SUR LA NÉCESSITÉ D'UNE RÉVOLUTION DÉMOCRATIQUE
Le besoin d'une révolution démocratique est une chose certaine. La classe inférieure est trop puissante pour ne pas faire sentir son action dans le gouvernement, et pas assez puissante pour ne pas réclamer sans cesse une part plus grande aux affaires. La classe aisée, qui détient le pouvoir depuis quarante ans, par les sièges électifs, d'une part, et de l'autre par les dynasties de fonctionnaires qu'elle recrute dans son sein, a usé dé ce pouvoir d'une manière désastreuse pour l'intérêt public, ei^ rejetant les plus lourdes charges sur la classe inférieure.
Ainsi, parmi les impôts directs, la patente est organisée de manière à favoriser la grosse industrie; parmi les impôts indirects, les denrées de nécessité sont grevées de préférence aux objet de luxe.
Mais j'ai étudié plutôt les lois militaires que le reste : la décadence de notre état militaire est causée par les altérations sans cesse apportées depuis 1830 aux principes de nos institutions.
Par le remplacement, constamment favorisé, les classes aisées se sont désintéressées de la défense du pays, qui est restée confiée à des prolétaires et à des mercenaires. Le recrutement des officiers dans les rangs est devenu difficile, le recrutement des sous-officiers, im possible. L'armée a déchu peu à peu.
Les évéaements de l'année dernière sont la résultante de quarante années de mauvais gouvernement. En voyant l'Assemblée de Bordeaux se rejeter violemment vers le passée j^i pensé que l'avenir fantastique rêvé par les démocrates de Paris ne pouvait pas, à coup sûr, être plus pernicieux qu'un retour en arrière.
Parmi les bataillons que j'avais l'honneur de commander, certains étaient affligeants à voir. Des hommes débiles, laids, petits, difformes, dont l'uniforme faisaient ressortir la mauvaise mine. En passant devant ces malheureux, je me disais : « ces gens ont raison de se battre; ils se battent pour que leurs enfants soient moins chétifs, moins scrofuleux, moins vicieux qu'ils ne sont eux-mêmes. »
En dépit de la défaite de la Commui^e, le dilemme posé à la société par les Communeux subsiste tout entier : Il faut que la société s'abaisse à nous rendre la vie commode et facile, ou bien nous tuons la société.
Vous voyez bien^ législateurs imbéciles, qu'il faut que vous ouvriez la société toute grande à la horde qui l'assiège. Sans cela celte horde se fera une société en dehors de vous : si les nations n'ouvrent pas leurs portes à la classe ouvrière, la classe ouvrière courra à l'Internatioaile.
11 y a dans la société une classe nombreuse, industrieuse, puissante parce qu'elle est groupée, à laquelle ne s'appliquent ni vos lois sur la propriété, ni vos lois sur l'héritage, ni vos lois sur la famille.
Changez vos lois, ou bien cette classe essaiera obsti-
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némenUde se créer une société à elle, où il o'y aura ni famille, ni héritage, ni propriété.
Je crois que je n'ai aucune prévention en faveur des Communeux : et bien, je dois dire que j'aime mieux, malgré toutes les hontes de la Commune, j'aime mieux avoir combattu avec ces vaincus qu'avec ces vainqueurs.
Il y avait dans Paris, au 18 mars, (c'est un compte dont je sais l'exactitude) soixante bataillons révolutionnaires. 11 y avait quatre-vingt-dix bataillons entièrement conservateurs. Le reste était partagé et incapable d'avoir une action décisive.
Les quatre-vingt-dix bataillons conservateurs étaient plus anciennement formés, mieux équipés, mieux armés que les révolutionnaires; ils étaient également nombreux, ils étaient mieux commandés et plus disciplinés.
Seulement ces indignes citoyens ont l'habitude de s'en remettre à l'armée et à la police qui sont chargées de se faire tuer pour Tordre.
Mais il y a des moments où la police est sur les dents et où l'armée ne comprend pas bien de quel côté est son devoir, ou si son devoir n'est pas de rester tranquille. A ces moments-là, le pavé de Paris est au premier occupant.
