CLI. — ^LETTRE DE Bf. DE LOUMEÀU
^ 3i. Duplessis,
Monsieur, madame de Rohan a passé p«r ici, non
encores bien délivrée de sa Eebvre , pour se rendre au Parc, afin de parachever cest œuvre, lequel est traversé par quelques ungs. Car on a forgé et donné à M. de Rohan des advis de divers lieux , d'une entreprise sur Sainct Jean par M. de La Rochebeaueourt. A quoi a donné quelque couleur une assemblée d*aulcungs de ceulx qu'on appelle mal contens et mal affectionnés à Sainct Jean, On a adjousté à ce desseing qu'il y en avoit aussi sur sa personne; et estimoient le faire retourner de Mouron sur ses pas à Sainct Jean. J'ai veii en particulier inadicte dame et mesdemoiselle& ses filles, lesquelles j ai Uouvetii fort portées au bien et
A M. DUPLLSSIS.
à çeste reunioD, et ung peu malsatisÊiictes de M. Durand, en cest affaire,. imputant toutesfois cela è son
frere H(iultefbntaine qui peult beaucoup sur lui, coin me elles recognoissent* Vous les.verrés et apprendrés.d'elles. leurs, créances et leurs crainctes ; je les ai en tout et partout trouvées portées à vous croire et dépendre de. vos bons advis« M. Lefeyre ayant quelque advis de Paris, a parlé du mariage de M. de Chastillon; maïs cela est hors de possibilité. Je ne les ai pas.recogneues du tout hors d'espérance de l'aultre du comte. Mais cela ne se peult que par le moyen de M. de Bouillon. Je leur ai parlé de la lettre de M. Boucbereau, et que. c*estoit ung levain que voulloient reserver oeulx qui. possèdent M. de Rohan; ce qu'elles recognoissent ; mais il fault faire le principal , et puis on viendra auU branches. En ung mot, je n'ai rien recogneu en tous leurs discours, et conjoinclcrnent et séparément, qui ne tende au bien, javcc une improbation de ce qui s'est fittct et de ce qu^^on faict encores. La royne a mandé à Bordeaux que les jurats fcussent continués, et l elcc- ^on d'uQg mair^ diileree jusques au printemps t que le. ifiîy iroit et y pourvoiroit. C'est |]ieult estre pour les contenter plus aiseement. Ott si cela est, ce seroit qu'on 'i(Ou)(iroit parachever les mariages. J'oubliois à vous dire que j'ai faict entendre à madame de Rohan que nonobstant la longueur de M. Durand, et qu'il vous reniettoit encores pour plus ample résolution lorsqu'il seroit à Mouron ^ vous aviés escrit à M. de Rohan et à M. Sully, dont elle a esté bien aise. Elle excuse tant qu'elle peult son fils comme une mere, et accuse ceuU qui le possèdent. Quant à Tafiaire de ceste ville, il est en fort mauvais estât. Quand ceulx du corps de- ville ont esté amenés è quelque poinct d'entrer en çppter
33o LETTRE DE M. DE LOUMEAU
rence, les bourgeois ont assés &ici cognoistre que .ce n^estoit leur désir. Car sur l'absence d*ungseul de leurs
procureurs, ils out remis après la foire; cestoit pour avoir nouveiles de Paris qui sont remuées. C'est ung arrest du privé conseil qui évoque k soi tout ccst af- &ire et toutes ses dépendances, commande aulx bourgeois et habitans d'obéir an maire en sa charge, et au maire de les traiter doiilcement; au corps de ville de permettre aulx bourgeois de tirer de leur thresor les privilèges et les communiquer anixdicts bourgeois , permettant aulx procureurs desdicts bourgeois de s'assembler avec leurs conseils pour adviser à leurs afïriîres. Sur cest arrest, je ne vois aulcung moyen de rien faire, si d'aultres que nous de plus grande capaeué et de plus grande auctorité ne s'en mêlent i ai ci devant escrit à H, de Rouvray que cest affiiire meritoit bien ung voyage