‹ Mémoires et correspondance, 1844-1871Chapitre 76 sur 113 · DEUX PASTICHES DE NAPOLÉOC · texte numérisé non relu

DEUX PASTICHES DE NAPOLÉOC

La récente mésaventure de Monsieur Chai autographes a, pendant un moment, appel

). Cet article fut le début de Louis Hoasel d Le jeunecapitaine devant userd de son arrière grand-pere maternel.

sur les supercheries littéraires. Le fait que nous allons signaler^ plus récent encore et plus audacieux, est re. marquable surtout par rentier*!succès qu'il a obtenu jusqu'ici, et par le nom de l'auteur que Ton a ainsi contrefait 1.

A la fin du trente-et-unième volume de la Correspond dance de Napoléon I*% publié en 1869 à rimprimerie impériale, se trouvent deux opuscules intitulés : Projet d'une nouvelle organisation 4^ l'armée et Essai sur la fortification de campagne. Une note placée en tête de chacun d'eux indique qu'ils sont publîésj non pas d'après un manuscrit original, mais d'après une copie communiquée par Monsieur le général Henry Bertrand.

Ces ouvrages, tout à fait inédits jusqu'alors, seraient une précieuse trouvaille pour tous ceux qui se préoccupent de l'art de la guerre. Recevoir des leçons du plus grand capitaine des temps modernes, être initié directement à ses maximes et à ses procédés par des traités didactiques, c'est là une bon ne fortune exceptionnelle, car Napoléon n*aimait pas à communiquer les secrets de ses victoires, et surtout il lui répugnait particulièrement de donner des maximes précises et générales ; dans sa volumineuse correspondance, il donne parfois à ses lieutenants des encouragements et des réprimandes, jamais « de leçons. On peut attribuer cela à son orgueil entier et jaloux; mais la véritable raison de son silence est Tincertitude où lui-même se serait trouvé pour formuler les principes véritables de son art. Possédant sur tout ce qui concerne la guerre une érudition profonde, qui était le premier fondement de sa supériorité, il savait à quel-

i. Voir la lettre datée de Bourges, 20 janvier 1870, où mon frère nous raconte qu'il a des raisons de croire apocryphes les deux opuscules mentionnés ici.

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les variations les principes et les moyens de la science militaire peuvent-êlre exposés en peu d'années, et il se serait gardé de compromettre son nom dans des écrits auxquels le temps et les circonstances seraient venus infliger un prochain démenti. Â ses yeux^ comme aux yeux de la plupart des grands hommes qui ont, compris la guerre, la science militaire est comme la puissance d'Alexandre, qui ne se transmet pas par héritage, mais revient naturellement « au plus digne ».

Il y a donc lieu de s'étonner que Napoléon, se faisant professeur une fois dans sa vie, ait consacré les loisirs de son exil à dogmatiser sur des points accessoires de l'art de la guerre ; mais le soin avec lequel est préparée cette publication quasi-officielle de la Correspondance semble une parfaite garantie d'authenticité, et on peut entreprendre la lecture de ces deux traités avec le respect qui s'attache aux écrits d'un homme extraordinaire, dont le génie a renouvelé la science militaire, la plus compliquée, sinon la plus élevée des sciences sociales.

Pour peu que l'on connaisse Napoléon, ses entreprises et ses doctrines, on ne peut lire quelques pages de ces traités sans être complètement dérouté et saisi d'étonnement. Tout ce qu'a écrit l'Empereur porte une empreinte irrécusable d'énergie, de puissance, de passion. Son style est précis, clair, généralement sobre ; il dit ce qu'il veut dire. Napoléon possède bien la langue, et s'il en viole parfois les règles, c'est pour ne pas alourdir sa phrase de tous les impedimenta dont les grammairiens la surchargent. Il est, en particulier, un des créateurs du langage technique de la guerre, et chaque terme a, sous sa plume, un sens précis. Bref, la forme littéraire de ses écrits est loin d'être sans valeur, et est parfaitement appropriée aux questions qu'il traitait.