Nul doute que j'ai été dupe du mouvement du 18 mars, mais j'étais bien plus dupe à Metz lorsque je continuais des ouvrages qui ne devaient pas être attaqués, lorsque je remettais des portes à la ville, des portes qu'on devait ouvrir toutes grandes; tout l'argent que j'ai employé là à été employé pour le roi de Prusse. J'étais dupe aussi àNevers lorsque je m'éreintais à exercer des soldats et à former des officiers pour défendre un pays qui ne
voulait plus se défendre. Si j'avais su que tout cela était poi^r la frime et finirait par de bonnes capitulations, je serais allé passer mon temps avec quelque corps franc au lieu de faire enrager des pauvres diables de mobilisés que je finissais par transformer en soldats.
Si c'était à recommencer, il est possible que je n'irais pas servir la Commune, mais il est certain que je ne servirais pas Versailles.
J'ai été bien iattrapé, je l'avoue franchement, quand j'ai connu le gouvernement révolutionnaire.
Je cherchais des patriotes, et je trouve des gens qui auraient livré les forts aux Prussiens plutôt que de se soumettre à l'Assemblée ; je cherchais la liberté, et je trouve le privilège installé à tous les coins de rue; je cherchais l'égalité, et je trouve la hiérarchie compliquée de la fédération, l'aristocratie des anciens condamnés politiques, [la féodalité des ignares fonctionnaires qui détenaient toutes les forces vives de Paris.
Mais ma plus grande surprise était autre chose que tout cela. Nous avions souffert d'être régis par un gouvernement de police, et la Commune trouve moyen d'être un gouvernement de police, et Raoul Rigault, qui avait personnellement pâti de ce mode de gourvernement, s'installe à la Préfecture, et devient le véritable chef de la Commune.
J'ai connu Delesciuze et Félix Pyat; je n'ai jamais assez estimé. Delesciuze, et je ne mépriserai jamais assea Félix Pyat.
Il faut être oublieux comme le sont les Français pour avoir pris les Dombrowski pour des étrangers : leur [nom a place dans notre histoire. S'il faut qu'un nom en ki
MON ROLE PERDANT l'inSURBECTION 341
soit le nom d'un élraoger, qu'est le général Bourbaki? El les Mac-Mahon, el les Wimpffen, et les LawœstJne, et vingt autres?
II est un point sur lequel je considère la Commune comme une expérience complète : c'est l'insuffisance des classes ouvrières pour le gouvernement. 11 faut, il faut que jusqu'à nouvel ordre l'exercice des fonctions gouvernementales reste aux mains des classes instruites, ou plutôt il faut que le gouvernement reste aux mains de la bourgeoisie jusqu'à ce que le peuple soit suffisamment instruit.
Que le peuple s'instruise donc s'il veut avoir sa part légitime dans la direction des affaires et dans la répartition de la fortune. Mais pour le moment^ je dirai le mot sans le mâcher, le peuple est trop nul pour nous gouverner: il n'a pas assez d'idées sérieuses et il a trop d'idées fausses.
Je n'accuse pas, je constate. Je sais que ce n'est pas la faute du peuple, mais la faute de nos législateurs si le peuple reste dans son infériorité; je sais que le peuple français, et celui de Paris en parliculier, est intelligent et capable. Mais tout cela ne suffit pas; il faut la culture intellectuelle, sérieuse et approfondie, pour traiter d'aussi graves questions que le gouvernement des affaires publique^ Le gouvernement actuel est incapable, vicieux, de mauvaise foi, tout ce qu'on voudra ; je le sais bien, puisque j'ai travaillé de tout mon cœur à le démolir. Mais je dois dire que le peuple de Paris, ayant mis son gouvernement h la porte, avait l'air ■A'an aveugle qui a perdu son chien.
Non seulement l'instruction de nos ouvriers est insuffisante, mais encore elle est mal dirigée. Ils étudient de
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bonne foi les philosophes songe creux qui leur promettent le paradis sur terre ; c'est du temps perdu. Ils veulent transformer brusquement l'organisation du travail, supprimer les patrons, supprimer les intermédiaires, mais ils ne sont pas de force à remplacer les patrons et les intermédiaires, et sont dupes les trois quarts du temps de leurs expériences d'innovations.
