C'est la guerre d'Italie
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La Floche, 19 octobre 1859, mercredi.
Mes chers parents,
Je suis mieux hypothéqué que lorsque je vous ai écrit ce matin; on s'habitue à tout. Toutefois lorsque je défais quelque petit paquet arrangé par vous, cela me fait de la peine et me rappelle mieux la maison.
Je vais vous narrer mon voyage : d'abord j'ai à vous remercier des précautions que vous avez prises pour la nuit et qui n'ont pas été inutiles pour me parer du froid.
A 4 heures du matin je suis arrivé à Paris où je me suis fait conduire à la gare du Mans. Là nous avons pris le café et attendu le départ. Nous avons retrouvé d'autres élèves et nous nous sommes trouvés sept dans le même wagon, tous du premier bataillon, de sorte que le voyage a été fort bruyant et assez agréable.
Au Mans, je me suis embarqué dans une espèce d'omnibus où nous étions dix-neuf, dont treize dans l'intérieur. Nous y avons chanté beaucoup, de manière à arriver tous enroués. AFouilelourteon s'est arrêté une heure et demie pour faire reposer les chevaux; nous y avons pris un punch qui nous est revenu à dix sous chacun, et nous sommes repartis toujours chantant, et éclairés par une bougie que l'un de nous avait achetée à Foulletourte J'avais fourni ma bouteille comme candélabre l la malheureuse y a péri. Enfin nous sommes arrivés vers neuf heures à La Flèche où un adjudant nous attendait; j'ai eu toutes les peines du monde à ne pas le suivre en plantant là ma malle et mon violon. Enfin il est parti sans moi, et je me suis fait porter mes effets chez Noël, car la voiture arrêtait sur la place du Pilori. Je suis resté environ une demi-heure à arranger mes affaires, et je
suis rentré au Prytanée, après avoir prié madame Noël de faire porter ma malle.
Yoidi eu somme quelles out été mes dépenses : consommé à Dijon, 0 fr. 50; porte-faix à Paris, 1 fr. 00; omnibus, i fr.OO, etc., etc.
Quant aux provisions, je vous dirai que sauf les madeleines que j*ai toutes mangées dans' la première journée, et le pâté dont j'ai mangé une tranche, je n'y ai presque pas touché.
Jeudi matin. — J'ai fait hier connaissance avec trois nouveaux professeurs : M. Gossin, professeur de physique, M. Viant, de mathématiques et M. Chaignet, de littérature. Ils m'ont semblé beaucoup moins diables que les portraits qu'on m'en avait faits. En somme, ije ne suis pas mécontent de les avoir. — Adieu mes chers parents^ je vous embrasse bien.
Votre fils.
Samedi matin. — Rien de neuf dans ma situation, sinon que j'ai deux jours de moins qu'avant-hier à rester au collège, et que je commence à m'habituer. On n'est pas mal en seconde et mes nouveaux professeurs sont bien moins redoutables qu'on ne le dit. Le cours de seconde est bien rempli ; il n'y a guères de temps à perdre.
My watch goes well.
La Flèche, 22 février 1860.
Ma chère tante,
Je suis sorti pour le mardi-gras et je profite de cette occasion pour l'annoncer que nous avons reçu mercredi une lettre de Père: il nous écrit de Corée le 29 décembre. Ils y ont relâché le lendemain de Noël ; sa lettre a
âO MÉMOIRES DE LOUIS HOSSEL
été remise à Gcréo lo 29 décembre, niais elle n'esl partie que jusie un mf is aprè;, le 28 janvier. Il semble s'ennuyer un peu sur le vaisseau, où la vie est bien monotooe. Cependant il y a de bon? camaradu^'s dont il fait l'éloge, entre autres le médecinqui est protestant et des environs de Vauvert et un jeune prêlro calholique, mis- , sionnaire. Je te Fais un tracé de la route qu'il a suivie ave; leî dates des jours où il est arrivé aux différents ^ points, pour t'en donner une idée, Je crois que tu Feras bien de consulter la mappemonde, car mon tracé, fait de mémoire, ne doit pas êire bien exact. Père a été voir des peiiplades nègres sur lesquelles il nous promet des renseignements curieux A son retour.
La FUcba.lDmarslSeO.
Ma chère Mère,
Je viens de recevoir de la sœur supérieure à quatre heures le cadeau que tu m'asenvoyé. Vraiment c'est irop; cependant je l'en remercie bien. Je sors ce soir de l'infirmerie, ainsi tu vois que je n'étais pas bien malade. Je sjis tout à f jit remis de mon indisposition - et j'ai suivi les classes depuis ce matin. Jj suis fâché de t'avoir fait faire jeudi ces emplettes qui n'ont servi de rien. Tu avais l'air en colère conire l'homéopathie, jeudi en partant. Pour être quelquefois mal administrée, il ne faut pas cependant la mépriser et la ju^er tout à fait. 11 me semble que j'aime beaucoup mieux un petit verre d'eau sans goût que d'atroces pilules ou une infâme huile de foie de morue ou de ricin. Demande à Bella.
Adieu bonne petite marnait.
La Flèche, jeudi 14 juin 1860.
Ma chère petite sœur,
Il y a sortie dimanche, ce qui change tout à fait la question. Tu prendras donc les fonds dont tu auras besoin et tu arrangeras tout pour dimanche. Tâche que les bouquets ^ soient là le matin, ou bien aie-les samedi soir, et laisse-les au frais près du puils, et à couvert sous le hangar, de peur de pluie pendant la nuit.
Je crois que nous sortirons à dix heures. Rappelle à Mère de m'envoyer des gants samedi. Mère doit savoir qu'il y a sortie; si elle ne le sait pas, dis-le lui.
Adieu chérie, embrasse bien Bébé de ma part et ne parle pas à Mère de ma lettre.
Tout à toi.
La Flèche, S mai 1861.
Ma chère tante,
Je suis bien coupable de vous avoir laissées! longtemps sans nouvelles ; aussi vais je faire mon possible pour réparer ma faute, sans chercher à m'en excuser. Je vous dirai donc que depuis cet hiver, nous ne recevons plus aussi régulièrement des nouvelles de Chine. Les glaces qui, pendant les froids, obstruent l'embouchure du Peîho, empêchaient les communicalious entre l'armée et l'Europe. Aussi, après être restés très -longtemps sans nouvelles, nous avons reçu à la fois trois lettres il y a quelques jours. Ce sont ces nouvelles que j'attendais de courrier en courrier pour vous écrire. Elles étaient datées de Tien-Tsin où le régiment de mon père était en quartiers d'hiver. Il faisait alors très froid, mais on avait tout le bien-être possible.