I. La rédiwion de mesdames de Maïarin et de Courcelles
Notice. ai
« Lorsque je sortis de Ghelles, je fis tant que j'obtins que madame de Courcelles viendrait demeurer avec moi. Quand elle y fut, ceux qui ravaient tirée autrefois d'auprès de son mari , étant bien aises de la lui rendre, le firent intro* duirO) je ne sais comment, dans le palais Mazarin pendant que j'étais en ville, en telle sorte qu'il se raccommoda avec elle et la ramena chez lui. Un jour que je l'allais voir, elle fut assez imprudente pour me faire dire qu'elle n'y était pas, quoique le carrosse de Cavoy * fût à sa porte « Daus le premier chagrin que j'eus de son incivilité, je rencontrai malheureusement son mari en mon chemin, à qui je ne pus m'empêcher d'en témoigner quelque chose. Le maître fou hésitait depuis quelque temps à faire tirer l'épée à Cavoy, par la seule raison qu'il lui fâchait de faire voir
fut pour les beaux esprits nn sujet à chansons et épigrammes : citons entre autres ce couplet :
Max&rin et CourcoUes
Sont dedans un courent ;
Mais elles sont trop belles
Pour y rester longtemps.
Si on ne les retire
On ne rerra plus rire
De dame assurément, Ch. higt.
I. La marquise de Courcelles et la duchesse de Bfazarln se disputaient le cœur de Cavoy. Voici l'esquisse du marquis de Cavoy, d'après le recueil que nous avons cité : A l'Important : A la Place aux Veaux.
Ck. hist.y t. IV, page 449-
aa Notice.
qu'il était jaloux du meilleur de ses amis; il voulait qu'on crût qu'il se battait pour un autre sujet; il n'en trouva pas de plus plausible que de faire Tamoureux de moi par le monde , de feindre que sa fenime avait eu entre les mains des lettres de conséquence que je devais avoir écrites à un homme de la cour, qu'elle les avait données à Cavoy, que Cavoy les montrait, quil voulait se battre contre lui pour les retirer, et qu'il me l'avait promis. Quelque ridicule et mal inventée que toute cette histoire paraisse d'abord, il se trouva des gens assez sots pour y ajouter foi et la publier sur sa parole. Il fit bien pis, il eut l'impudence de me la faire à moi-même dans le palais Mazarin. Je lui dis que sachant mieux que personne que tout ce qu'il disait r^e pouvait pas être, je ne pouvais croire autre chose, sinon qu'il voulait railler, et que si je savais qu'il eût la moindre pensée de se battre sur cet impertinent prétexte, j'en avertirais sur l'heure M, le comte, qui était à deux pas de nous, et qui entendait une partie de ce que nous disions, Courcelles, voyant bien à Tair dont je lui parlais que je n'entendais pas raillerie , me fit signe de la tète que c'était pour rire , n'osant pas me le dire à cause de M. le comte, qui nous joignit en même temps. Jugez de mon étonnement quand j'appris le lendemain, non-seule-
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ment qu'il s'était battu, mais que dans l'accommodement qu'ils avaient fait ensemble sur le champ , il avait eu l'effronterie de soutenir sa fiction jusqu'au bout, et d'excepter une femme du secret qu'ils se promirent l'un l'autre. Il était si satisfait de lui-même, qu'il ne put s'empêcher de se vanter de l'exception qu'il avait faite, à <ies gens qu'il n'avait pas exceptés. Ce fut ce qui divulgua la chose, et qui les fit envoyer tous deux à la Conciergerie , faire pénitence de la sottise d'un seul*.»
Le marquis, usant alors du droit que lui donnait l'opinion publique, qui s'était élevée contre Sidonia, l'envoya à son château de Courcelles, dans le Maine , et sa belle-mère fut chargée de surveiller sa conduite. La marquise sut tromper cette surveillance, et si bien, qu'au mois de janvier 1669, il lui fut impossible de dissimuler une grossesse de deux mois. Or, le marquis de Courcelles était en prison depuis le 5 juillet précédent : calculez * 1 La mère du marquis de Courcelles prévint son fils, et lui nomma le séducteur. C'était Jacques Rostaing, dit le Jeune. Il avait été page de l'évéque de Chartres, oncle du marquis de Courcelles, ce qui lui avait facilité l'accès du château.
1. Voir pièce justificative, no VI, ce duel raconté par Gr'egorio Leti.
a. Pièce justificative, I, 37 .
a4 NoTice.
Le 3 avril 1669, le marquis portait sa plainte en adultère contre Sidonia * , et requérait la cour de commettre un juge royal à l'information des faits contenus en sa requête.
Le x5 du même mois, le parlement commettait le lieutenant criminel de Gbàteau-dn-Loir à Tinstruction du proc^ de Sidonia , bien que le lieutenant criminel du Mans fût son juge naturel •.
Sur nouvelle requête du marquis de Gourcelles*, le juge royal à Château -du -Loir ordonna * que Sidonia fût visitée par Jean Sabin et René Hardouineau , docteurs en médecine , François Marquis , médecin-chirurgien et commis du premier médecin du roi, Urbain Fougiré, médecin -chirurgien à La Flèche, et Jeanne Travaillart, sage -femme , et leur demanda un rapport de son état".
Il fit garder à vue Sidonia au château de Courcelles* et procéda le 20 juin à un premier interrogatoire : Sidonia avoua les faits , déclara que son mari était étranger à sa grossesse, mais refusa de nommer son séducteur'.