz, j'ai continué de très cordiales relations avec lui. Chaque fois qu'il venait à Paris^ il me rendait visite et venait dîner avec moi, et rien n'a jamais modifié Texcellente opinion que j'avais conçue de lui.
Quand je commandais l'Ecole de Metz, aucun élève ne s'occupait de politique, Rossel pas plus que les autres. Du reste, je puis dire que je le connaissais plus complètement que beaucoup d'autres élèves, car il passait
souvent la soirée chez moi. Je l'ai toujours considéré CODime un jeune hamme rempli de morale, religieux et esclave de ses devoirs.
Monsieur Petit, Colonel du Génie.
J'ai coDDu Rossel à l'École d'applicatic homme intelligent, un excellent élëye. Il 2' ou^S" ' aux examens de sortie. Je l'ai de vue naturellement quand il a quitté l'E cependant, étant au régiment, il venait bibliothèque de l'Ecole d'application, où ji conduite était toujours parfaitement régu njssait toutes les qualités voulues pour faii officier. A l'École et au régiment on fi les plus grandes espérances.
A ma connaissance, il ne s'occupait pas je crois, du reste que généralement il s'ot ses travaux que d'autre chose. Les étu( naient à la bibliothèque de l'Ecole d'appli< valent pas être des études politiques.
Pendant le siège de Metz, son chef dir chaitde s'occuper un peu trop de ce qui l'extérieur. Lors des différents combats, les champs de bataille pour se rendre con rations avant même que l'eSaire fi!ït finie ; c de s'instruire très naturel chez un jeune o chargé d'un service de fortifications t pour la défense, et qui était toujours très b
Je n'ai jamais remarqué d'exaltation et connaissais pas assez pour œla; il était un ardont patriote.
t. Le deaj:icme.
Motisieur Tézénas, lieutenant- colonel du génie,
Rossel était sous mes ordres à Bourges jusqu'au moment de la déclaration de guerre. C'était un bon officier, zélé, actif, ne donnant lieu à aucun reproche. Il ne s'est jamais occupé de politique. Au moment de la déclaration de guerre, il avait adressé une demande au ministre pour faire partie de l'armée active, et parut très affecté de nfaVôir pas reçu de réponse, surtout lorsqu'un de ses camarades, qui était à Bourges avec lui et qui n'avait rien demandé, fut choisi pour partir. Il me remit alors sa démission en déclarant qu'il s'engageait comme soldat pour faire la campagne; cette démarche me paraissait déplacée dans la situation où nous nous trouvions, et j'hésitais à y donner suite, mais il me déclara qu'il ferait parvenir sa démission au ministre d'une façon ou d'une autre. En voyant son exaltation, je fis directement des démarches à son sujet et j'obtins qu'il serait envoyé à Metz.
Monsieur Zédé, chef de bataillon au 46^ de ligne.
J'ai connu Rossel à Bourges, à Metz et depuis à Lillç^ et à Tours. Nous nous sommes évadés de Metz le même jour, mais par des chemins différents. C'était un excellent officier et un travailleur. Nous l'aimions tous beaucoup. Il ne s'occupait pas da^ politique. En apprenant sa détermination, j'ai éprouvé un profond chagrin de voir un camarade se séparer de nous ; mais, en somme, je considère Rossel comme un homme très intelligent et j'ai pensé qu'il avait ses raisons. I
Rossel était déterminé avant -la guerre à donner sa démission et à partir pour l'Amérique pour s'occuper de chemins de fer. Je l'avait mis en telatiops avec Mon-
sieur de Beaussacq, mon parent, avec lequel A devait partir. La guerre éclata et il n'en fut plus question. Mais depuis la paix j'ai revu M. de Beaussacq, et il m'a assuré que Rossel devait partir avec lui, qu'il avait une position faite en Amérique *
Padovaniy capitaine du génie.
Je connais Rossel depuis une dizaine d'années. Je l'ai
connu à l'Ecole polytechnique, à l'Ecole d'application et je l'ai vu pendant le blocus de Metz ; nous avions un , service analogue, et nous étions très fréquemment ensemble. Je ne me suis jamais aperçu qu'il s'occupât de politique. Il était très affecté^^des malheurs qui fondaient sur la France.
