SUR LE SYSTÈME POLITIQUE ET LE SYSTÈME MILITAIRE DE NAPOLÉON
15 février 1870.
Le défaut du système politique de Napoléoh I«' était de demeurer imparfait jusqu'à son complet achèvement. Indépendamment de la valeur pro[lre du système, qui est très contestable, il demeurait en ^^ui/i^re instable jusqu'à sa réalisation entière, de sorte que tout événement imprévu pouvait le renverser. Ainsi, les événements de guerre qui ont été l'occasion de la chute de Napoléon n'en ont pas été la cause; lui-même l'a parfaitement compris, car ces événements militaires étaient des accidents auxquels il n'était pas de force à remédier. Si la situation n'avait été que militaire, Napoléon aurait repris le pouvoir après Waterloo et aurait sans doute vaincu, mais la situation était toute de politique intérieure, et, comme il l'a dit, de guerre civile. L'immense machine ayant été accidentellement écartée de son état d'équilibre instable, ne pouvait plus y revenir.
Prenons un exemple : un des traits du système napoléonien était l'organisation d'une aristocratie : pour cela, il lui fallait, disait^il, vingt ans. Même en admettant cette prévision, tant que les vingt ans n'étaient pas écoulés, cette organisation incomplète devait se retourner contre la puissance et la popularité de Napoléon, contre le pays lui-même.
Autre exemple : la dictature napoléonienne (et non pas le système napoléonien tel qu'il était rêvé par son fondateur), exigeait de nombreuses restrictions à la liberté politique, à la liberté civile. Ces restrictions mêmes ont isolé le maître au moment de sa chute, et, aussi nuisiblesau pays qu'à leur créateur, elles sont demeurées dans
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notre législation, peut-être même dans nos mœurs, ^ous n'en sommes pas encore débarrassés.
Les procédés militaires de Napoléon avaient une tout autre portée : le principe général des mouvements était, au contraire, d'avoir toujours l'armée en état d'équilibre stable, pour ainsi dire, de telle sorte qu'un accident ou une attaque de Tennemi avaient pour effet de la concentrer et d'augmenter sa puissance. A chaque instant des opérations, Tarmée était prête à combattre sans désavantage marqué. Tout était prévu, et déplus la part de l'imprévu était largement faite. Dans le système politique de Napoléon, tout était prévu, excepté ce qui devait arriver.