LA FORCE ARMÉE ET LA DÉMOCRATIE
22 janvier 1870.
La force publique réorganisée en France sur les bases indiquées par Pesprit public et par Tétai militaire des autres nations, serait peut-être le salut de la démocratie et du pays. Le rôle que la force publique militairement organisée a joué dans TËtat depuis le commencement de la Révolution a été immense et presque de tous les instants.
En 1789, on remarque au début la conduite des Gardes-Françaises, la difficulté de faire marcher les troupes, même étrangères, contre la nation. Le 13 juillet, l'organisation de la milice bourgeoise prélude à la prise de la Bastille ; ce fut improvisé. Pendant toute la période ascendante de la Révolution^ la France appartint aux maîtres de Paris, et Paris, à ceux qui possédaient la garde nationale, ou plutôt la force publique parisienne. Au 9^ thermidor, où l'action de la force armée est la plus confuse, le triomphe de la Convention est décidé par le refus des canonniers de tirer sur elle. En prairial, la lutte est plus caractéristique : malgré la Convention envahie et dispersée, les sections organisées triomphèrent des faubourgs.
Jusqu'alors les armées, occupées à la frontières et obéissant au pouvoir civil, n'étaient pas intervenues d'une manière décisive dans la Révolution. Leur rôle politique commence ou 13 vendémiaire, avec celui de Bonaparte, par la défaite des sections. C'est encore Bonaparte qui seconde le Directoire en fructidor par des adresses aux troupes. La lutte du 18 fructidor fut décidée par les troupes d'Augereau. Enfin, au 18 brumaire une conspiration militaire porta au pouvoir le général Bonaparte.
Ce fut la force année de la Coalition qui remplaça Napoléon par les Bourbons^ après la défaite des armées na< tionales; ce n'est plus de la politique intérieure. Les journées de 1830 et de 1848 furent faites par les Parisiens contre l'armée; mais il y aurait encore k examiner ce que fut la résistance de celle-ci. Ainsi l'esprit libéral et même bonapartiste de la garde en 1830 est indubitable. Aux journées de juin, l'intervention de la garde mobile fut, dit-on, décisive. Le gouvernement actuel ^ est arrivé au pouvoir par l'Armée et gouverne encore par elle. C'est à elle, c'est à la force que le ministère actuel, prétendu parlementaire^ en a appelé dans sa profession de foi lorsqu'il est monté au pouvoir.