par deçà, ou à tout le ruoins il recognoistroit le fonds de l'affiiire pour consulter, puis après des remèdes; car il n*est pas aisé de bien cognoistre la vraye cause de tout ceci ailleurs que sur le lieu. Plusieurs recognoissent les faultes qu'on a faictes; mais il est bien tard pour y remédier. Nostre colloque et nostre synode mesmes ne seroient remèdes assés puissans « estans composés de jeunes hommes qui ont peu de créance et d'auctorité. Geste évocation au conseil me faict craindre qu'on veuille prendre c^'ste occasion et s'en servir à nostre niyne, laquelle , selon le monde, semble preste et aisée; mais leur pouvoir trop bas ne 1 accomplira pas. Je ne sçais encores quelle resolution le consistoire prendra sur cest arrest, et quelle procédure on tiendra ; car la preccdeiilc est fort afibiblîc par cest arrest. Il estoit allé nombre de navires de Sainct Sebastien , jusques à dix , bien autant de Sainct Jean
de Luz, et quelques ungs de Bordeaux, à la pesche des
baleines;! Gi inland, une terre descouvcrte nagiu rc!>ou fréquentée par les Anglois. Ils ont armé six. navires et ont empeschë fous anitres de pescher, et eontrainet àé retourner sans rien foire, au grand dommage des marchands. Gela apportera du bruict. Le roi d'Angleterre n*a pas armé les naTires, mais les marchands qui fréquentent ce lieM. Il s'est trouvé en ceste terre là, il y a deux ans, quelques cornes semblables à celles de licornes , sans que l'animal se soit ireu. Je vous envoyé la response de M. Merlin , lequel a communiqué vostrc lettre aulx procureurs des bourgeois, pour les conduire à quelque accord. Je vous enverrai la sepmaine prochaine des plantes rares, s'il plaist à Dieu, etc.
▲ La AodieUe, ce 6 aoast i6i3«
A M. de Seaux.
MoirsTEUR, ce n*ést pas une petite bénédiction que
toute l'Europe demeure en paix tant dedans que dehors ; Dieu la veuille continuer^ à nous spécialement pour donner loisir à nostre roy de gaigner paisiblement SCS ans. Pour l'assemblée générale que MM. nos députés ont demandée, ils en ont eu des raisons et publîcqnes et particulières , une entre aultres qui regarde leur descharge, et j'en recognois bien avec vous quelques unes pour la dilayer; mais le moyen de donner patience à ceulx qui la pressent , c'est qu'on recognoisse quelques efFects des sollicitations de nosdicts députés, sur les plainctes qu'ils font de la part de nos Eglisesj h faillie de quoi elles leur rameuloivent
ce remède ; au lieu qu'elles lairroient couler le temps sans y penser, si elles sentoient plus de frutet de leurs labeurs, et euU mesmes presseroient moins leur descharge. Ce que je vous supplie, monsieur, de prendre en bonne part, et comme de celui qui n'a plus grand désir que de voir une fois en sa vie, une assemblée qui n'ait aultre chose à faire que de recogooistre et exalter les bienfaicts de leurs majestés , et de protester de Tardente obéissance de leui^ très humbles subjects de la relligion, par une deputation qui n'ait charge que de respandre leurs vœux, moyens et vie en toute dévotion à leurs pieds* A ce propos, j oserai vous dire que j'oy fort retentir une plaincte nouvelle du temple de Quillebœuf , fermé et deffendeu à ceulx du lieu , après le leur avoir laissé bastir, et y &iire l'exercice Tespace de quelques mois. Pour Dieu, monsieur, pre-^ mier que venir là , prenons la peine de consulter les edicts, et soyons jaloux de la parole de la royne, qui est le plus puissant aceptre dont elle ait à manier ses subjects, etc.
Da8 aoust i6i3.
