CVIII.—* LETTRE DE M. DE ROUVRAY
A M» Duplessis,
Monsieur, je remarque par la vostre, du dernier du moîs passé, que M. dé Seaux, que seul je crois avoir eslé celui qui a formé le scrupule de ne poinct escrirc aube officiers de Saulmur, a vouUeu^ aussi prévenir le nesconlentenieiit que l'advis que je vous donnerois vous pouvoit causer; desseing que j approuverois dadvantage, si librement il m eust dict qu*il se mettroit en ce debvoîr de vous faire approuver ceste procédure, laquelle fort naïvement je leur ai faict sentir n estre à mon goosi; mais baste que le principal est pare, il feult se tenir à ce qu'on peult, puisffue non à ce qiron Teult et avec raison. Vous apprendrés Texecution de Magnac, qui faicfe voir que le duc de Savoye n*e.st poinct sans correspondance parmi nous; ses révélations ne s'çsventent encores, aussi que s'il en a faict, elles sont procedees du mouvement de sa conscience et non de la presse qu'on lui en aye faicte, dont plusieurs s'estonnent. La profession de nostre reiligion qu'il faisoit , à laquelle pour moindire subject on en prend de la brocarder, me feit faire quelque instance envers M. le chancellier , à ce qu'il feust pressé et examiné sur ses complices de plus près qu'il n'avoit esté. Et moi mesme, en la présence de Tintendant du grand prevost, l'en exhortai et feis presser. Par M. Codur vous sçaurés amplement tout ce qui s'est passé en ceste rencontre cl concours de tous nos grands; c'est pourquoi je ne vous en romprai pas dadvantage la teste (ij. Je vous
(1) M« Codur ne ût point ce voyage*
aSo * LETTRE DE M. DE ROUYRA.Y
cl li ai que je suis après à faire resouldre le voyage de
M. Durand, où j'ai apporté ce mesnagement que j'ai, faict cûgnoistre àces messieui^ les ministres deux choses que je crois que vous n'improuverés; Tune qu'ils ne debvoient prendre ombrage de vostre rapprochement , et l'aulrre qu'il esloit désiré et niesme proposé de ia part de M. de Rohan; à quoi il a falleu diverses raisons qui vous seront par ailleurs plus amplement deduictes. Je reste maintenant à mesnager dedans nous ledict voyage, car j'estime que le bien, et de Testât et de nos Eglises, est qu'en se reservant d'ung costé, on ne se détache de Tauhre ; car certes, il est des meshui temps* de nous lasser de tirer les ungs de çà et les aultres de Jà. Il nous est honteux et mortel; mais j'en suis du tout avec vous qu il nous fault convenir de but et de moyens par la direction de nos Eglises, afin que nous a'extra* vaguions plus slIou les flintaisies de chaque particulier. Nous avons aussi pour le susdict voyage à mesnager le consentement de TEglise ; dix ou douze jours de temps nous ferons faciliter toutes les cl i lu eu! tés qui restent, la plus forte estant surmontée. Quantànostrq assemblée, je vous dirai qu'ayant remarqué et veo comme tout à hou Ton avoitresoleu ceste guerre contre le duc deSavoye, et l'affection particuhere que ia royne y avoit, nous avons estimé en ceste rencontre n'en ilebvoir faire la demande et poursuite; car c'eusl esté wesme en l'esprit de la royne ung achoppement et garde derrière, et à ceuk qui ne nous aiment poinct^ ung subject assés plausible de draper sur nostre friperie, et s'escrier contre nous que, des que nous voyons quelque mouvement dans Testât , nous ne perdons œ tefi:j)s pour pousser nos affaires en avant. Ainsi, après nous estre foruHés de l'advis des personnes de qua«