Incapables d'améliorer la gestion de leurs propres affaires, ils sont encore plus incapables de gérer les affaires publiques. J'ai fait tout ce que j'ai pu, pendant que je servais l'insurrection, pour trouver dans les classes ouvrières ou parmi les petits commerçants partisans de la révolution, des hommes capables de commander ou d'administrer ; j'ai fait, je le répète, tout ce que j'ai pu : eh bien, je déclare formellement que je n'ai trouvé d'auxiliaires capables que' dans les classes instruites. J'ai eu des colonels, des officiers d'ordonnance, des chefs de service de toute provenance; je dirai un mot de ceux que je me rappelle avoir essayés.
Lorsque le Comité central, le fameux Comité central de la Fédération, se chargea de l'administration de la guerre, on nomma plusieurs commissions. La principale était celle de l'Infanterie qui devait régler le service des bataillons. Je mis tous les documents relatifs à ce service entre les mains de l'un des membres de la commission qui était, je crois le citoyen Lacord, homme soigneux, attentif, ordonné, ayant toutes les qualités de détail propres à l'organisation ; mais il n'avait pas les qualités principales, l'énergie active, l'aptitude au travail intellectuel concentré. Il ne fit rien, et le service resta en plan.
Le 2 avril, j'étais au Comité de salut public; un garde national insistait pour faire part d'un plan qu'il proposait pour vaincre les Versaillais. C'était un mode d'atta-
que en s'appuyaut à deux forts et avauçaDt le centre de la ligne jusqu'à enfoncer la ligne eUneniie. Certainement il y avait là une idée, idée bien connue, classée et dénommée dans les Irailés de stratégie, mais parfaitement inutile parce que nous n'avions ni des bataillons assez consistants classez manœuvriers pour l'exécuter, ni des chefs pour conduire ces bataillons. De plus, rien qu'en regardant le dessin présenté par cet homme, on s'apercevait qu'il n'entendait rien au maniement et à l'emploi des troupes. Cependant, après tout, c'était une idée et une idée juste. J'expliquai à cet homme en quoi son plan était bon, pourquoi il était inutile, et je !e pris au nombre de mes officiers d'ordonnance, lui disant qu'il pourrait ainsi acquérir des notions pratiques et se former le jugement militaire. C'était, de son élat, un petit commerçant; il ' vint au ministère, prit le galon de lieutenant, et je cherchai à utiliser ses services. Il fut tout à fait insuffisant: il écrivait trop mal et rédigeait trop mal pour pouvoir rendre compte par écrit de ce qu'il avait vu, et il ne savait pas s'exprimer neltemsnt, parlant d'une manière diffuse et appuyant sur des détails inutiles. Ainsi, cet homme, qui avait de l'intelligence et peut-être des qualités supérieures, était incapable de les mettre en œuvre pour remplir un emploi public très modeste.
Pendant un moment, on a pu croire à la Commune, c'est le premier jour de son existence. On ne demandait qu'à la croire capable, honnête, intrépide, qu'à la suivre et à lui obéir. Cela a duré un jour.
Les gens delà Commune n'ont pas su créer; ils n'ont su que détruire, et détruire, c'est si facilel 11 n'y avait pas besoin de leurs prétentions d'amélioration politique
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et sociale pour détruire aussi bien qu'eux, le premier incapable venu y suffisait.
La Révolution du 18 mars, ayant la guerre à soutenir, pour triompher^ son gouvernement avait pour premier devoir de fonder son crédit et de fonder son autorité. La Commune a vécu, ou plutôt à péri sans autorité et sans crédit.
Le Comité central, qui passe pour avoir fait l'insurrection et qui Ta gouvernée pendant huit'jours, était si profondément incapable qu'il y eut un véritable soulagement lorsque la Commune eut été élue Je 26 mars. Le Comité, après s'être fait un peu tirer l'oreille, remit ses pouvoirs, dans une pompeuse cérémonie, à l'assemblée nouvelle, mais il n'entendait pas abdiquer pour cçla. Il resta cantonné à l'Hôtel de Ville, ou il fit des orgies à défaut de décrets. « II3 dépensent des cent mille francs par jour! » me disait Malon avec dégoût, vers le 30 mars.
