‹ Mémoires et correspondance de duplessis-MornayChapitre 12 sur 142 · XVII. — ♦LETTRE · texte numérisé non relu

XVII. — ♦LETTRE

De madame de Rohan a M. Duplessis.

MoNSTEUH , jamais tonneau decercle ne donna plus de plaisir à ceulx qui le courent en Allemaigne lors»

qu'ils en gaignent le prix, que faict à moi la rupture de ce cercle qui tenoit enchantés ceulx. qui y entroieut. Tous y avés frappé un g grand coup, et je ne m^es- • tonne pas si les zélateurs de la pecorre vous en mauldissent; mais je vous en bénis de tout mon cœur, et le mieulx est qu'ils vous mauldiront nonobstant ; mais Dieu vous bénira pourtant. Je suis bien marrie que tous ceulx qui sont veneus de moi ne sçavent aussi bien cognoistre ce q^e vous avés faict pour euk , comme une partie le cognoist ; car ce qui est du sexe féminin vous en honore et &ict nulle vœux pour vostre prospérité. J'espere que les aultres le feront aussi en temps , lorsqu'ils auront eu le loisir de recognoistre la haulteur du précipice dont on les a retirés; mais en attendant, je vous supplie d'excuser l'enchantement, . et considérer que tant qu'on est dans le cercle , on est au pouvoir du magicien , et vous imaginés ces chevalliers enchantés, représentés dans les romans, qui combattoient contre leurs plus grands amis, et contre ceulx mesmes qui alloient pour les délivrer. Cependant je vous supplie que vostre bon naturel surmonte l'inconsideration de quelques uns, et croire que je n'ai plus grand regret que de n'estre aussi propre à vous tesnioigner par quelque service combien je ressens les obligations que moi et les miens vous avons , comme j'en ai de volonté. Je ne puis que pryer Dieu, comme je fais de tout mon

A M. DUPLES&IS. 57 cœur, qu'il vous conserve et vous augmente ses sainctes bénédictions pour servir de plus en plus à son Kgiise, et au bien de ceulx qui vous aiment et honorent , dont je vous supplie que je tienne tousjours le premier rang. J'ai encores ung extrême regret du peu de subject qu'on donne à M. de Rouvray de continuer en son affection; mais je me proiiuts ce nonobstant qu'il ne vouldra laisser imparfaite l œuvre qu'il a si bien commencée ; je lesçais par Le Ferté qui m'a mandé par plu* sieurs fois qu'il s'y portoit adinirablemuni bien et avec toutes sortes de passions pour M. de Rolian , tellement qu'il crevé de voir qu'il y en ait de si elFrontés, qui en osent parler mal à propos auprès de ceulx qu'il oblige tant Je m'asseure que M. de Kohan ne 1 ap* prouve pas ; mais je plains qu'il n'a la tiédeur de l'cmpcscher , surtout je ne puis digérer la lettre que les députes du cercle lui escrivirent et à son collègue ^ dont je crois que vous aves veu la copie, et sans cela je la vous enverrois. Je ne sais de quel front on peult trois jours après les pryer de demander ce qu'ils m'ont refusé avec tant de dédain ; mais ce qui le doibt satisfaire est que c est ung signe de rasscuraiico qu on a de sa prud'hommie, puisqu'apres cela on se promet si librement son assistance. La mort du baron de Lux est veneue bien à propos eouvrir ceste rétractation. Je crois qu'il a plus faict de bien en mourant qu'il n'en avoit faict en sa vie. J'attends en bonne dévotion la response des'deputés qu'on a envoyés à la court. Cl pendant je despescbe ce lacquais à Paris, par lequel vous pourrés, s'il vqus plaist, escrire seurement. Je vous supplie qu'à son retour je puisse sçavoir de vos nouvelles, et faites tousjours estât de moi, monsieur,

58 LETTRE, etc.

comme de vostre humble et plus affectionnée cousine

à vous servir. Catherine de Parthenay.

Du a4 jaavier 161 3.