lité qui se sont trouvées à la court, de nosîre relligion , Dous nous sommes resoleus de ne faire ladicte demande, et pour nostre décharge avons ad visé d'en faire une despesche pour toutes les provinces, par laquelle nous les advertissons» comme verres par celle de vostre province; et comme nous avons pris cesté occasion de faire voir à la rovne clairement les mouveniens du gênerai de ceulx de nostre relligiou ; ce qu'elle trouve fort bon , et a tesmoigné nous en sça-* voir gré. Voilà oii en est cesl affaire, sur lequel nous attendons les advis desdictes provinces et particulièrement les vostres. «C'est la vérité qu^en ceste occasion nous sommes combatteus de la considération du gênerai que nous jugeons avec vous ne requérir encores une assemblée générale , et puis de celles qUî nous regardent en nostre particulier, qui n ayant aulcung mouvement d'affecter la continuation de nostre charge (vraiment charge pour nous), serions très marris d'en estie soubçonnés et accusés. L'affaire d Aiguesmorles est encores indécise; mais Ton nous fiiict bien sentir oii elle doibt aller, qui est à la continuation du dcpost et ne rien juger au fonds. Dieu veuille en ordonner pour le mieulx« Pour nos aultres affaires , ils vont tousjours h rordiiiaire ; sur quoi ]c ne srnis plus qu'en dire. Cependant je remarque qu il ny a encores que trop d'esprits qui ne sont poinct marris de voir nos affaires conduicts de ceste façon , etc.
Du7jttiai6i3«
^Sl LETTRE DE M. DUPLESSIS
^ M, d'Aersens^ ambassadeur pour messieurs les estais près leurs majestés^ \
Monsieur, j'ai receu les vostres du dernier de mai , et par icelles appris vostre prochain voyage en Hollande, lequel je n*ai peu souffrir sans vous dire adieu par celle ci , et vous testifier nies vœux pour la prospérité de vostre passage, séjour et retour, tant en public qu en particulier. Là , je n'ai besoing de vous requérir de rendre tesmoignage à la vérité , si les choses passées viennent en discours ; car nul n'a plus avant veu que vous dans mes sentimens et niouveniens; et oultre qu'il vous est naturel de deilendre la justice, où vous la cognoi^s, je sçais assés que vostre affection envers moi ne laissera pas volontiers passer quelque chose au contraire. En ung mot, je pense en debvoir demeurer aulx termes que je vous escrivoîs n^agueres, et ne sera poinct veu que je nie démente du but que j'ai tous» jours eu de conjoindre les considérations àt TEglise et de Testât, sans y mesler aulcung interest particulier. Les constellations que j'observe si contraires en court, me font craindre ou qu'il ne s'y crée quelque funeste météore, ou pour le moins que nous n'en soyons pas si capables d'effisctuer le bien que nous projetions, ou qu*on se promet de nous. Car quant à ce compromis des affaires de Montferrat, encorés que je tf'ignore poinct que le pape et les potentats d'Italie n'y redoublent rien plus que la guerre, neantoioins je ne puis pas bien comprendre que le duc de Savoye en ait tant faict pour
A M. D'AERSETSS. 2 53
en demeurer là. Je me resjouis des bons effects qu*a
proHuicls ce peu de séjour de monseigneur i'eslecteur en vostre pays. C'est ung bien geuerai pour la relli*gion ; maïs vous remarqués prudemment qu'il pourra exciter une contreligue qui divisera l'Europe, et Fa mettra en danger de ruyne. Le remède seroît que nosU e estai, pour le contrepoids, s'attachast à ses anciens aU liés, et y portast avec soi la seigneurie de Venise; à quoi pou I roi i beaucoup aider la continuatjou des mouvemeHs du duc de Savoye, s'ils sont fomentés du costé d'Esj)aigne; parce qu'il ne scroit plus question de demeurer en neutralité. Le progrés du mariage d'Angleterre vous fera voir plus clair en nos intentions ; et quant à Taukre, auquel vous avés pris tant de peine, je recognois bien qu'il ne peult réussir, si les parties ne s'y veulent mieulK aider, etc.
Du 7 juin i6i3.
ex. — *: LETTRE DE M. DE LA COLOMBIERE
ji M, Duplessis.
