‹ Mémoires et correspondance de duplessis-MornayChapitre 59 sur 142 · LETTRE DE M. DE LOUMEAU · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. DE LOUMEAU

d'assemblées *sans permission cju'ils ont demandée à la court, et en atteruleiii responsc, et qu'ils feroient absenter ou cacher celui contre lequel a esté décrété pour éviter l'occasion de trouble; et puis nous allasmes parler à M. le maire, qui est un g peu trop resoleu avec tout le conseil àne rien céder, et vouldcoient que nous condamnassions en presches, ct la cause et les procédures des bourgeois; ce que nous ne jugeons pas en tout et pour tout juste et expédient. Nous exhortons chacung à céder pluslosl quelque chose de ce qu'il prétend estre de son droict. Ceulx du corps ck ville, à mon advis , se trompent de ne ifoull )ii nen céder à la violence ; estans si prbche de la mer, ils debvroient avoir appris que les bons pilotes ne s opuiiastrcnt pas contre vent et marée; et je leur ai dict souvent que lesroys mesmes cèdent ciiielque chose, comme de fraische mémoire il s'est pracliqué. Les bourgeois sont fort piques que ceulx du corps de ville les accusent d'estre mutins, et avoir en ces derniers mouvemens vouUeu contraindre lé corps de ville à faire choses contre le service du roy et la paix de Testât, appelé traistres et menacés de mettre sur les guarreaux les bons serviteurs du roy. Si le conseil et la court de parlement veulent perdre ceste ville , il ne leur sera pas difficile en ceste division ; s'ils désirent la conserver , je crois qu'il sera aisé; mais ils auroient besoing d'estre bien instruicts sur la question du feïct qui leur sera tousjours déguisée de part et d'aultres. Je crains qu'à la fin nos divisions donnent si beau jeu à nos adversaires, qu'il leur prenne envie de nous mal foire. Et pourtant ils s'unissent, et vous voyés desjà ung eiïect de la paix d'Italie en la response fascheuse qu'on a faicte aulx députées de Languedoc, sur le faict d'Aiguesmortes , laquelle trouvera ces esprits

A M. DUPLËSSIS. 293 desjà aigris par restablisscnicnt de M. Ferriere. Le corps nie ville s'estant roidi contre les pryeres du consistoire, de mettre en exécution le décret susmentionné, M. le maire est allé ce matin au logis de celui contre lequel on avoit décrété, qui estant veneu au mandement de M. le maire parler à lui, il l'a faict son prisonnier, etTamenoit h l'eschevinage ; il s'est trouvé des bourgeois au devant qui le lui ont osté , sans vio*' lence toutesfeis, sinon de paroles. M. le maire estoit ' accompagné de deux du corps , qui ont bonne part es troubles passés y desquels les bourgeois se deschargent sur aulcungs des principaulx, et en donneront de bonnes preuves. On se plainct des niiuistres qu'ils n ont pas assés presché Tobeissance. J'ai de quoi leur fermer la bouche; car quand je l'ai presché en une occasion si urgente, et euk et le peuple m'ont coureu sus. Car M. le maire connivoit aulx menaces et oultrages de paroles qu'on me faisoit et disoit, comme aulcuiig d'eulx a dict encores depuis peu au conseil, que le peuple avoit eu juste subject de s'eslever pour main«tenir l'union des Eglises, ele.

« Du i5 juillet 161 3.

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