‹ Mémoires et correspondance de duplessis-MornayChapitre 14 sur 142 · XX. — -V^ LETTRE DE LA ROYNE ji M, Duplessù · texte numérisé non relu

XX. — -V^ LETTRE DE LA ROYNE ji M, Duplessù

M. Duplessis, il est vrai qu'en ce que j*ai ordonné touehant vos pensions et affaires , j'ai vouleu prévenir vos pryeres, non qu'elle^ ne me soient agréables, mais afin de vous &ire mieuix cognoistre ma bonne volonté en ceste occasion » et vous donner subject d'ei^ attendre de toutes aultres les effects que vous en pouvés promettre , et que je veulx que vous en esperiés; de quoi j'ai d'autant plus de contentement , que je vois par vostre lettre du 1 1 de ce mois , le ressentiment que vous enavés, elles tesmoignages et asseurnnoes que vous me donnés de plus en plus de vostre fidélité et affection au bien du service du roy monsieur mon fils , et au repos de ses subjects. Celle ci est donc pour respondre à vostre lettre » et vous rendre autant certain de la continuation de nostre bienveillance que je tiens que nous le pouvons estre de celle de vostre inclination et travail à la tranquillité publique ^ y exhortant tousjours ceulx que vous jiigerés eslre de besoing , et faisant coguoistre à tous nos bonnes intentions, qui, en vérité , sont telles qu'elles se doibvent souhaiter , comme nous avons tesinuigue par tant ci'effects signalés, qu'il n'est plus possible de l'ignorer sans malice, ni d'en abuser sans ingratitude extrême. AusHi veulx je espérer que désormais il ne se trouvera persoune ca-

LBTXE£ DE LA KOYJME, etc. 63 pable de telles iaoltes , et qoe quand il j aaroit des

brouiiionâ en ce roj^auitue , comme il est dinicile qu'il en soit exempt, et principalement en ce temps ci » ils se trouveront poinct d^esprits susceptibles de leurs^ mauvaises impressions ; mais il est nécessaire que de tous costée les gens de bien continuent d*y tenir soigneusement la main, et je tous prye , M. Duplessis , de ne voue en poinct lasser du vostre , et de me donner toosjoim tes adyis que TOUS jugerés à propos sur les occurrences qui se présenteront, tous asseurant que je les recevrai entres bonne part, comme j'ai faict celui fue vous avës' mandé depuis peu au président Jean«^ nin,et dont vo>is touchés encores ung mot par voslre lettre, auquel vous verres par effect que je n'ni pas peu deferë. Je prye Dieu qa'il yous ait, M. Duplessis , en sa saincte et digne gai de. M vrn .

El ploji bCLS , P0XI£A.

Du 2i6 janvier i6i3.

XXL — * LETTRE DE M. DUPLESSIS A M. le président Jeannin , par M* de Villamould.

MonsiEirR, je plains fort de yous estre importun ,

et crains d'auhre part qu il ne me soit reproché que je manque à moi mesmes. il y a deux ans ou environ 9 que parla iionche de M. de ViÛarnould mon gendre, il vous avoit plu prendre cognoissance de quelques miens aiïair^g, £t rue donner espérance qu'on m'en fcroit sortir en deux ou trois ans , qui toutesfois par le malheur du temps, s'en vont passer sans qu'il y ait esté touché; et vous sçavés assés, monsieur , que tels a flaires, pro«* cédés de services faicts pendant les troubles , perdent

leur considération quand besoing cesse, et n^amen-

dent pas en vieillissant , qui me faict vous supplier de toute mon aÛectioa de trouver bon qu il vous en raffraischisse la mémoire, et que je vous aye l'obligation tout entière d'en recevoir contenteiiieiit par vostre moyen. Il est question d une notable somme qui^me reste deue , d'advances par moi faictes , duement veri(îcc.s pour la furtification de eesic place, de laquelle î'avois accoutume de recevoir ions les ans quelque portion sur la ferme de ceste rivière ; aussi d'ung mandement sur l'ancien domaine du feu roy, qui me tient lieu de plusieurs gratifications et années de ^esvice , et lequel, pendant ma charge, ne m*a poinel esté ac*« quitté, selon mon mauvais naturel plus soigoeux de payer les créanciers de mon maistre, que faire droiot à moi mesmes, à quoi j'ose vous adjouster, monsieur, que je vois les libéralités de la royne s'espandre sur tant de gens à gauche et à droicte, que je pense estre fondé de la supplier très humblement d'avoir agréable que mes gendres, tous personnes de qualité, de mérite et de service en leur patrie , ne soient pas exdeus de ses bienfaicts , ayant quelques subjects de tenir à des &veurs, la faveur qui leur seroit desniee entre tant qui j participent Au reste , je ne me vois poinct enoores si inutile que ce qui me reste d'ans, ne puisse valloir les precedens, si les occasions s en présentent, esquelles Dieu me fera la grâce de fiûre voir à la rojne ce que peult et vault ung homme de bien en son service, etc.