Monsieur, vos saincts et heureux travaulx de toutes sortes pour l'Eglise de Dieu obligent tout le corps et
tous les membres d'icelui ; vos particulières faveurs m obligent à vous en paTticulier : la France, l'Europe , le monde , vous sont redebvables. Ne sufEsoit il pas que je le fusse avec les autres en commun, sans qu'il vous pleust m'engager si particulièrement et si estroictement à vostre service par des redebvances si particulières et si estroictes? Certes, monsieur, quaîid j approche la considération de ma petitesse et celle de
a54 . LETTRE
vostrc grandeur et mérite incompai-ables, et que neanl« moins je me trouve avoir quelque part en riioiineur de vos bouues grâces, je trouve en cela une merveiikuse occasion de louer la bonté de Dieu envers moi, et (raduarer vostre deboiuiauelé. Dieu, qui vous a enrichi de si rares ddns , vous veuille prester longuement à son Eglise et à cest estât, à celui ci en faveur de celle là jiommeemeut, et me doitit de vous pouvoir donner des bonnes preuves de ma très humble affection et ardente dévotion à vostre service. Je vous supplie, monsieur, de vous asseurer que si Toccasion se pou voit présenter de vous tesmoigner par quelque bon effect combien je vous suis acquis, vous trouveriés que personne du monde ne Test plus que moi ; que si quelqu'ung m'esgale , aulcung ne me surpasse en cest endroict. Nostre synode ayant ouï le rapport de ceulx ^ qu il commit à voir le livre c|e M. Tilenus, et de noii;>, qui l'avions vu auparavant , chargeâ deux d'entre nous • de faire response à ses lettres et à celles aussi de M. Dumoulin, lesquelles nous furent rendeues durant la tenue de nostredict synode , avec son Traicté de la Jus^ tificalion. La response tend à les exhorter au silence, et suis bien aise que vos advis et les nostres se rencon* trent M. Ikimoulin me feit l'honneur de m^escrire en particulier assés au long de tout cest affaire : en niesme temps aussi M. Mozet, Tung des pasteurs de Meti, m^envoya ung sien Traicté imprimé touchant Tadm»-* nistration de la sâiucte cene, et partic ulièrement s'il est permis aulx diacres de parler en distribuant la coupe , ainsi que continuent de faire ceulx dudict Metz, nonobstant les advis contraires des deux sjrnodes derniers. Ledict sieur Mozet me prya de faire voir son« dict Traicté à nostre synode , et principalement afin
A M. DUPL£$SIS. 2i55 ^
que celui de M. tic Souis , pasteur et professeur de Montauban, y feust examiné, auquel il dict que ledict sieur soutient raffirmative , et mesme que les anciens et diacres peuvent baptiser; car il ne nous envoyé pas ledict Traicté de M. de Souis , pour n*en avoir pas assés de copies. Mais il nous dict que son escrît et livre contient soinmairement ses raisons. Le synode a fort improuvo ces procédures , et leur a escrit que son ad vis est qu^ils suppriment tels escrits, et attendent en silence le jugement du synode nauonai prochain, veu mesme que, parées imprimés, on descouvre les divisions qui se trouvent en une Eglise , et mesme entre les ministres (car tous les pasteurs de TEglise de Melz n'ont pas ung mesme sentiment pour ce regard), et que la guerison de ceste playe est plus retardée par ce moyen qu'advancee, piustost empeschee que facilitée, au scandale et opprobre de l'£glise.
N'avons nous pas assez de controverses avec les papistes et aultres hérétiques, sans en faire naistre pa? mi nous? Assés de querelles avec les luthériens, lesquelles nous debvons désirer et tascher d'adoulcir et estouffer; et assés de peines à régler nos troupeaux , sans nous harceler ainsi entre nous et nous tailler de la besoigne
iiouv(^llc, à iioslre doiunirigc:^ Cela me desplaist, et cn appréhende la suite, si on ne guérit ceste pernicieuse démangeaison. Je ne vous dirai rien des nouvelles de deçà, soit parce que M. Albanel vous en dira plus que je n'en pourrois escrire, soit parce nos députes du synode par devers monseigneur le mareschal Desdiguieres , sur divers subjects iiu|)ortans, ne sont pas encores de retour, et ainsi je ne sçais pas quelle issue aura eu leur délégation.. J'escris à M. Âibanel , et le prye de s en , enquérir de M. Buuteroue , pasteur de
l'Eglise de Grenoble, afin qu il puisse vous en porter
des nouvelles, etc.