Les Internationaux n'étaient pas de mauvaises gens; autant que j'en ai pu j uger, c'est ce qu'il y avait de mieux dans la Révolution. Gérardin, Malon, Avrial sont ceux que j'ai vus davantage. C'étaient de fort braves gens, dévoués à la cause publique, et auxquels il ne manquait que la volonté et une doctrine un peu sûre.
Les Rlanquistes. Je n'en dirai pas autant des Rlanquisles. Je n'ai pas l'honneur de connaître Blanqui, que je considère comme un homme très capable et très énergique; mais soit par une tendance particulière de son caractère, soit par une nécessité du temps, il ne s'est entouré que d'hommes sans valeur, serviteurs indignes de U
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liberté, esprits étroits et personnels, capables d'un coup de main, incapables de courage.
Si Blanqui eût été là, il aurait utilisé ces séides avec intelligence^ il en aurait exprimé le suc et s'en serait débarrassé ensuite. Mais le maître n'étant pas présent, ils ont cru pouvoir remplacer le maître.
A défaut d'hommes dignes de servir la liberté, Blanqui a cru pouvoir employer des caractères vils et des esprits étroits. Il s'est trompé: ces séides ont rétréci et avili la cause qu'ils servaient. Je ne puis m'empêcher de lui en vouloir pour avoir dressé des piédestaux à des êtres ignobles, pour les avoir présentés à Tadmiration d'une foule crédule qui n'en est peut-être pas encore détrompée.
Voilà où j'en veux à Blanqui. Pourquoi avoir choisi parmi les millions d'hommes qui aspirent à un affranchissement plus complet, pourquoi avoir choisi des caractères sans réelle dignité. Je ne veux pas croire que dans la population ouvrière de Paris il n'y ait pas des cœurs plus généreux et des esprits plus ouverts que ces gens-là. Puisque Blanqui avait le don de faire naître des dévouements et de les employer, pourquoi ne s'est-il pas formé un état-major d'hommes respectables^
Il n'y avait pas un des hommes au pouvoir, ministres, généraux, assemblée, qui n'eût quelque vengeance à tirer de Paris, pas un qui n'eût été flagellé par la grande ville, soit dans sa personne^ soit dans son égoïsme et ses intérêts. Paris a été le bouc émissaire des fautes et des crimes de tout le monde. Aussi comme les vainqueurs crient haro contre ce pelé, ce galeux de Paris qui a fait tout le mai.
Raoul Rigault et ses acolytes ont fusillé un prélat gai-
licaD, un sénateur libéral; ils ont détruit les archives de la société civile. Qu'auraient-ils fait de plus s*ïls avaient voulu servir le parti ulti'amontain? Ils auraient mis le feu à une église, pour ne pas débiner le truc.
Les gens aisés ne veulent pas croire que les ouvriers aient de la peine à vivfe. Mais les ouvriers ne demandent pas seulement à vivre. Ils demandent, (et ils font bien) qu'il leur soit plus facile de parvenir à Taisance et à la richesse.
On dit que si les ouvriers avaient" moins de vices et plus d'instruction ils arriveraient plus facilement à l'aisance. Il peuvent renverser l'argument et dire : « S'il nous était plus facile d'arriver à l'aisance, nous aurions, ou du moins nos enfants auraient moins de vices et plus d'instruction. »
L'ouvrier a de quoi se nourrir. C'est fort bien, répondrai-je, mais il faut qu'il ait aussi de quoi nourrir ses passions et ses caprices, puisque vous autres, aristocrates de l'industrie, de la finance et de la politique, vous nourrissez si grassement et si plantureusement les vôtres au grand soleil de Paris.
Lorsque la bourgeoisie instruite a fait la Révolution de 1789, elle ne Ta pas faite toute seule. Elle a appelé le paysan pour brûler les châteaux et l'ouvrier pour abattre les bastilles. L'ouvrier a fait sa besogne : aujourd'hui il réclame son salaire. Complices de la Révolulion, partagez-en avec eux le bénéfice.
L'ouvrier, qu'on l'appelle socialiste, communiste ou
autre système de bienfaisance^ et il cesse d'empester la société.
