A PARIS
CHEZ TREUTTEL ET WtJRTZ, LIBRAIRES»
RDB DE BOURBON, N° I7.
A SfiAsiovBo BT A LoBBiBs, même Maison de Commerce.
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ET CORaESPONDANCE
l — * LETTRE DE M. BOUCHEREAU (x)
^ M. D&plessis.
MoKSiEUB, VOUS aùpés bientost l'homme <ju*il vous avoit pieu nous despescher, et, par lui, ung assés ample récit des choses adveneues depuis iios dernières lettres, et qui est surveneu de nouveau, et digne de vous estre mandé. Ces douze dernières, nous vous les Élisons sçavoir par ceste voye , qui nous a esté présentée à propos. Apres nos contestations sur la tenue ou non tenue de 1 assemblée , ils adviserent de mander à M. de Rohan qu'il estoit à propos qu'il veinst ; et le dimanche , quoique ce feust le jour de la cene , M. Dubois partit pour aller à Samct Jean. On croyoit que mondict sieur de Rohan deusl arriver aujourd'hui en ceste ville ; et de vrai plusieurs gentilshommes s'estoient préparés pour aller au devant, mais la partie * este remise à demain. Nous n'avons encores rien appris de certain touchant la fin de sa venue, et les bruicts en sont divers. J'ai tousjours veu qu'il estoit
(OPastenr'deTEglise deSanlmur et députe de la province d'Anjou.
Mût. DE DupJuESSIS-MoEJfikY. Tûtf S XIU J
2 I£XXR£ DE M. BOUCH£R£ÀU
paur bien , afin d'avoir le gré et Thonnenr de la séparation des députés, ce qui avoit «sté proposé par vous, monsieur, lorsque vous vinstes en ces quartiers, mis en avant par inoi , selon vostre commandement, lorsque j'aliois à Sainct Jean , et plusieurs fois par nous deux députés, et par forme de désirs et souhaits, et par forme de proposition. Plusieurs sont de cest advisi Aujourd'hui je me suis trouvé au logis de Lablan, partant pour aller à Paris, oii est arrivé Ghappeliere, qui a dict que BI. de Iloiiaii ne viendrait pas si tost, et que .sa venue estoit à la fin ci dessus : a adjousté qu'encores qu'il ne peust parler au nom des aultres , toutesfois il pouvoit dire son sentiment estre qu'il fauldra demeurer ici comme particuliers, en attendant l'accomplissement des choses promises, lequel venant à manquer, ils seront teneus de s'assembler, afin de pourvoir à la seureté de Sainct Jean, sans la^ quelle provision H. de Boban protestoit la voulloir remettre entre les mains des églises. Les aultres ont une auUre opinion to^te contraire : que M. de Eohan vient ici pour faire par sa présence 'qne la maison de ville change d'advis , et que le peuple auctorise le lui Taire faice, .si elle n'y consent de son bon gré, et que pour cest effect , il y a plusieurs practiques traisnees de longue main entre les bourgeois. Je ne puis croire cela , et ne le croirai jamais , jusqnes à ce que je le voye , pour ce que la pitié et prudence, de ce seigneur y répugne , et que ce cbemm est le plus droict à sa ruyne qu'il pourroit prendre. Il est vrai que Hautefontaine est continuellement en conseil avec les plus notoires factieux de la ville^ visité d'eulx soir et matin, qui' les entretient bîen priveement et soigneusement. Il est vrai aussi que, de chaque compaignie,
A M. DLPLESSIS. 3