C'est d'abord l'absence de ce caractère que l'on remarque dans les deux ampliations dont nous parlons. Ce n'est plus le langage net et ferme d'un militaire, d'un homme d'action, d'un homme d'Étal ; ce n'est plus la parole un peu déclamatoire d'un fils de la Révolution, ni la phbase brève et à contours aïrêtés d'un élève du dix-huitième siècle. C'est, au contraire, une sorte 4© parler incohérent, filandreux, qui rappellerait de loin (s'il ressemblait à quelque chose de littéraire) les imitateurs maladroits de l'école romantique.

Un autre symptôme qui peut faire douter de l'authenticité du (( Projet d'une nouvelle organisation de Parmée )) et de « l'Essai sur la fortification de campagne ». ce sont des préoccupations tout à fait modernes qui n'étaient pas nées du temps de Napoléon. Ainsi, l'auteur parle à plusieurs reprises des armes rayées, qui étaient dans ce temps une exception peu connue, et dont il n'y avait rien à espérer ; il a aussi, au sujet dé l'emploi des retranchements en terre sur .le champ de bataille, des illusions qui se sont produites seulement depuis l'abus que les Américains en ont fait pendant la guerre de la Sécession.

Mais une chose dénonce plus nettement encore la falsification : Napoléon, qui a organisé lui-iyiême toutes les armées qu'il a mises en œuvre, à l'exception de celle de 1796, avait des idées très nettes et très déterminées sur chaque partie de cette organisation. Ces idées ne se sont^ guère modifiées depuis la création de la Grande- Armée, qui vainquit à Austerlitz, jusqu'aux Notes sur l'ouvrage du général Rogniat, écrites postérieuremeqt a 4816. Dans l'esprit de l'Empereur, la compagnie d'infanterie, le bataillon, l'escadron, sont des unités bien caractérisées dont il connaît avec précision les mesures, la puissance, les

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limites. S'il paraît s'en écarter dans certains de ses travaux, c'est qu'il y est forcé par des circonstances impérieuses. Dans l'organisation de l'armée de 1813, il projette des escadrons de 270 chevaux, sachant bien que l'escadron doit présenter seulement une centaine de chevaux sur le champ de bataille ; mais à ce moment, ses ressources en chevaux étaient épuisées par la guerre de Russie ; les cadres dont il disposait pour réorganiser sa cavalerie étaient insuffisants pour ses projets ; et, étendant ses prévisions à une période de plusieurs années, il comptait faire un meilleur emploi de ses ressources. Notre auteur^ enchérissant sur cette idée, fait l'escadron de 300 chevaux, ce qui est contraire aux enseignements de la guerre

Pour l'infanterie, son erreur est moindre en apparence, plus grossière en réalité. Il suppose des compagnies d'infanterie de 158 hommes, tandis que celles de Napoléon n'ont jamais dépassé 140 hommes dans ses projets les plus exagérés. Ce chiffre de 140 est en effet tout ce qu'on peut donner à commander à trois officiers, qui forment le cadre d'une compagnie, et réunir sous une seule administration ; mais Napoléon n'y a été conduit que par la pénurie d'officiers où il s'est trouvé dès les premières années de l'Empire, et aussi parce que la valeur et l'autorité des sous-officiers depuis la Révolution, et Texcellent esprit de l'armée, lui permettaient de confier aux mêmes cadres un plus grand nombre de soldats.

Ainsi, à mesure qu'on lit ces deux ouvrages, on soupçonne d'abord, puis on acquiert la certitude qu'ils sont une œuvre fabriquée. En poussant plus loin cette curieuse étude, ou est émerveillé de l'audace d'un homme qui ose abriter ses plates conceptions du nom du plus grand général moderne, sans avoir d'autre bagage militaire qu'une

pacotille d'érudition incohérente et malsaine, l'aplomb de l'ignorance et les vagues notions qu'on peut acquérir en dormant sur les bancs d'une école militaire.

En étudiant, pour les dénoncer, ces misérables pastiches, j'ai recueilli une série de citations qui sont précisément le contre-pied de la science militaire, et même du sens commun. En voici quelques-unes seulement, qui montrent combien on doit admirer la négligence d'une commission^ où il y a sans doute des militaires, et qui, après avoir trop scrupuleusement passé au crible l'énorme correspondance de Napoléon, ose imprime;* squs ce nom de semblables absurdités.