Les législateurs français ont été moins prudpnts. Leur système social produit moins de détritus humains que le système anglais, et cependant la société en est plus infectée. On voit des myriades d'hommes étiques et rabougris qui prennent un fusil quelque matin, et envoient leurs doléances chargées à balle dans les vilres et parfoi^ dans la tête des gens heureux et bien portants.
Ce système est détestable, et cependant personne ne paraît s'«n lasser. Voilà quatre-vingts ans que cela dure et l'avenir est plein de promesses du même genre.
On dit que les Français n'ont pas le droit de réunion; ils Pont, car ce droit est imprescriptible, seulement il est mal réglementé. L'autre jour, nous nous sommes réunis au nombre d'une centaine de mille, avec des fusils et des canons; on a discuté pendant deux mois, et on a clos la session par la mort ou l'emprisonnement des principaux orateurs. Voilà la liberté de réunion telle qu'elle est exercée en France depuis la proclamation des droits de l'homme.
Ne vaudrait-il pas mieux se réunir un peu plus souvent, mais avec moins d'appareil? quand même on échangerait à la tribune quelques coups de poing à l'anglaise, le mal serait moins grand, tout compris, que de se réunir une fois tous les vingt ans pour faire les journées de Juin ou la Commune.
Il est convenu que les hommes d'ordre ont le monopole des vertus civiques et même du courage. Cependant il faut reconnaître que les hommes de désordre sont nombreux et qu'on ne peut les tuer tous.
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Comment faire?
A la place des hommes d'ordre, j'y réfléchirais sérieusement. Je me rappellerais que les émeutes du règne de Louis-Philippe ont été peu de chose, que les journées de Juin ont été un désastre, et que l'affaire de la Commune était une Révolution.
A la place des hommes d'ordre, ce crescendo me donnerait à penser.
NOTE SUR AVRIAL
(( Avrial est un mauvais chien, me disait ce trembleur )) de Régère, mais vous Pavez empoigné. ))
Voici ce qu'est Avrial: « Je me suis engagé à dix-neuf )) ans, je ne sais pas pourquoi; je suis arrivé sous-offi- )) cier, et je me suis mis à penser et à faire de la polili- )) que; naturellement j'ai été mal coté dans Tarmée. A )) vingt-cinq ans j'ai quitté le service, encore sans savoir » pourquoi; il fallait vivre, je me suis remis à mon mé- )) tier de mécanicien. — Et voyez comme il faut être )) fou, six mois après, je me mariais. En même temps / )) je me lançais dans les entreprises, mais j'étais mal- )) heureux et au bout de six mois j'avais perdu 4.000 fr. )) Heureusement ma femme m'avait apporté quelque )) chose, une dizaine de mille francs. Mais je faisais » aussi des inventions; j'ai inventé une machine à gaz )) qui est à Lyon chez M. X***.
)) Dix mois après mon mariage, tout mon mobilier, )) tous mes effets étaient au Mont- de- Piété. J'ai travaillé I) cinq ans avant de les retirer. Mon mobilier, sans être )) riche, est joli et fort propre; j'ai logé tout ce temps )) à un sixième, couchant sur des chaises avec un ma- )) telas posé dessus^ et personne n'entrait chez moi, et
)) j'avais toujours la clé dans ma poche pour qu'on ne » voie pas.,.
)) Je travaillais alors dans la machine à gaz,, le mo- )) teur Lenojr; il m'est arrivé le jsamedi, et même le )) vendredi, la veille de la paie, de ne pas rentrer chez » moi pour déjeuner, sachant qu'il n'y avait pas assez )) pour ma femme et pour l'enfant. J'allais faire un tour )) de promenade, j'allais flâner pendant que les autres » déjeunaient. J'ai travaillé pendant ce temps-là, j'ai )) lu tout ce que je trouvais. ))
Avrial est taillé en hercule; il est de la commission de la guerre et s'est chargé, dès le début, de l'artillerie. Il s'est conformé avec lenteur, mais avec exactitude^ aux indications que je lui ai données : il n'a rien fait au-delà. Avant-hier soir il arrive avec le reste de la Commission, mon mandat d'arrêt dans leur poche, et ils se retirent sans l'avoir exécuté, et me laissant l'initiative et la signature de toutes les mesures militaires. Hier matin, Avrial remonte avec Johannard; ils me racontent l'histoire du mandat d'arrêt et comme quoi ils avaient tous été fort embarrassés entre le mandat formel qu'ils avaient refu, et leur résolution également formelle de ne pas l'exécuter; ils ajoutent que tous les membres de la Commission se sont disputé l'honneur de venir me faire cette communication et me prier de répéter à la Commune les explications que je leur ai données la veille. Là-dessus, je les fais déjeuner et les conduis à l'Hôtel de Ville où nous apprenons que la Commune a ajourné sa séance de dix heures à une heure, puis d'une heure à deux heures.