XVllJ. — -V- LETTRE DE M. DUPLESSIS

A M, MarbaulL

M. Marbault, messieurs nos députes d'Aojou sont reveneus de lundi ai. Que vous dirai je ? J'en aihorreur. Le maire , que neantmo^ns ces gens tenoient estre tout à eulx, me mande qu'ils ont esté sur le bord de leur rujrrie; le président qu'il y feict si creux qu'il n'ose y penser. M. de Mirande qu'ils ont esté à qualtrc heures près de Texecution d'une conjuration catilinaire ; et par lettres et en propres termes , je crains fort que cela n'aille jusqu'à la court, et ne défavorise les affaires; et cependant il est besoing que les choses accordées soient tant plus soigneusement exécutées, aultrement ils n'ont faulte d'aultres ressorts , et oultre ce que les gens de bien y perdroient leur crédit, seroit à appréhender la récidive. Le maire, le président , et les plus no* tables du corps de ville ont remercié nos députés , et les recognoissent çomme instrumens de leur salut , roesmes se sont ressouveneus du conseil que nous leur . avions donné en mon premier voyage de Sainct Jean , de recevoir le cercle dans leur ville , puisqu'on y estoit resole u , parce que ce seroit le moyen de donner le contrepoids aux mouvemeus déréglés qui s'y pourroient rencontrer. Je plains au fond de mon ame M. de Rohan. Hautefontaine l'a porté là, qui hvoit prac tiqué la lie du peuple, qui maintenant s'en ya fort détrompé.

LETTRE DE M. DliPLESSlS, ete.

Ceulz qui ont coareù vers voas y «voient bien leur part; Dieu le leur veuille pardonner, et à contretemps s'en vont faire les bons valets. Vous avés parlé d'une lettre qui feut jettee pour tomber es rnains du corps de ville. M. le maire la monstre à tout le monde. Je tiens à beaucoup d*bonueur d'y avoir part , encores que jV sois cruellement traicté. Il ne dissimule potnct que c'est riionimc que dessus. M. de La Chappeiiere a persisté en folie jusques au bout. M. Merlin en est utilement reveneu, après avoir pesé mes mémoires et. plusieurs aultres. Ainsi nous voilà reduicts aulx termes de GiceroQ : Qiias ftigiam scio quos sequar non video* Et pour tout cela ne faut il pas quitter la rame. C'est pourquoi j'escris à M. le président Jeannin ; et puisqu'il prend confiance de vous, dites lui de ma part que je le conjure d'achever cest affaire , afin que nous n'ayons poinct travaille en vain. Il dépend de là que pour le contentement public les conseils soient tolérés^ et que les provinces le sçachent. Pour le particulier de M. de Rohan , que ces petites variations soient levées , et qu'on ne s'arreste poinct à peu de chose : c'est ainsi que je me tiendrai vengé de leurs médisances; mais pour le salut de nos Eglises, il fault que nous travaillions tant plus vertement ; et là dessus vous verres , sans rien repeter, celle que j'escris à MM. les cinq députés de la réconciliation, que je vous prye de leur fâire gouster , parce qu'il est temps que nous donnions iing pied ferme à nos affaires , v\ qu'il est de leur commission de ne laisser poinct cest œuvre à demi, et de Thonneur nomoieement de nos députés de tradere rem public ai a posteris meliorem ; ce qu'ils ne pourront, si des ceste heure ils ne commencent à ménager et les jours et les heures. Je sçais que lès meilleurs conseils

6o LETTRE DE M. DUFiJ£SSIS, etc.

sont sujets à mauvaises interprétations. Je ne présume pas que les miens soient tels; mais tant y a que le principe en est bon, et pour les rendre meilleurs» je les soumets à leurs jugemens. Oultre ce que j'ai creu que les choses sont trop avant sur la pente du mal pour s^entreregarder, ou parler à demi bouche, et pour la fin de ce propos, qu ils jugent de quelle importance il est que les approches de la majorité du roj ne nous

^ trouvent pas les derniers fols.

C'est en attendant Tordinaire ; ung gentilhomme de qualité catholique romain m'a mandé que M. le mareschal de Laverdin a eu une lettre de M. de Villeroy, qui lui mande que tous les princes et grands sont bien unis, et ont faict leurs Pasques ensemble ; que le mariage de Mi d'Ënghien et de mademoiselle de Montpensier est resoleu ; que les huguenots en Xaintonge et provinces voisines font les mauvais; mais qu'on se prépare à bon escient à les bien relever. U parle de veue, et M. de Belin a teneu mesme langage. Vous estes dedans le monde pour y ouvrir les yeulx. D'ailleurs il est certain qu'en toutes les paroisses les curés ont charge de prendre le rosie de ceulx de la relhgion jus* ques aulx enfans, et le porter à l'evesque; car auicung d'eulx s'en sont ouverts à des gentilshommes, mes amis, leurs seigneurs et paroissiens, et tout cela se peult mouopoler au dessus de la royne. J'oubliois

' à vous dire que M. de Belin disoit qu'il ne lui restoit plus que M. de Nevers et M. de Maine , dont elle se trouvoit bien en peine, etc.

Bu a5 janvier 1 6 1 3«

LETTRE DE M. DE SE^UX, «te.

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