(( Le bataillon doit se suffire à lui-même » (page 516). C'est là une erreur qui a pris naissance dans notre armée seulement après de nombreuses campagnes en Afrique, où de semblables imprudences sont justifiées par l'incapacité de l'ennemi. Napoléon n'a jamais admis même qu'une division de six à huit mille hommes dût être livrée à elle-même pendant plus d'une heure dans des opérations réglées. Donner à un bataillon de quoi se suffire est une faute et un danger.

(( En campagne, les soldats ne devront, sous quelque prétexte que ce soit^ ni faire ni consommer de pain ; ils mangeront des galettes cuites sur leurs plaques et de la houilliey à moins qu'ils ne soient en état d'armistice^ en quartiers d* hiver ou en garnison ».

Le malheureux qui a écrit cela mériterait de, taire huit lieues par jour, sac au dos, en se nourrissant exclusivement de bouillie, sans qu'il lui fût permis de manger du pain « sous quelque prétexte que ce fût. )) Les armées de 1812 et 1813 ont péri surtout pour avoir manqué de pain, et cependant la principale occupation d© Napoléon était de leur en procurer.

Où l'étrange auteur est particulièrement malheureux, c'est lorsqu'il cherche à enrichir de quelque terme nouveau la nomenclature militaire ; ainsi, par une innovation burlesque, il divise le bataillon en trois ailes, l'aile de" droite, l'aile de gauche, et Vaile du centre (page 5^8). Ailleurs, il introduit dans notre langage technique le mol turme (p. 539), qui a les défauts d'être inutile et laid. Si Napoléon avait ressuscité quelque terme antique^ il aurait choisi un mot sonore et éclatant comme il les aimait. Ailleurs, il appelle tertre une sorte de gradin en terre, auquel il attribue^ des propriétés étonnantes, mais qui ne ressemble nullement à ce qu'on appelle tertre. Mais admît-on tout cela, comment croire que Napoléon, changeant de langage dans ces deux traités, appelât « lieutenants-généraux J )) et (( maréchaux de camp » (p. 545), les « généraux de division » et « généraux de brigade?. » On chercherait en vain ces termes dans les autres œuvres de Napoléon ; s'il emploie quelquefois celui de « lieutenants-généraux, )) c'est dans un sens tout différent.

Napoléon était artilleur, et un artilleur remarquable; il attachait une grande importance à l'organisation de l'artillerie, qu'il soignait minutieusement. C'est sur ce point que le pasticheur çst le plus timide ; il s'attache à copier servilement des extraits des œuvres authentiques de Napoléon, mais il se trahit cependant. Il appelle batterie l'unité d'organisation tactique et administrative de Tartillerie ; c'est le nom consacré aujourd'hui, mais ce terme avait chez l'Empereur une valeur différente. Il appelle batterie, dans Torganisation d'une armée, un groupe quelconque de pièces d'artillerie, si nombreux qu'il soit; mais quand il veut parler avec précision, il appelle division le matériel, et compagnie le personnel de ce que nous nommons aujourd'hui une batterie d'artillerie.

Ce serait une tâche ingrate et rebutante de relever tou. tes les erreurs de l'ignorant qui a surpris la bonne foi du général Henry Bertrand et de la Commission. Tantôt il s'expose gratuitement au ridicule en compliquant $ou discours de termes bizarres ; il invente le grade de sousgarde (la SOUS' garde est une pièce de fusil). Tantôt il parle delà guerre souterraine (p. 563) en homme qui n'a pas la plus vague connaissance de ce genre d'opérations. Il apporte une attention minutieuse aux détails des convois et des transports; mais en revanche, il ne sait pas le premier mot de l'artillerie. Il se préoccupe beaucoup du bien-être des états-majors, mais il nourrit le soldat avec de la bouillie. Il invente des manœuvres d'infanterie d'une désolante complication, mais il ne comprend rien à l'emploi de Tiafanterie sur le champ de bataille. Il parle peu de la cavalerie, mais il trouve moyen de montrer qu'il n'en connaît pas l'utilité ; il y a dans ce chapitre de la cavalerie, une idée hautement fantaisiste, que je cite en respectant le texte: « Tous les officiers de cavalerie, de quelque grade qu'ils soient, devront être maréchaux, savoir ferrer, et devront ferrer quelquefois. Les inspecteurs feront ferrer devant eux,