En attendant, je reste tantôt avec Johannard, Jantôt avec Avrial qui m'ont bien déclaré que si je veux m'en aller je suis libre, mais qui ne s'en considèrent pas
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MON ROLE PENDANT L'iNSUBBECTIOl
moins comme un peu responsables de ma p ' C'est là que j'ai longuement cauçé avec Avr question sociale, et je ne suis pas fâché de fix papier les idées d'un homme qui a, sans doute ment étudié cette questiou, et à qui il a été ( voir pour ses théories le jour de la pratique.
Nous avons causé épargae, nous avons causé outillage, capital; puis il m'a parlé de ses étude tentatives, des dépenses faites pour avoir des I pour fonder des associatioos ouvrières, tantât gueillissant du succès partiel qu'il avait obten prétendant que leur succès est impossible.
(( J'en ai fondé trois, dit- il, et il y en a une qui encore, l'association des ouvriers mécaniciens. reusement nous avons commencé. pendant le i n'avait que trois cents grammes de pain, on m pas produire. Et puis nous avons été arrêtés par que d'argent: dix mille francs du Gouvernement i mille francs que m'avait avancés un tel, étaient par le gros outillage, nous devions faire nous-u petit outillage... u Puis, parlant avec plus de co (I II se passe dans ces associations la même cl vous voyez dans la garde nationale : on nomm recteur et le contre-maître à l'élection, on se jeudi, on fait des discours et on change le direc
« Voyez les ateliers du Louvre, qui sont à la C pour les réparations d'armes; ils en sont à leur l directeur élu, et ils ne font rien. »
(( A l'association des ouvriers mécaniciens, on l'heure qu'on voulait, on causait, on ne travail Pendant ce temps-là les frais généraux marc! y avait cent transmissions à graisser, il y ava teur qui mangeait de l'eau et du charbon pour
vriers^ au lieu de cinquante qui travaillaient. Ils répondaient toujours : « je rae rattrapperai », et ils ne voulaient pas comprendre qu'on ne raltrapperait pas ies frais généraux... Ce qui leur manque, c'est la comptabilité. »
(( Savez vous combien nous avons fait de fusils pendant le siège? » Et il me cita un chiffre dérisoire, quelque chose comm3 trentfe à cinquante journées par fusil.
(( L'autre jour, ajoutait-il, ils sont allés au fort d'Issy désenclouer les canons; ils n'ont rien fait, et ils m'ont demandé 85 centimes de l'heure. J'ai encore
de l'influence sur eux; je leur ai dit : — personne ne gagne 85 centimes maintenant ; les gardes nationaux ont trente sous, vous êtes gardes nationaux. Mais comme vous avez pu faire de la dépense là -bas, je vous donne cinq francs. — Eh bien, je suis sûr qu'ils m'e^ veulent. »
Tout cela n'était pas dit sans tristesse. Cela prouve plus contre les ouvriers de Paris que contre la doctrine de l'association ouvrière ; en tout cas, cela vaut la peine d'être noté, car c'est le fruit d'une dure expérience. Le soldat mauvaise tête, devenu membre de la Commune de Paris, en passant par la fougue de l'inventeur et par les angoisses du père de famille qui manque de pain, en sait long sur la théorie sociale, surtout lorsqu'il a (Avrial l'a fait) englouti une partie de ses salaires dans l'étude de ces livres enivrants et perfides qui promettent un facile bonheur comme le prix d'un système boiteux, mensonger; lorsqu'il a consacré son temps et sa vie à édifier de fragiles associations ouvrières, pour aboutir avec moi à ce tremblant échafaudage de la Révolution parisienne.