Du 12 juin i6ri.
CXI. — * LETTRE De M, le mareschal Desdiguieres à M. Duplessis.
MoNSiBUR , le souvenir qu'il vous a pieu avoir de
moi par vostre lettre du a 5 d\nvnl , m'oblige à vous en rendre ce bien humble remerciement , et à vous asseurer que vous n'en aurés. jamais pour personne qui vous honore dadvantage et désire plus vous servir que moi. Je naurois manqué a debvoir il y a long-temps; mais lorsque vostre lettre feut rendeue en ceste ville, j'en estois bien esloigné, et depuis poinct de commodité plus propre que celle ci ne s'est présentée pour vous fiaitre response : j'y satisfais maintenant en vous disant que j'ai sceu comme toutes choses se sont passées pour vos affaires de Xaintonge, dont je loue Dieu, puisque leurs majestés en sont demeurées satisfaictes , et nos Eglises contentes. J ai contribué, comme je fais encores aujourd'hui, pour Tunion désirée parmi nous; et si je ne sçais encores qu'en espérer, non plus que de noslre guerre de Montterrat, si ce n'est que le duc de Savoye , estant comme il est de bonne intelligence avec les Espaignols, quoique non ouvertement, il est à^craindre qu on ne ruyne le duc de Manloue, s'il n'est assisté de la France; car desjà celui de Savoye tient presque tout le iMontferrat, si ce n'est Casai , Tune des meilleures places. M. de !Nevers est en ce pays là, mats sans y faire beaucoup de fruict, pour n^ayoir pas des troupes françaises, fort peu d'italiennes, et mal aàsisu
A M. DUPLESSIS. ikS'J
de ce qu'il en a. On lui envoyé deux mille hommes par la mer, sous la canduicte de M. le chevalier de 'Quise et do sieur Dubourg, mestre de camp; mais j'ai bien opinion que les Génois ne les recevront pas à Sa* Tone : aussi n'est ce pas le moyen* de secourir ledict ■duc de Mantoue. Leurs majestés ont bien pris une meilleure resolution, mais les efTects en sont ung peu tardifs, à cause des brouilleries , divisions et jalousies de la court : c'est d'envoyer dans les estais dudict duc douze mille hommes de pied , douze cenf; chevaulx et douze canons, sous la conduicte qu'il plaist à leurs majestés m'en commettre. J en MlLeiuls de jour à aultre leurs dernières intentions et resolutions, avec commissions et argent, qui est ce qui plus nous arreste; car on ne veult toucher à celui de ia Bastille , et il n'y en a poinct à Tespargne; l'on travaille pour en avoir par le moyen de certain parti des greffes, desquels Von espère retirer i5,ooo escus; mais ce n'est pas viande preste, etc.
