‹ Mémoires et correspondance de duplessis-MornayChapitre 110 sur 142 · CCXXXI. — ^ LETTRE · texte numérisé non relu

CCXXXI. — ^ LETTRE

De M. de La Colombiere a M. Duplessis.

Monsieur , je feus honoré en ung mesme jour de deux de vos lettres du 6 septembre et du 3 octobre. Je n'aurais pas tant tardé de respondre , n'^ust esté que j'aie esté malade , et que j'attendois la resoîeution que preadroit le colloque de Graisivodau sur lafTaire de M. le mareschal d'Esdiguierres-pour vous en donner advis. Le synode dernier de ceste province, teneu en eeste ville » voyant que toutes les exortations générales et particulières, faictes audict seigneur, ne lui avoient poinct pu faire renoncer et donner congé à la femme, et qu'il pourroit arriver du blâme à nos Eglises, si on ne tâchoit pas tous moyens possibles 4*estoufFer ce scandale qui despleut à certains pasteurs et anciens de son corps par devers lui, pour continuer les remontrances qui lui avoient esté £iictes l'année précédente par cinq pasteurs délégués par le synode précèdent desquels j'estois Tung, et pour certains aultres affaires, et leurs donna charge, au cas qu'ils ne pussent fleschir lesdicts seigneurs , de don-ner advis de tout ce qu'ils auroient faict au colloque de Graisivodau, duquel despend l'Eglise de Grenoble, afin qu'il poursuivist ceste poincte vivement, et s'il le tronvoît à propos indist ung jeusne par toute les Eglises de la proviiice, s'adjoignant pour y procéder tant plus murem,ent, trois ou quatre pasteurs de colloques les plus voisins : charger encore lesdicts synodes , ses députés au national de proposer ceste affaire comme de grande importance au gênerai de nos Eglises, afîu

que ledict synode pesant toutes choses , et esTÎtant

d'ung costë le jugement de Dieu, et de Taultre la

persécution qui pourroit arriver à tout le corps, en ordonne ce qu'il vouldra estre expédié pour le salut de ce Seigneur, et pour Tesdification de TEgltse. M. le niarescbal ayant eu ad vis de nostre ordonnance y et appréhendant surtout ce jeusne ^ lequel il jugeoit. estre ung avant coureur de rexcommunication , à laquelle on Tavoit menacé qu'on seroit contrainct de procéder, s'il ne repurgeoit sa maison de ceste ordure:, enfin extraordinairement esmu, et ne pouvoit s'empcscher d'entrer parfois en des discours de menaces et sentant le Eel , si on le vouloit traicter comme cela ; que ceste procédure estoit bonne contre Ferier; mais qu'il estoit d'aultre qualité] que lui , et qu'on le jet* teroit aulx extrémités. Ledict colloque s'assembla der-. nierement ayant espié le temps que mondict sieur le mareschal seroit à Grenoble 4 et travailla en ceste affaire avec prières et censure. Ledict sieur feit, selon sa coutume , ung fort gracieux accueil à ceulx qui lui forent envoyés, et tesmoigna d'avoir esté touché en son cœur de la pryerc par laquelle on commencera Faction , et ouit particulièrement leurs remontrances; leurs feist une response autant douce qu'ils la pour voient désirer, leur protesta du désir qu'il avoit de • mettre sa conscience en repos , et de participer avec les aultres fidelles au sainct sacrement de la cène , et promit que si TafFaire est traicté à fonds au synode national, il acquiescera aulx ordonnances d'icelui. C'est sommairement ce qui si est passé. Ledict colloque ne jugea poinct à propos d'endire le jeusne. Les excuses sur lesquels se fonde ledict sieur , sont qu'il tient ceste dame pour sa femme; que le magistrat la sesparée

4 avec son mari; qu'il ne lui manque que la solemnité de l'Eglise; qu'il ne tient qu'à nous que cela ne se