quittre sont nommés d'entre le» bourgeois pour advi» ler auli: afimres qui maintenant œeupent et agitent les esprits; s li fauit ou non tenir l'assemble; si on la doibt «oivtenter ôii non des choses offertes par la royne ; et comme ce bruict est teneu pour constant que demain , * qui sera jour de conseil , ou au premier jour que la maison de viile «'assemblera, il se doiht hârt une aS'» semblée de bourgeois pour se plaindre qu'on veult laisser et abandonner M. de B.oban, et demander l'union de La RoeheHe ayec les églises , qui est la ÙA qu'ils font ordinairement prendre au peuple ; aussi est de oertain que les plus qualifiés d'entre , les bourgeois et ankres monstrent prendre ombrage et souspçon de la venue de mondict sieur de Rohan , qu'ona dict estre fort aecompaignë, tellement qne Tapprdiensîon commune est qu'elle ne sera potnct sans mai. M. le maire est fort changé depuis samedi que l'avons veu, et nous teiot bier AU soir deis propos qui ne nous contentèrent pas. M. Merlin m*a diot qu'il ne donbtoit poinct qu'il n'eust du desseing, et qu'il avoit veu depuis deux jours quelques' ungs des éepv/tis de l'assemblée proposer cette emorfîon du peuple , pour faire passî»" à la maison de ville ce qu'ils ont en opinion et en désir sur plusieurs propos ^qu'ont eus Bouchereau et Lafin* G^oi ci a dict que la fusée n'estoit pas cncores décidée. La nuict passée, par les corps de gardes, on a faict courir des billets tendans à cela; et est arrivé ung homme de Giiicnne , qui dict que sa province est preste, et a esté si oultrecuidé de soubtenir en la présence de Boucherean et Primauda3re , que la guerre estoit nécessaire pour raclvertissement des Eglises, comme aussi que Languedoc est tout disposé de se joindre au cercle. De toutes parts sont arrivés aujourd'hui des gentils»
4 LETTRE DE M. BOUCHEllEAU
hommes, et plusieurs aultres sont mandés soub» ce prétexte de faire honneur à M. de Rohan. Encores que toutes ces choses donnent justes subjects de défiance et cramcte, si ne puis je estre desmeu de la créance que j'ai que ce n'est que pour bien que Tient mondiet sieur de Rohan. Boucbereau a monstre à M. Merlin les lettres de M. Dupiessis, et les aultres pièces qu'il lui a envoyées, sur quoi il lui a.dict, qu'il estoit touché de ces raisons là, qu'il vouldroit avoir esté instruit auparavant, et que plusieurs eussent communication d'y aller; quesi cela eust esté ouestoit, le mal ne feust
poinct arrivé, et n'y auroit poinct de craincte pour l'advenir qu'il en arrivast. Il a promis, converti qu'il estoit, de convertir et confirmer les aultres; mais il est si variable et inconstant qu'il n'en fault faire aulcuQg estât, mais seulement attendre de lui qu'il lui a esté communiqué. M. le maire nous feit encores pryer hier, de demeurer jusques en la veneue deM. de Rohan ; nous avons acquiescé , afin de pouvoir rapporter certainement ce à quoi elle aura réussi. L'acte que àeh^ voient faire ces messieurs de La Rochelle à nous addresseravecinstance pour nous trouver à leur assemblée, qu'ils ont formée, et de la part de laqudie ils ont escrit à M. de Rohan , ne nous a poinct encores esté rapporté pour y mettre oostre response au pied, comme il nous a voit esté promis. Gela a fiiiet que je suis allé voir le scribe pour sçavoir à quoi estoit demeuré cest affaire ; mais il ne m'a pas respondeu pertinemment. Deinain» nous lui en porterons ung qui contiendra nos raisons, , et vous envoirons la copie avec advis de ce qui en sera adveneu, comme aussi de tout ce que nous apprendrons entre ci et le temps de nostre départ , que nous desirons sur toutes choses estre bieutost j car les
A M. DUPLESSIS. 5 jours nous sont années, et nous est fort ennuyeuse ^étte demeure parmi les codarins et mesachites, qui , quand iious leur tenons propos de paix, nous parlent incontinent de troubles et de guerre. Dieu nous en Teuille retirer et leur donner ung aultre esprit, etc.
A La Rochelle y le 8 janvier i(ii3.