Du i5 jam i6i3*
GXII. — «LETTRE D£ M. D£ SEAUS
ji M, Duplessis,
MoNSisuR , je ne doubte poinct que M. ^le^uhy ne vous ait faict sçavoir comme il a esté bien leceu de la royne , et aussi la lettre qu'il a présentée de vostre part à sa majesté; c'est pourquoi je ne vous en manderai rien, et me contenterai de vous asseurer qu'il en est demeuré fort content , et la royne de lui , et qu'il est parti aussi gai que pas un de sa trouppe, qui est bien^ de quarante gentilshommes; et ce matin il s'en est ache^
M ibf. DvPLKSfu-MoEVAT. ToHX xn. I ']
a 58 LETTRE DE M. DE SEAUS
miné du mesme costé une auitre qui n'est gtieres moirwlre, avec M. le chevalier de Guise , qui trouvera en Provence [es deux mille hommes de pied que commande M. Dubourgy et qui sont destinés pour passer au Montferrat soubs sa eonduicte ; c'est ce qui va en Italie f et le reste des trouppes qui se lèvent est pour Tarmee avec laquelle leurs majestés font estât d'assaillir M. de Savoye dans son pays , par le costé de deçà, et qu'elles ont reduictes à dix mille hommes de pied fraaçois, et quattre mille Suisses, avec toute la cavalerie > afin qu'elle soit plus tost preste , cL aussi, qu'estant de moindre despense, elle se puisse entretenir plus longtemps sans incommodité , si tant est que la guerre dure; k quoi 1 on se prépare prudemment, encores quil y ait subject d'espérer le contraire , puisque le roi d'Ëspaigne asseure qu'il se déclarera aussi contre M. de Savoye; mais en cela je crois que ce n'est pas mal iiaict d'adjouster foi aulx effects de nos paroles, et que Ton ne se peult trop desfier de l'esprit de M. de Savoye. Les crainctes que vous avés sont communes à tous les gens de bien en ce temps ci, qui ne permet pas que les oc« casions en cessent d'ung costé qu'elles ne renaissent d'ung aultre; mais comme Dieu a faict jusqu'ici beaucoup de grâces à ce royaulme, il fault espérer qu'il les lui continuera. Plaise a sa divine bonté que de nostre part nous nous en rendions dignes. Je vous puis asseurer, monsieur, que je ne vois potnct en ce peu d'af^ faires dont j'ai cognoissance, qu'il s'en présente aulcune oii Ton requiert les effects, non seulement des choses promises, mais mesmè de la grâce de leurs majestés, qu'ils n'y soient tels qu'ils se peuvent raisonnablement désirer; et doresoavant ik seront d'autant plus frequens et mieulx receus , qu'il ne reste rien des mécontente-
ÈL M; BUPLESSIS. âSg
Diens et desfiances 'passeCvS. Il est vrai que la royne avoit deqà esté adverlie que te synode da vosfare province s'est teneu à Baugé , et qu'il ne is^y est rien passé ôuUre les termes : mais vostre tesuioignage en donne Tasseurance entière. J'espere qu'il en sera de rnesme de cèlttî de Bretatgne^ et que celui du Hautt Potctou imitera celui du Bas, fnesinement si M. de La Tabariere troi|i«) comme Ton se te pmAdt, etc^.
%ii8}aHii6iS.
GXI[I.*r*^ LETTRE DE M. DIODATY
A M, t)uplessis,
MoNSiEUii, par mes dernières je satisfis à ce qtfe requeriés de moi par les Tostres; et avoit jà esté advisé meurement en nostre eompaignie dé laisser tout à feict la cure du mal glissant entre MM. Dumoulin et Tileiivs, ou à Dieu et à leurs propres consciences, ou aulx compaignies dé TMre royaulme; nôstre advis pacifique , qui ne pouvoit n'im prouver quelque chose en l'ung et Fauttre, ayant esté si sinistrement receu et interprété que nous en afOns rapporté de grandes preuves d'amertumes et d'injurieux reproches; et en somme avons essayé que d'estre juges entre amis , surtout 'en cauM< afieetee^ est choëé (bit dangereuse. Nous louons Dieu que le silence s'entretienne jusques an synode : c'est la vraye méthode de giîerison que de remettre les parties altérées et esmeues én repos. Je desirerois sçavoir si vous avés veu nos lettres escrites à monseigneut* le duc de Bouillon et aulx deux antago^ nisles, et quel jugement vdus én fiiictes, pour sçavoir si de la part de M* Dumouiin nous avons tant ulcéré la
a6o L£TTR£ DE M. DK>DATT
playc , Lt empiré la cause , et mérité d'estre ouvertement décriée pour 4>revancateurs et faulteurs de mondict seigneur de Bottillon. Nous serions plus respectueux à en ouïr et en croire tout cruement vostre «dvis.
