SUR LE COURAGE DES ASSEMBLÉES
ii Janvier 1870.
Le rôle de la trop fameuse Convention est assez peu honorable ; elle a partout et en toute circonstance manqué de courage, et s'est montrée aussi servile qu'un Sénat de l'Empire Romain. Le 2 juin, lorsqu'elle se présenta aux troupes de la Commune, elle prit la fuite devant les canons ; cependant il est bien probable que les canons n'auraient pas tiré, et qu'avec un peu d'attitude^ l'Assemblée se serait assuré la victoire. Sa pusillanimité l'obligea a livrer les Girondins^ qui furent suivis à l'échafaud par les autres partis. Ainsi fut assuré le succès de la tyrannie.
Il est rare que les assemblées législatives aient du courage, à moins qu'elles ne soient, pour ainsi dire, portées par les événements. Ainsi la Constituante fut courageuse. La Convention ne le fut jamais^ les assemblées de la chute du Directoire ne le furent pas non plus. L'Assemblée du 2 décembre manqua de cœur après le Coup d'État.
Bonaparte avait compris le seul rôle qu'on puisse donner à une assemblée délibérante dans une crise violente : le 13 vendémiaire, il fit porter 700 fusils à la Convention.
SUR LE GOUVERNEMENT FRANÇAlâ
21 janvier 1870.
A notre gouvernement parlementaire, il ne manque qu'un parlement. Le Sénat est une ombre, le Corps Législatif n'est pas discipliné, pas organisé. En cas de crise ^ il se trouverait désorganisé avant d'avoir été éprouvé, et la force résiderait soit dans l'administration civile, soit dans l'armée, aux ordres d'une personnalité quelconque. Y a-t-il dans notre histoire, depuis la Révolution, une seule assemblée solidement établie ? Je ne le crois pas. Qui sait si la forte discipline des partis dans le parlement anglais ne tient pas justement à l'existence de l'aristocratie, qui fournit un point d'appui solide au parti conservateur jusqu'au jour où elle sera usée. Peut-être la solution du problème de notre organisation parlementaire consisterait-elle à trouver un point d'appui analogue dans les éléments conservateurs qui abondent en France. En tous cas, ce ne seraient ni les vestiges de l'Ancienne Aristocratie, ni les vaines tentatives d'aristocratie postérieures à la Révolution, tout cela ne tient pas dans le pays. Ce ne serait pas non plus le clergé qui n'est ni moral (politiquement parlant), ni patriote. Qu'y a-t-il d'organisé en dehors de cela ? Les deux gouvernements les plus vivaces que nous ayons eus ont pris leur point d'appui sur l'armée, mais il n'ont pas gouverné, ils n'ont pas pu gouverner parlementairement. Le pays est en démocratie; peut-on gouverner une démocratie avdc les fictions parlementaires ?