‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 74 sur 83 · A M. DE CHASTILLON · texte numérisé non relu

A M. DE CHASTILLON

affaires des Pays Bas se traictent maintenant; nous aurions le blasme d'avoir aidé à les troubler. D'ung coing ce feu pourra passer à l'aultre , et embraser tout cest estât, et lors sa majesté opposera armes à armes; vous pouvés juger qui y commandera , et si ce sera pas remettre la force et l'auctorité en la main de nos enne-' mis. La France commence à oublier les guerres de la rellisfion; au lieu de les effacer, nous les lui rafraftschirons; et ne fault espérer, pour estre la cause diverse, si nous y sommes tant soit peu meslés , que nous évitions ce blasme, et qu'ung aultre le porte; car nos ennemis sont assés artificieux pour nous faire tenir lieu de principal, encores que nous n'y soyons qu'accessoire. J'ai pensé vous en debvoir escrire ce mot , comme serviteur que je vous suis, que je vous prye peser et prendre en bonne part ; et sur ce , monsieur, etc. De Sainct Germain en Lave.

A M. de Saincte Aldegcnde.

Du 23 décembre i584.

Monsieur, j'ai receu les vostres du 29 novembre, ensemble celles du prince de Parme à MM. d'Anvers, et les vostres responsives aulx siennes; je loue fort vostre resolution et discrétion tout ensemble, et estime que n'y pouvés mieulx procéder. Au reste, quand tous les hommes vous fauldront , et peult estre à eulx mesmes. Dieu vit, qui ne peult défaillir, ni à nous, ni à sa gloire. En ces vagues , je prise vostre constance et n'en puis que bien espérer; je regrette seulement de ne la voir suffisamment secondée; mais, quand nous

MjÉM. DE D0PlKSSIS"M0RIfAY, ToME II 44

6go LETTRE DE M. DUPLESSIS, eic

secondons Dieu, nous avons moins affaire de seconds; la patience endure beaucoup , mais surmonte tout , et Dieu la vous doint, à qui je sçais que la demandés. De nos affaires, je vous en ai escrit de Paris. Le roy nous accorde la pluspart de ce que lui avons demandé pour l'exécution de l'edict; mesmes, oultre l'edict, les villes de seureté encores pour deux ans et les garnisons payées. Il désire la paix, et pour plusieurs raisons; il n'est asseuré de l'amitié d'Espaigne, voit au contraire des menées en son estât, fortifiées de l'Espaignol; tout cela sert à nos affaires, et que vostre propre longueur, puisque la resolution en est prise, ne vous nuise; du roy de Navarre, quand la volonté du roy y sera, la sienne doublera, et n'en doubtés; et de moi, de ce peu que ie suis et que je puis , vous en debvés faire estât et public et privé. Je vous salue bien humblement, et prye Dieu qu'il vous ait en sa garde.

D'Angerville en Bea-isse, prenant la poste.

Ju roy Henry 111, dressée par M. Duplessis.

De la fin de l'an i584.

Monseigneur, le sieur Duplessis est arrivé ici depuis deux jours, par le retour duquel j'ai entendeu ce qu'il a pieu à vostre majesté ordonner sur les cahiers et instructions qui ont esté présentés à vostre majesté par M. de Laval et lui, au nom de vos très humbles subjects de la relligion reformée, assemblés il y a quelques mois , par vostre permission , en vostre ville de Montauban ; et s'est tout à propos rencontré que mon cousin M. le prince de Condé, et ung nombre de seigneurs et

LETTRE DU ROY DE NAVARRE, etc. 691

gentilshommes, de ceste profession, se sont trouvés sur son retour, près de moi : aulxquels ont esté communiquées les responses qu'il a pieu à vostre majesté accorder sur lesdicts cahiers et instructions. Je dirai avec vérité à vostre majesté, monseigneur, que tous unanimement ont recogneu , non seulement la saincte intention que vostre majesté apporte à Texecution de ses edicts , et au bien et repos de tous ; mais aussi particulièrement, la paternelle affection, de laquelle il lui plaist embrasser ses très humbles subjects de la rellioion , qui louent Dieu de tout leur cœur, de l'heur qu'elle leur faict espérer de se ressentir de plus en plus de vostre bonne grâce ; et le supplient de voulloir conserver vostre majesté longuement , pour tant de milliers de personnes, qui ne respirent que soubs sa sagesse et prudence, et de prospérer et bénir tous ses conseils et desseings, pour l'entier restablissement et heureux accroissement de son estât. Entr'eulx tous, monseio^neur. je recognois et ressens une obligation très spéciale, en ce qu'il a pieu à vostre majesté avoir pour agréables les très humbles remonstrances que j'ai pris la hardiesse de vous faire, de ce qui m'a semblé convenable à la nécessité de vosdicts subjects de la relligion , pour les faire vivre en quelque plus grande asseurance ; attendant qu'il ait pieu à Dieu, par la prudence de vostre majesté, ramener toutes choses h ung plus désirable estât. Qui me faict aussi espérer, monseigneur, que de plus en plus vostre majesté étendra sur moi ses bonnes grâces; comme de ma part, je me dispose et disposerai tousjours à rechercher toutes les occasions de m'en faire digne : ne regrettant rien plus que de ne les voir naistre telles, et aussi souvent que je les desirerois, pour rendre notables et continuelles preuves à vostre

majesté de la fidélité de mon service. Reste maintenant, monseigneur, comme il a pieu à vostre majesté faire cognoistre ceste sienne bonne volonté à ses très humbles subjects de la relligion, qu'aussi il lui plaise, par une mesme bonté, commander au plus tostqueses affaires le pourront permettre, les expéditions nécessaires pour leur en faire sentir les effects , suivant les mémoires qui en auroient esté mis, par son commandement, es mains de M. de Bellievre; desquels vostre majesté trouvera bon que le sieur de Chassincourt fasse la sollicitation et poursuite. Ce que sçachant, monseio^neur, estre très conforme à vostre intention, assés tesmoit^nee par les precedens et recens effects, ne pensent vosdicts très humbles subjects, avoir besoing vers vostre majesté de plus longue requeste; mais bien, monseigneur, de supplier le Créateur, comme je fais de tout mon cœur avec eulx tous , qu il doint à vostre majesté, etc.

J M. Duplessis, escrite de sa main.

Du..... i584.

J'ai receu ce soir la lettre et le mémoire que m'avés envoyé. J'eusse désiré que me l'eussiés apporté vous mesmes. J'avois dict à M. de Clervant que je vouUois que veinssiés quant et mon train , mais la Fon m'a dict que retourniés à Montauban ; aussi vostre lettre ne parle pas comme homme qui veuille venir; vous debvnés estre plus affamé de me voir, sçachant comme je vous aime; je ne me puis passer de vous, M. de Clervant n'y estant; venés vous en, je vous prye , aussi

vuide de passion que -vous estes plein de vertu ; je sçais que vous m'aimes , et qu'ayant parlé à moi , vous recognoistrés des erreurs que tous avés faictes , qui ne sont bien séantes ni aulx ungs ni aulx aultres. Si je n'eusse esté parti quand vous arrivastes, les choses ne se feussent remises ; vous me faictes tous ung grand desservice de laisser les choses, en Testât qu'elles sont, tirer en longueur. Je vous en parlerai à tous franchement; venés donc vistement. Adieu, M. Duplessis; c'est vostre plus affectionné maistre et ami,

Henry.

FTIV DU TOME DrUXIEME.

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