J'ai &ict valoir l'advis que vous me donnés du fiitct
du jeune Micheli envers le père, qui y a mis tel ordre que j'espere que le mal est tranché à sa racine; et suis marri seulement qu'il ne peult donner satisfiiction au lieu et aulx personnes où il s'est donné la licence qui a tant offensé, à vous nommeement, monsieur, qui avés tant mérité de lui et de tous les siens. Je vous prye prendre i'asseuré rapport que je vous fais de son amendement pour suffisante réparation. Au demeurant, nous voici derechef entourés d'armées fi aiiçoises prestes à fondre sur les estais de Savoye , le duc s'estant ouYertement moqué de tous ceulx qui ont embrassé la cause du despouillé. Soubs promesse de paix et espérance d'accord , il a desarmé le Mantouan du secours de plusieurs bons hommes firançois , et maintenant reprend ses erres , desadvouant son ambassadeur Grivelli , «qui avoit accordé la restitution. Nous avons advis que le conseil d'Ëspaigne improuve toute sa procédure , et a commande au gouverneur de Milan de le contraindre à restituer, et estoufifer ceste cslincelle de guerre en sa naissance. H y a apparence que f£spaignol ne veult s'embarquer en une entreprise et eause tant inutile pour lui, qui va souhs la direction et au seul desseing d'une liumeur tant malencontreuse et ruyncuse comme est celle du duc de Savoye. Si FEspaigne veult qu'il restitue , il n'a qu'à tenir, fin peur seulement des connivences et marciiandises du gouverneur de Milan, grand iàvori du duc
A M. DUPLESSIS. 26 f
aultrefois, et maintenant grand faulteur. Le Mantouan s'est fort penché dû costé d'Espaigne , et la craincte d' offenser de ce costé là lui a faict ouvertement mespriseret rebater le secours de France en Italie , ne le Toullant accepter que deçà les monts , par diversion , laquelle le duc de Savoye a monstre redoubler tant, qu'il feit sonder ceste ville et Berne des l'entrée de ces remueinens , si nous voullions entrer en quelque plùs estroict traicté avec lui, aulx conditions de ne rompre rien pendant qu'il est occupé à ceste guerre. Il y. employa UDg secrétaire d'Angleterre, agent en sa court, qui nous pensoit beaucoup obliger de nous asseurer de ses armes en cas d'accord en Italie. Nous nous
trouvasmes en peine àr. la renvoyer, n'ayant volonté de faire chose aulcune au degoust ou desservice de la France; lui mesmes, s'appercevant de nos defaictes , partit à Timproviste avec le comte de Carignan , que le duc avoit envoyé saisi de plein pouvoir. Geste entreprise de cest Anglois a beaucoup ombragé et esclaté en France; mais je vous puis dire que, comme on n'a aulcung suliject de plaincte contre nous, aussi ne peult on descouvrir que son desseing feust aultre que de s'asseurer de nous et des Bernois, ayant ce préjugé pour lors, que la France n'oseroit se monstrer à descouvert, mais qu'elle nous feroit jouer \c pc rsonnn!?e le vous ai escrit par ci devant connue auix. répliques, recherches et recharges de messieurs de Nismes, ceste Eglise et seigneurie m'a accorde à ceste Eglise là pour six mois, ou au fort pour ung an. J'attends que les chaieur$\ soient passées pour m'aller, comme je re* doubte fort , brusler au feu de leurs divisions , factions et humeurs remuantes. Je descouvrirai bientost et le jugement et Vesperance quMl en fauldra prendre ^
aCa lëttaë dë m. diox>aty
et, selon cela, je me gouvernerai pour le temps de la retraicte. Je transis da peur, pensant à ceste vocation; et 8t d'beur je p^is avoir quelque salutaire conseil de vous, je le conserverai connae ung préservatif et seure addresse contre les dangers que j'appréhende, etc.
t)e Genève^ ce igjain t6i3.