‹ Mémoires et correspondance, 1844-1871Chapitre 53 sur 113 · LETTRE I DE DÉHISSIOH A LA COMMUNE · texte numérisé non relu

LETTRE I DE DÉHISSIOH A LA COMMUNE

Paris, 9 mai 1811.

CitoyeDS membres de la CommuDe,

(( Chargé par vous à titre provisoire de la délégation à la guerre, je me sens Jacapable de porter plus loagtemps la responsabilité d'un commandement où tout le monde délibère et où personne n'obéit.

« Lorsqu'il a fallu organiser l'artillerie, le Comité central d'artillerie a délibéré et n'a rien prescrit. Après deux mois de résolution, tout le service de vos canons repose sur l'énergie de quelques volontaires dont le nombre est insuffisant.

« A mon arrivée au ministère, lorsque j'ai voulu favoriser la concentration des armes, la réquisition des chevaux, la poursuite des réfractaires,'i'ai demandé à la Commune de développer les municipalités d'arrondissement.

<( La Commune a délibéré et n'a rien résolu.

« Plus tard, le Comité central de la fédération est venu offrir presque impérieusement sou concours à l'administration de la guerre. Consulté par le Comité de salut public, j'ai accepté ce concours de la manière la plus uetle, et je me suis dessaisi en faveur de ce Comité, de tous les renseignements que j'avais sur l'organisation. Depuis ce temps-là, le Comité central délibère et n'a pas encore su agir. Pendant ce délai, l'ennemi enveloppait le fort d'issy d'attaques aveiitureuses el impudentes dont je le punirais si j'avais la moindre force militaire disponible.

a La garnison, mal commandée, prenait peur, et les

officiers délibéraient, chassaient du fort le capitaine Dumont, homme énergique qui arrivait pour les commander, et tout en délibérant, évacuaient leur fort, après avoir parlé sottement de le faire sauter, chose plus impossible pour eux que de le défendre.

(( Ce n'est pas assez. Hier, pendant que chacun devait être au travail ou au feu, les chefs de légion délibéraient 'pour substituer un nouveau système d'organisation à celui que j'avais adopté afin de suppléer à l'imprévoyance de leur autorité, toujours mobile et mal obéie.

(( Il résulta de leur conciliabule un projet au moment où il fallait des hommes, et une déclaration de principes au moment où il fallait des actes.

(( Mon indignation les ramena à d'autres pensées et ils me promirent pour aujourd'hui, comme le dernier terme de leurs efforts, une force organisée de 42.000 hommes avec lesquels je m'engage à marcher à Tennemi. Ces hommes devaient être réunis à onze heures et demie; il est une heure et ils ne sont pas prêts; au lieu d'être 12.000, ils sont environ 7.000. Ce n'est pas du tout la même chose.

(( Ainsi, la nullité du Comité d'artillerie empêchait l'organisation de l'artillerie; les incertitudes du Comité central de la fédération arrêtent l'administration; les préoccupations mesquines des chefs de légion paralysent la mobilisation des troupes.

(( Je ne suis pas homme à reculer devant la répression, et hier, pendant que les chefs de légion discutaient, le peloton d'exécution les attendait dans la cour. Mais je ne veux pas prendre l'initiative d'une mesure énergique, endosser seul l'odieux des exécutions qu'il faudrait faire pour tirer de ce chaos l'organisation, l'obéissance et la victoire. Encore, si j'étais protégé par la publicité

de mes actes et de mon impuissance, je pourrais conserver moD mandat. Mais la Commune n'a pas eu le courage deila publicité. Deux foi^ déjà je tous ai donné des éclaircissemeiits nécessaires, çldeux fois, malgré moi, vous avez voulu avoir le Comité secret, "^ fl Alou prédécesseur a eu le tort de se débattre au milieu de cette situation absurde.

(( Eclairé par son exemple, sachant que la force d'un révolutionnaire ne consiste que dans la netteté de la situation, j'ai deux lignes à choisir : briser l'obstacle qui entrave mon action ou me retirer.

t< Je ne briserai pas l'obstacle, car l'obstacle, c'est vous et votre faiblesse : je ne veux pas attenter à la souveraineté publique.

(( Je me retire, et j'ai l'honneur de vous demander une cellule à Mazas '.

ROSSBL. »

n mal 1871 !.

Mes bien aimés parents.

Ces derniers jours ont dû vous faire bien souffrir,

i. Cette lettre fut adressée parRossel, dou saolemeat à la Commune, mais aux journaux les plus répandus.

2. Cette lettre est âcrlte de l'tiùtel du Boulevard Saint-Germain oa Rosscl, proscrit par la Commune, se tint caché depuis le 9 mai jusqu'à son arrestation par le parti de Versailles, le 1 juin. — Certains auteurs ont loalnué que Hoaaelavait con- ■tinuii d'entretenir des relations avec le parti insurrectionnel après sa retraite. Cette version est absolument inexacte;

moins â citer pour son procès et je lis : Docteur BartliËs, 54, Boulevard Saiat-Germaio, Paris. — Peut témoigner de mes actes depuis que j'ai été proscrit par la Commune le 9 mai )U3i[u'â mon arrestation le 7 juin. Je l'ai vu cliaque jour pendant ce temps et n'ai même vu que lui. Il a manlfestii spécialement le désir de témoigner pour moi. Peut-être veut-Il appeler l'attention du Conseil sur mes sentiments au Sujet des derniers actes de la Commune.

mais il fallait que je fisse l'expérience jusqu'au bout, et peut-être môme aujourd'hui n'est-elle pas achevée.

Je mène l'existence la plus tranquille depuis huit jours. Je mange, je dors, je cause, j'engraisse, à ce que l'on me dit, tandis qu'auparavant je courais comme un chat maigre, ne sachant ni quand je mangerais, ni quand je dormirais.

On a dû me calomnier de bien des façons; on m'a accusé de férocité, dé vénalité, et sans me flatter, je puis dire que je suis humain et incorruptible, vous le savez bien.

Ce pauvre Durand de Villers a été tué dans les tranchées; la mort de ce pauvre camarade me fait une vraie peine. Déjà les journaux m'avaient appris que Brunel était décoré après blessure grave.

Enfin un capitaine du génie a été fait prisonnier ces jours-ci. Je ne sais pas encore qui c'est. Si Paris est pris, il aura été pris par les capitaines du génie. Les généraux de Versailles sont toujours les mêmes qu'il y a un an : ils n'y comprennent rien; il n'y a que la pioche du sapeur qui travaille.

Adieu mes bien aimés, je vous embrasse et je vous

aime, père, mère, B. et S.

Votre fils affectionné.

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