(( Le Communisme, me disait-il, c'est de la blague. Les travailleurs ne doivent pas nourrir les feignants : il
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faut que celui qui gagne 12 reçoive 12, et que celui qui gagne 6 reçoive 6...
Lorsque je m'associerai, soit en Amérique, soit ailleurs, ce sera avec un, deux ou trois amis que je connaîtrai bien, mais jamais avec le premier venu. » limai 1811, minuit.
Mégy est un ouvrier stupide. C'était le 30 avril; Cluseret était sorti du ministère pour aller au fort d^Issy, d'où il devait aller à Mazas. On m'annonce que Mégy est là. Je le fais entrer dans la chambre du ministre, où Séguin entre avec moi, et je lui demande le récit de ce qui a motivé de sa part l'évacuation du fort, quMl commandait. Je n'en tire que quelques paroles insignifiantes. Voyant le feu de Tennemi éteindre son artillerie, il avait [encloué les pièces, caché les culasses, avait fait sortir la garnison et était sorti le dernier.
Il ne s'était arrêté ni à Issy, ni au rempart, et était rentré tout droit en ville, laissant là forteresse et garnison. Comme il cherchait à m'expliquer qu'il était impossible de tenir, je lui rappelai les indications que je lui avais données par lettre au premier jour de son commandement, et lui dis que je regrettais qu'il n'eût pas répondu comme je le lui demandais, afin que je pusse expliquer les points incertains ou obscurs . (( Moi, dit-il, j'ai cru que c'était une plaisanterie: vous me parliez comme on parle à un enfant ! » Cette réponse bête à une lettre où j'avais parlé avec une sorte de déférence à ce héros douteux, me frappa cruellement. Mégy resta îà la même hauteur pendant le reste de la conversation, se drapant dans une sorte de résolution d'accepter les conséquences de ce qu^l avait fait. Il fut ensuite consigné au ministère, d'où Eudes l'emmena à Issy. C'est un as-
' r '""- ■"'fiS'
sez beau garçon, brùn^ jeune; il porte le déguisement de colonel.
Après 'cela, il vous me demandez : « Mégy ou Galiffet ? ))Ma foi, je vote pour Mégy qui, après tout, a plus de droits à être inconscient.
11 mal 1871, minuit.
Ces gaillards-là ne sont pas courageux. Je crois qu'il y en a fort peu de courageux parmi les galonnés. Les vrais soldats et les vrais démocrates, j'en vois de temps en temps, méprisent la mort et méprisent même le galon. J'ai à citer de jolis exemples de timidité, de. lâcheté, d'insouciance du devoir, de passions mesquines et sottes.
Le ministère de la Guerre n'a pas été brûlé ; les collections du dépôt de la Guerre, du dépôt des Fortifications, de Saint-Thomas-d' Aquin ont été respectées et sauvegardées. Pour ce qui existait à Saint-Thomas-d' Aquin, il a fallu une surveillance constante, car c'étaient de nombreux modèles d'armes, et la multitude revenait constamment à la charge pour s'en emparer.
Les incendiaires auraient parfaitement pu brûler le ministère de la guerre, puisqu'ils ont brûlé la Légion d'Honneur située en face du dépôt de la guerre, par où les troupes ont pénétré dans le ministère. Seulement il n'y avait dans l'administration que j'avais constituée personne qui fût capable de tolérer l'incendie, bien loin d*y prendre part.
Lk COMMUNE COMBAT D'AVANT-GARDE
Que diraient les gens bien pensants de France s'ils savaient que l'affaire de la Commune n'a été, j'en suis convaincu, qu'une affaire d'avant-garde ?
MON ROLE PENfiSRT L'INSURRECTION
J'en parle savamment, et j'ai entrevu derrière li gumènes et les écervelés de la Commune de r< bles théoriciens, des hommes d'action résolus et reux, qui regardaient le combat sans y prendr soit parce que la lutte était mal engagée, soit poire, à leur goût, ne fût pas assez mûre.
Puisse la société faire aux classes inférieures 1 3 nécessaires sans être réduite à engager 1