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CLIIL<— L£TTR£ DE M. DUPLËSSiS A M* le président Jeannin*
MoNSiJBOR, j'ai receu les vostres du 217 juillet par
mon fils de Villarnoulfl, ung peu plus tard, parce qu'il s'est accroché quelques jours par le chemin. J y recognois'tousjours vostre bonne volonté envers moi , et de plus par les effects, me desplaisant seuleroenL que je n'en puis tesmoigner le ressentiment par quei<iues services. Certes , monsieur , je déteste avec vous le tumulte
k M. JEANNIN. 333 que m'écrives adveneu à Nismes, duquel Timpunité
peult conTier de plus grands maulx ; et pourtant est il besoiaf[^ et pour i'auctorité de leui's majestés et pour le repos public, quil fasse ung exemple. Mais entre plusieurs voyes qui vous sont ouvertes pour en faire justice, vostre prudence sçaura choisir la meilleure; et la meilleure, selon mon peu de jugement, c*est Torciioaire, afin qu'il ne soit dict que vous enveloppiés en tnesme crime Tinnocent et le coupable, le siège et la populace; lequel s^il venoit à manquer à son debvoîr, ou par connivence ou par lascheté, les moyens de le raulcter ne vous défaillent poinct. Par ainsi, iponsteur, vous aurés mis les juges ordinaires en leur tort, qui sera recogneu de toute .la province; ou s'ils font leur debvoir , comme je le me veulz promettre, aurés ren*^ dcu l'exemple de tant plus efTicacicux, qu il ne pourra estre imputé qu'au seul mente du forfaict, au lieu qu'une voye extraordinaire donne tousjours lieu de Fextenuer. Pour lexcommunication , monsieur, de laquelle vous vous plaignés, je n'en ai poinct veu la teneur ; seulement m*asseure on qu'elle est fondée sur des enormités, qui rendent tout homme indigne de l^r communion de TEglise ; tant plus celui qui y auroit eu telle charge. Quoi estant, je crois qu'il est dangé* reux d'y toucher; parce, monsieur, que vous sçavés que Texcommunication faict partie de la discipline de l'Eglise , et que Texercice libre d'icelle est permis it nos Eglises, mesnies promis par exprès es articles proposés du commandement de la royne à La Rochelle, par M. de Roiivray. Et de faict, M. Ferrier n'est pas le premier qui ait passé par là; il s'en est veu plusieurs, mesmes pasteurs, etsoubs les règnes des feusroys; e% lesquels toutesfois ne se sont jamais pourveus au con-
334 LETTRE DE M. DUPLËSSIS, etc.
seii couU*e telles censures. Comme aussi le feu roy, qui ne cognoissoit la conséquence ^ ne receut jamais per^ sonne a ceste complaincte. Ce (jue je vous dis, monsieur ^ par ce que je vois oii cela va ; sçaToir que la cognoissance qu'on vouidra prendre de ceste ci f sera interprestee à enervation générale de la liberté de la discipline de nos Eglises, dont il est de vostre prudence de juger la suite. Pour les abus qui s'y ponrroient commettre , les reglemens y sont formels : Que jamais en nos Ëglises on ne procède à censures ecclésiastiques ^ue pour la repression des hérésies, schismes, vices, scandales^ pro&nes comportemens , et choses semblables; jamais pour affiiires politiques quelconques. Et se doibt présumer plustost le droict du costé du censurant que du censuré; parce que nul ne prend plaisir lie perdre ses membres, et de tels membres. C'est pour* quoi je vôus supplie, monsieur, de bien peser cest affaire, et me permettre de vous dire. que des le commencement il eust esté à désirer, pour M. Feirier
mesmes, qu'il n'cusl pas cherclic support contre telles censures, hors des formes de nos Jb^iises, veu le lieu qu'il y tenoit; et crois que, et pour le public, et pour son particulier, tout s'en feust mieulx porté. Vous voyés, monsieur, en quelle franchise je vous cscris; Dieu sçait cpie je n'y ai but que le service de leurs majestés, et le repos de leur estât, et suis sensible à tout ce qui le heucte, de quelque part qu'il vienne, etc.
Du 9 aonst i6i3.
• LETTRE DE M. DURAND, eu. 335