^ en présence du corps, les officiers supérieurs. » Sur les questions qui concernent le service du génie, il est d'une égale ignorance. Il compose un traité de fortification de

' campagne, et ne sait pas ce que c'est que la fortification de campagne ; il parle de terrassements en homme qui n'a jamais vu une pelle ni une pioche, et fait travailler les hommes « au milieu des boulets, » de façon à prouver qu'il ignore aussi quel est l'effet moral du boulet sur les hommes. Il est superflu de s'étendre plus longuement sur cette déûionslration. On ne saurait faire endosser à Napoléon la responsabilité de ces œuvres incohérentes

OÙ le Pirée est pris à tout instant pour un homme, et où les plus folles idées sont harnachées d'un style ridicule.

Resterait à chercher quel peut être le mystificateur qui s'est glissé dans les superbes in-quarto de l'Imprimerie impériale, « publiés par ordre de l'empereur Napoléon III. )) Je n'aborderai pas cette question, ayant voulu seulement signaler au bon sens public une fraude audacieuse.' J'indiquerai seulement quelques repères qui pourront seconder les recherches des curieux.

Les emprunts faits aux œuvres authentiques de Napoléon prouvent que la date des pasticlies est postérieure à la publication de ces œuvres; on peut supposer en outre : 1° qu'elle est postérieure à la conquête de l'Algérie, à cause des idées d'indépendance relative des unités tactiques qui y sont préconisées ; 2° qu'elle est postérieure à la guerre de la Sécession, parce qu'on s'y préoccupe avec excès de « retranchements dechamp de bataille; ))3° même cette date doit être postérieure à la canjpagne des Prusisiens en Bohême, car l'auteur admet un extrême morcellement du commandement dans l'infanterie.

L'auteur n'est pas officier d'artillerie, car il ne connaît pas l'artillerie ; il n'est pas officier du génie, car i^ n'a que de vagues notions sur les terrassements et les retranchements ; il n'est pas officier de cavalerie, car il ne parle de la cavalerie qu'avec circonspection ; il l'organise mal et veut la faire combattre à pied. Enfin, on ne peut supposer qu'il soit officier d'infanterie, car les manœuvres d'infanterie qu'il propose dépassent ce qu'on peut rêver d'extravagant.

Quel pourrait donc être l'auteur ? A coup sûr, il n'est pas militaire dans le vrai sens du mot ; mais pour ruminer de semblables questions, il faut avoir vécu sous l'uni-

forme. Or, après avoir écarté l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie et le génie, il ne reste guère que l'état-major, qui sait de tout un peu, et Tlntendance qui a le droit d'ignorer les choses de la guerre ? Mais toute supposition serait une injustice. La Commission qui a publié ces pastiches peut seule examiner complètement d'où est prôvenue son erreur et en indiquer l'origine.

Randall ^ Joarnal le TempSt iO janvier 1870.

Le Temps, 28 mars 1870.

La Commission de la Correspondance de Napoléon vient de prononcer son exigi monumentufn dans un rapport adressé à l'empereur sur l'ensemble de son travail. Ce rapport constate que rien de réellement important n'a été omis ; seulement, un grand nombre de lettres ont été écartées comme répétant des ordres déjà donnés ou ayant une importance secondaire. Cet aveu est incomplet : le fait est que le nombre des lettres omises est aussi considérable que celui des lettres publiées, et que parmi les premières se trouvent des pièces d'un intérêt réel. La Commission a faussé la nature de son mandat qui con-

^1. Ce premier article de Randall ne passa pas inaperçu; le général H. Bertrand s'en émut et somma l'auteuî* de venir le trouver. Peut-être devina-t-il sous les vêtements hourgeois^ comme on disait alors, un officier des armes spéciales. 11 n'en dit rien et les rapports entre le fils de l'ami de Sainte Hélène et le joui*naliste improvisé furent empreints de la plus parfaite courtoisie. Au cours de l'entrevue, à laquelle assistait le Président de la Commission qui avait publié la Correspondance, on discuta, on montra de part et d'autre une grande compétence en ces matières, on examina et commenta une quantité d'autographes précieux. C'était une rare aubaine. Mais les deux opuscules incriminés ne purent jamais prouver leur origine authentique. Ce n'étaient même pas des dictées signées du grand nom.

sistait à « recueillir, coordonner et publier » la correspondance de Napoléon. Au lieu de se borner à la critique matérielle du texte de chaque lettre, et aux constatations d'authenticité et de date, ce qui constituait déjà une lourde responsabilité, elle s'est constituée juge de l'importance des documents, et a pris sur elle d'éliminer tous ceux qui lui semblaient inutiles. En fait, elle a eu la main assez malheureuse dans ce travail d'éliminatjon : nous en citerons deux exemples caractéristiques.