fasse avec les abjurations et réparations nécessaires, etc. J'ai esté pryé de donner mon advis par escrit y ce que je ferai dans peu de jours , s'il plaiet au Seigneur, et Faurais faict, si j'avois veu les termes de la sentence et arrest de sesparation. Ce que mondict sieur m'a promis aultrefois de me faire voir, demandant à M. Charnier et li moi conseil e( conbolaLion ; la question sera traictèe au synode ualionai, auquel sont députés deux' forts galants personnages, à savoir: MM. Guyon et Noute , pasteurs des Eglises de Dieu , de Grenoble, et deux anciens, Tung de l'Eglise de Montelimart, nommé M. Du Lalo, gentilhomme et docteur en droicts , mais qui ne faict poinct profession de la jurisprudence ; et M. de La Combe de Saint Marcelin I lequel vous visitera, monsieur, au retour du synode national de ^inct Maximin. Je vous ai recité l'histoire de ce qui s'est faict en l'affaire de M. le mareschal d'£sdiguieres , parce que j'ai recognen par vostre lettre , monsieur , que vous desinés de l'apprendre. S'il SI passe quelque aultre chose, ou s'il arrive par de ça <}uelque6 affiiires importantes, je tascherat de voûs . en t^ir . adverti , puisque vous me faictes l'honneur d'agréer mes lettres et mon humble affection à votre service. J'ai esté merveilleusement resjoui des nouvelles dont il vous a pieu me fiiire part de vostre entrevue, reunion et bonne intelligence avec M. de Koban : Dieu unisse comme cela à jamais les cœurs de tous nos g'*ands pour la gloire et eiditication de son Eglibe. M. Ferari, noslre professeur hébreu a receu vostre lettre, et s en glorifie i aussi nous est cé gloire d'estre comme cela honorés par vous : je

486 LETTRE vous remercie très humblemeut des excellens tesmoignages que vous rendes de moi, et de l'amitié dont vous mlionorés par ladicte lettre ; ils sont capables de

me donner de la vanité ; je les emploierai plustost selon vostre bien^ ainsi que je les interpreste pour des aiguillons à mon debvoir, etc.

Du i" janvier 161 4*

A M. le baron de Blet,

Monsieur , j'ai receu celles qu'il vous a pieu m'en— voyer de M. le duc de Sully avec l'honneur que je dois , et lui rendrai tousîours ceste amitié avec toutes sortes de service* J'en attends la créance avec le bon* heur de vous voir , et lors nous aurons à nous entretenir du monde, lequel en toutes ses parties empire plustot qu'il n'amende. Le peu qu'une lettre voua en pourroit dire ne vous satisferoit pas, et pour ce vaait il mieulx remettre. Seulement vous dirai je que par mes dernières il s'cstoit renouvellé du mal entendeu entre la roync et monseigneur le prince , qu'il y en avoit mesme entre M. de Guise et M. d'Epernon , parce que M. de Lorraine ne voulioit souffirir que l'evescfaé de Mets feut uni sous ie gouvernement, en quoi ce* lui là portoit son parent ; mais M. Legrand s'entremettoit pour les accorder. M. de Bouillon arrivoit au premier jour en cour; la réception du marquis en parlement se mettoit en double, et là dessus force discours; mai» tout cela de bouche, etc.

Du 4 janvier i6t4«

CCXZXm. — ^ LETTRE DE M. HESPE&IËN

A M. Duplessis.

MoirsiEUBf j'ai receu celle qu'il vous a pieu m'escrire du 17*^; car me semble du passé, et «ii communiqué le conlencu d'iceile k MM. les chaucellier, de Viileroy et pre&ident Jeannin , qui m'ont dict qu'ils sont tous les jours après de faire exécuter les promesses faictes par vous et M. de Pomerai...J'ai fort entreteneu M. de Bouillon : il n'est guère content de MM. les cbancellier et de Vilferoj, ni eulx aussi de lui : il m'a dict que la royne, M. le chanceilier et Yilleroy , Teulient participa à advaneer plustost qu'il ne fault le mariage du roy et de Madame, et que M. le prince et lui s'y opposeront, pour ce que le roy d'£speigne fera paa du moins son affîûre et dcstruire celui du my , et nous fera prendre l'aflfection du r6y d^Angletevre, avec lequel M. de Bouiiloa traicte le mariage de madame Cluretienne, sœur du roy y nous fera aussi prendre, toutes leurs auhres alliances; il m'a dict qu'il lui feroit plaisir de dire tout cela à la royne, et à MM, le cliancellier et de Yilleroy; ce que j'ai faict. M. de Bouillon s'en va bientost én Guyenne , pour y renouveler ses anciennes aniiliés, et dcsire estre employé pour reconcilier MM. de Gramnionl , de et de Benac, avec M. de La Force; mais la royne, MM. le chan* cellier et de Viileroy ne le veullent poinct. M. de IVevers a quitté la court; M. du Maine ia suivi, et, dicton, que monseigneur le prince deslogera sans dire mot. On tient aussi que M. de Bouillon et M. de Bohan se sont réconciliés, et quiis sont meilleurs

48^ LETTBE - ,

amis .qu*il8 ne feurent jamais. Leurs animosîtés des

baronnies du Bearn croissent contre M. de I^a Force , si Je roy et la royne ne i assistent tout ouvertement. Il m'a mandé qu'il die à la royne, et à MM« le chance! lier et de Yilleroy , qu'il sera contrainct de se mettre soubs la protection de r£glise , etc.

I>u 12 janvier 1614*

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