Il était convaincu qu'on pouvait continuer la guerre même après la capitulation de Paris. Je l'ai revu à Nevers et nous avons même eu des discussions à ce sujet. Au mois de février 1871, il m'écrivit pour m'annoncer son intention de passer en Amérique et me demander si je ne voulais pas quitter l'armée et faire comme lui.
Clinchant, général de division.
J'ai connu Rossel à Metz dans le courant du mois de septembre. Il s'est présenté à moi- comme le fils de M. Rossel que j'avais connu dans l'armée. Il est fréquemment venu me voir, et à chaque fois il a été question de la situation douloureuse de Tarmée. Il me demanda à accompagner comme volontaire la compagnie
1. Sur la demande du président qui veut savoir si Rossel avait pensé à l'Amérique avant la guerre, Rossel répond :
« J'avais eu cette idée avant la guerre, mais j'y étais revenu après l'armistice, et mon départ n'a été différé que par les comptes que j'avais à rendre des travaux que j'avais fait exécuter au camp de Nevers, p ' .
franche de ma brigade; il Paccompagna effectivement plusieurs fois. 11 voulait étudier la manière dont les Prussiens se gardaient. Il se déguisa un jour en paysan et essaya de traverser les lignes prussiennes, mais il fut arrêté aux avant-postes et obligé de revenir le lendemain.
Il s'était fait passer pour un paysan que la faim chassait de Metz, et les Prussiens l'avaient renvoyé.
Sur la demande : « Dans les derniers jours n'a-t-il pas été à la tête d'un projet de sortie? » le Général Clinchant reprend :
Nullement. Il y avait eu une réunion de colonels où on avait agité la question de réunir 40.00Ô hommes pour faire une sortie. Ou vint me proposer de prçfudre le commandement. Rossel n'y était pour rien. On s'aperçut bientôt qu'il serait impossible de réunir 40.000 hommes, et je déclarai que je prendrais le commandement même si on n'en réunissait que 20.000. Rossel ne s'est occupé de cela qu'après que tout avait été décidé.
Il m'a paru très patriote, 1res entier, très résolu.
Il avait tenté de forcer le blocus dé Metz pour informer le Gouvernement de la défense nationale de ce qui se passait à Metz.
]}. devait revenir ensuite avec des ordres, si cela avait été possible.
Monsieur Brisson {Eugène), ex- administrateur du camp de Nevers, banquier à Bourges.
J'ai connu Rossel à Rourges, où il était capitaine du génie, mais j'avais alors peu de relations avec lui. Au contraire, je l'ai vu fréquemment au camp de Nevers. Je n'ai pas eu de relations avec lui depuis le 18 mars, car il était parti de Nevers brusquement et sans prévenir personne, mais je me suis joint au général Vergne pour
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demander au ministre de la guerre l'autorisation d'aller le chercher à Paris. La dépêche resta sans réponse, et c'est malheureux, car je ne doute pas que Rossel n'ait écouté la voix de l'ami lié. C'était un homme très actif, très intelligent et qui avait un talent merveilleux pour organiser. Il avait formé en quelques semaines des compagnies du génie qui servaient de modèle au camp et dans l'armée du général du Temple qui pourrait en déposer. Je crois qu'on a rarement vu un officier aussi zélé et en même temps aussi modeste.
Demande, — Quelle a été votre pensée quand vous avez vu qu'il prenait part à l'insurreclion?
— J'ai pensé qu'il allait s'occuper d'organiser la lutte contre l'ennemi. Rossel était très soucieux de la gloirenationale; il aura cru que les Parisiens marchaient à une revanche contre les Prussiens. Vingt fois, dans la conversation, il nous avait dit que Paris ne se défendrait pas, mais se rendrait comme Melz, mais qu'il n'en fanerait pas moins continuer la guerre; qu'il y avait encore assez de patriotes en France pour poursuivre la lutte quand même la paix serait conclue. Je dois faire remarquer aussi que M. Rossel n'était plus à Nevers dans la position d'un officier attaché à un état-major ou à une troupe*. Un décret du 7 mars avaii licencié tout le personnel des camps, et M. Rossel n'était resté que pour m'aider à liquider la comptabilité.
Le PaÉsiDENT — Quant aux idées de résistance à outrance de Rossel, un officier intelligent comme lui devait bien penser que si on peut résister indéfiniment dans un pays de modlagnes comme l'Espagne, il n'en est pas de même dans les plaines de la France.
Rossel — Il n'y a plus de plaines en France au sud de