Du sg janvier J6t3*

A M. DE LOUMEiU. 65

A M, de Loumeau, M, D, S, E,

MuJN'sii , j'ai sccu ce qui s'est passe chés vo\is, et trop plus que je n'en eusse ni creu m voulleu. Ne craignes poinct que je me piqiîe sur les mesdisances; je m'en vengerai par leur bien faire ; et M. fiouchereau vous tesmoignera les despesches que j'en a vois faict en court , premier qu'il arrivast; lesquelles je sçaîs n'auront poinct nui à la réception de M. de Bessay et des aultres. Je travaille aussi à tirer profict de nos faultes pour nostre reunion , et pensé en avoir proposé de bonnes ouvertures, que Dieu veuille bénir. Nous avons perdeu M. le colonel de Bethune, et en duel ; perte grandement publicque et de difficile remplacement. Le baron deCourtomer est pourveu de sa charge , non sans plusieurs mescontentemens. L'affaire d'Aigu esmortes tient la court en peine. Quand je verrai pius clair en nos propositions, vous en serés adverti; et cependant tenés de moi y quoi qu'on me fasse, qu'avec la grâce de Dieu je ne me lasserai poinct de bien faire , etc.

A La Rochelle , ce 29 janvier 16 1

XXIIL — LETTRE DE M. DUPLESSIS \ A M. dAersens. (i)

MonsiEUR , je ne vous dirai poinct ce que j'ai apporté aulx afiaires qui se sont passés à La Rochelle ; — - * I

(ly Ambassadeur de messîenrs lés estats vers leurs majesté».

MXH. DB DUFI.ESStS-MoBaAY. TOMS XIX. $'

66 * LETTRE DE M. DtTPLESSIS

j'aime mieulx que vous le s^chiés d ailleurs; mais il m'en reste un-indicible regrel que M. de Rofaan n'ait pas voulleu prendre son temps , èelon le conseil tant de fois réitéré de ses plus fidèles serviteurs. Cependant je crois 'que tous les gens de bien auront- recogneu qu'il estoit temps de faire fin d'affaires, pour s'unir tous à ung but pour la paix de nos Eglises et repos de cest estât, qui sera Tœuvi^e parfaict de nostre union si nous y pouvons parvenir; à quoi j'aspire de tout mon cœur, comme vous pourrës entendre, et bande tous mes esprits; aaitremént nous rendrons nous incapables de recueillir les occasions de procurer Tung et 1 aultrc. Au mariage qui se met sus de madame Chrestienne et du prince de Galles, la relligion ne sera pas ung petit obstacle. Et quant à la renonciation au i oyaulme , vous sçavés que ipso jure^ par nostre loi Salique, les filles ' en sont éxcluses ; mais on le veult exprimer au regard de l'Angleterre, parce qu*elle a pretendeu sur ce royaulme, de par une fille. Pour les patrimoines, la loi domaniale én France porte que toutes terres dedans le royaulme, qui par mariage, succession ou aultrement sont une fois entrées en la couronne, passent en na* ture dè domaine , partant soyent inaliénables; et pour celles que le feu rqy j apporta, qui estoient les plus importantes seigneuries qu^oncques roj y annexa, il y eut edict ë^tpreâ pour les y annexer et les rendre domaniales^ pour ce que le patrimoine privé du prince n*estoit censé changer de nature, s'il n'en âiisoit deda* ration expresse. Du royaulme de Navarre, il n'en est pas de mesme, qui n'a jamais iaict partie ni du royaulme, ni de la jurisdiction de France. £t pour le Bearn ,,cela despend de la question de la souveraineté; le procureur gênerai l'ayant aultrefois debatteue, et les princes en

A M. D'AERSENS. 67

nyaâa tou^ura retenea la possession , en laquelle n'y ayant esté rien changé soubs le feu roy, semble qu'elle soit passée en chose jugée. C'est pour satisfaire brèvement à ce qu'avés désiré de moi. £t sur ce , monsieur/ je salue bien humblement yos bonnes grâces, et prye Dieu, etc. «

Du dernier janvier i6i'6,

Page 1