Le premier est relatif à la campagne de 4805. La première période de cette campagne, de Boulogne à Ulm, est une opération de stratégie d'une étonnante précision, qui devrait être exactement retracée dans les ordres de l'empereur: or, cette campagne est inextricable dans la Correspondance, On y trouve reproduits des ordres dont le changement des circonstances a empêché l'exécution; mais les ordres réels ne s'y trouvent pas, la commission ayant jugé sans doute qu'ils répétaient des ordres déjà indiqués, et « conséquemment », comme dit le rapport, faisaient double emploi. Cea conséquemment » n'est rien moins que vrai. Un ordre de marche renouvelé et changé de date ne fait nullement double emploi avec l'ordre précédemment donné, surtout dans des opérations aussi actives et aussi précises que celles dont nous parlons. Les mêmes lacunes se trouvent à différents degrés pour toutes les campagnes; et l'aveu dépouillé d'artifice de la commission explique seul l'incohérence apparente que laisse régner la Correspondance dans certaines opérations de guerre qui furent des miracles d'ordre et de science.

Le second exemple est relatif aux affaires religieuses, qui ont joué un si grand rôle dans l'histoire de Napoléon. L'important ouvrage de monsieur d'Haussonville, VE-

glise romaine et le premier empire, est rempli de lettres ' de Napoléon, lettres importantes et caractéristiques, qui ne sont pas dans la Correspondance. Ce fait et d'autres analogues ont donné lieu à i^n grave reproche, formulé assez haut et assez nettement pour qu'il nous soit permis de le reproduire sans nous charger de le discuter. On a pu reprocher à cette publication, à demi-officielle, de n'être pas une œuvre de bonne foi.

Pour ce qui concerne les écrits de Napoléon à Sainte- Hélène, annexa à la Correspondance, la commission, s'étend avec complaisance sur la parfaite authenticité de ceux qu'elle a publiés. Nous avons établi cependant, dans le Temps du 10 janvier, que le {(Projet d'organisation de l'armée » et le « Traité de fortification de campagne » insérés au tome xxxi semblent être des* pastiches aussi faibles de style que d'idées. La commission a connu cette critique, et elle y a répondu en se félicitant du bonheur qui lui est échu (( de se procurer de ces manuscrits qui font foi devant la postérité. » Ce jugement bénévole ne sera guère approuvé: les manuscrits qui ont servi à la publication des ouvrages signalés comme pastiches sont des copies récentes, et n'ont en leur faveur d'autre présomption d'authenticité que la grande et parfaite bonne foi de leur possesseur, monsieur le général Bertrand.

Enfin la commission explique pourquoi elle renonce à joindre à son œuvre une Table des matières. Elle abandonne cette tâche à « quelque esprit intelligent », et elle a raison, car la Table, pour être complète, devra indiquer les lacunes de la publication et les moyens de les combler.

Malgré ces défauts et ces erreurs, la Correspondance de Napoléon P"" est le document le plus considérable et

le plus saisissant qa'on puisse consulter sur l'histoire du premier empire. Elle reçoit de la brutale incohérence de l'ordre chronologique une couleur dramatique qui transporte le lecteur au milieu des événements, et le rend témoin des résolutions, des incertitudes, des réticences ou des colères du gigantesque héros de cette épopée. On doit une reconnaissance véritable à ceux qui ont eu l'idée de cette publication, à ceux qui l'out'accomplie ; mais il est permis de regretter les fautes de l'exécution, et il importe de les signaler au plus tôt, afin que les (( esprits intelligents )> auxquels la commission lègue la continuation de sa tâche fatigante, sachent combien de difficultés

ils doivent rencontrer encore.

Randall.

Journal le Temps, 28 mars 1810.

5 février 1870.

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