CCXL. — -V^ LETTRE
De madame de Rohan à M, Duplassis.
MûirsiEUB, vous sçaurés bientost que je crois , comme la royne , à revoir nostre M. de Rohan, car
je crois que lui M. de Rohan ne tardera de le vous mander. Je n'ai voulleu toutesfois laisse» de vous en donner advis. Geste despesche ne feut poinct communiquée à M. de Poinmeray, le porteur, qui est Viliette, ayant demandé permission de me la communiquer; on le lui promît, à la charge que je le tinsis serré; vodà pourquoi je vous supphe d'y oi).sci ver îe mesme silence, jusque^ à ce que vous le sçacliie&
A M. DIJPL£S$IS, ' d'iiultm que de moi, anltrement cela me pourroît
nuire. J'allai tout à l'heure trouver M. de Vilieroy, auquel je dis que c'estoit en vam qu'il penseroit s'asseurer de M. de Rohan, s^il ne s^asseuroit des Eglises desquelles M. de Rohan ne se pouvoit destacher; et s'il ne lui donnoit moyen de ie persuader en lui don* nant contentement : il me parla fort particulièrement
du désir qu'il avoit de les contenter, et que I\L de Kolian y continuât la croyance qu il y a. Je lui dis que si cela estoit, il ùAïoii contenter les députés en leurs demandes, et employerM. Duplessis tant pour recevoir ses advis que pour en faire gouster l'exécution à ceulx de la relligion , et que lui et M. de Rohan joints en* semble pourroient beaucoup envers eulx , pourveu que la.royne et ses ministres y aidassent de leur costé. U monstra recevoir fort bien ces advis, me paria fort dignement de vous, et me doniia espérance comme asseuree d'accorder rassemblée. J ai communiqué le tout à M. de Pommeray, que je crois qui vous en es* crit rat depuis entendeu qu'on a despeschë yers vous sur mesme subject; depuis j'ai sceu par M. de Boissy que de sa part, sans qu'il monstrat sçavoir rien de ceci sur ces derniers bruicts , il s'estoit plainct au pre* sident Jeaunio de ce qu'on n'employoit pas ceulx qui pouvoient servir, comme entre aultres M. de Rohan et M. Duplessis, parlant fort dignement de Fung et de Faultre ; et sur M. de Rohan, il lui allégua l'ambassade d'Angleterre, laquelle M« de Rohan avoit monstré au susdict dont je vous parle, lorsqu*iI le veit en Bretaigne, et le susdict en avoit parlé à la royne, à quoi le président Jeannin respondit qu'il estoit en terme de ce faire ; mais depuis ledict Boissi a su qu^on estoit en terme de se faire, et contenter monseigneur ie
prince et ses amis, et que si cela est, M. de Bouillon pourra bien avoir ladicte embassade , si ont ne le pre- Tient en les engageant de paroles. Voila en sommaire ce que j'ai appris; vous aviserés là, dessus ce qui sera plus utile pour M. de Rohan. Je vous dirai seulement qu'il nie semble que si ceulx de la relligion peuvent estre contents , il sera tousjours plus avantageux de la main de la royne que de M. le prince. Pour la seurelé, je crois qu'il n'y a guère plus de ce costé que de i'auitre , et pense que M. de Kohan ne se peult nuire en acceptant sous là condition du contentement des Eglises, desquelles il ne se peult destacher, et fault regarder que les delaissemens ne donnent occasion aulx aultres de prévenir M. de Rohan. Vos advis toutes» fois sur le tout Je suis si pressée, estant en peine de ma fille aisnee. qui est malade, que je ne puis ajouster, sinon une asseurance de demeurer pour jamais, vostre affectionnée cousine , Catherine de PAETHEirâT.
Du 5 febvrier i6i4*
De M, le duc de Rohan à M. Duplessis,
Monsieur , je vous despescbe ung lacquai.«, pour vous donner advis comme le sieur de Villette est veneu me trouver de la part de la royne. Je vous envoyé
copie des lettres de la royne et de M. de Villcroy et mes responses; quant à sa crainte, elle consistott en deux poincts, le premier que je ne me joignisse à la cabale des princes, et le second , que je ne vi^se poinct M. de Bouillon comme aucteur de toutes ces brouilleries, et qui, en mon particulier, m'avoit &ict beaii'<
coup de mal : j'ai responden, suivant vostre atlvis, qne je ne suis homme pour me joindre à aulcung par* ticulier 'de quelque qualité qu'il puisse estrc, que j'en ai dcsjà donne tics preuves ci devant, et ferai tousjours ce que je jugerai le plus propre pour le biea de nos Eglises, et le service du roj, à quoi je m'as* seure que butte principalement le contentement particulier de la royne. Pour le second poinct^ que je ne pense pas que M. de Bouillon me vienne voir; toutesfois s'il le fesoit , je me déciderai envers les Eglises en le refusant y lesquelles viennent assés contre nostre desunion; mais que je cognois bien M. de Bouillon, et qu'il ne me sçauroit rien persuader contre mon debvoir, le service du roy et le bien de nos Eglises : nous verrons ce* que le temps nous produira^ Je vous^sup* plie , ne soyés paresseux à me faire sçavoir de vos nou* Telles aulx occasions qui importeront; je ferai le semblable de mon costé , etc.
Da 9 febvrier 16 i 4*