I. Histoire généalogique du père Anselme
ro Notice.
De ce qu'on dit je charge mes tablettes ,
Afin de mieux parler.
Dans mon quartier^ j'écris tout ce qu'on traite ;
Je suis la gazette, moi ,
Je suis la gazette !
Enfin, il est encore question d'elle dans une série d'esquisses des principaux personnages du temps. Ces esquisses, fort curieuses, se composent le plus souvent d'une enseigne allégorique et d'une devise. La première, en prose, est le portrait physique du personnage. La devise, qui présente le plus souvent un vers, est son portrait moral.
Voici celui de madame de La Baume :
Aux Osselets, rue de V Arbre-Sec, ^ Qui frappe du couteau , périra de la gaine.
Madame de Gourcelles n'y est point oubliée'.
Sa devise :
Au Soleil, rue de Tournon.
Je ne m'arrête points et tourne comme lui^
nous prouve que son inconstance était alors chose notoire*.
Ce n'étaient pas là les seuls auxiliaires deLou-
I. RecueU de Maurepas, Chantma hittorifue$t k la Bibliothèque impériale, manuscrit, t. III, page 67 ; t. II, pax;e 5 10; t. IV, page 449-
NOTICB. II
vois. Il se servait encore d*ttn intermédiaire entre lai et Sidonia. Cet intermédiaire était Langlée. Il est souvent parlé, dans les mémoires &a temps, de ce personnage aux originels douteuses. Madame de Sévigné, Saint-Simon, le nomment plusieurs fois. Voici ce qu'en dit Saint- Simon •. « C'était un homme de rien , de vers Mortagne, au Perche , dont le père s'était enrichi, et la mère encore plus. L'un avait acheté une charge de maréchal des logis de l'armée , pour se décorer, qu'il n'avait jamais faite ; Vautre avait été femme de chambre de la reine-mère, fort bien avec elle, intrigante qui s'était fait de la considération et des arâls, et qui avait produit son fils de bonne heure parmi le grand monde , où il s'était mis dans le jeu.... Il s'était rendu maître des modes , des fêtes, des goûts, à tel point que personne n'en donnait que sous sa direction , à commencer par les princes et les princesses du sang.... Il avait été sur ce pied-là avec M, de Louvois, avec M. de Seignelay , avec le maréchal d'Humières. » Comparons ce portrait avec le récit de madame de Courcelles • : « Langlée, dans ce temps-là , dit-elle , n'était qu'un misérable que la faveur de M. de Louvôis n'avait pas encore tiré de l'ordure où la roture
I. MéfMiret de Stûnl^Simon, t. IV, page a3i-a3a. Paria, Delloye, 1840, 40 vol. in-ia.
s. Mémoirtt àê Madame de CottreeUet.
Notice.
desoQ père le tenait enseveli Il devint mon
espion, et a, depuis, établi sa fortune en me rendant toutes sortes de mauvais offices auprès de M. de Louvois. n Ce ne serait donc ps, comme le dit Saint-Simon, la mère de Landée qui «lurait produit son Ixls dans le rnonde^ mais Louvois qui aurait récompensé de ses bonnes grâces les bon?i offices que lui rendait Langlée dans ses galanteries. Et Saint-Simon vient de nous montrer Langlée dans rintimité de Louvois, ce qui con* firmerait le dire de madame de Courcelles»
Louvois, malgré les facdités, et peut-être à cause des tacilitéB que lui donnait la famille du marquis de Coarcèllos^ ne sut obtenir ni les faveurs de la marquise ni son amour. Cet amour, Sidonia l'avait donné à Fun des piu?i grands seigneurs de la jeune noblesse d'alors ^ au fils du maréchal de Vitleroy, alors célèbre seulement par ses galanteries. Le marquis de Villeroy, cousin germain du marquis de Courcelles, n'avait pu voir sa belle cousine sans être sensible à ses charmes, et Sidonia avait accueilli s^ns colère les aveux de celui que madame de Coulanges appelait le charij^mu.
Le marquis de Villeroy cependant était alors Taroant de madame de Monaco. Fille du maréchal do Grammont, madame de Monaco avait rempli la cour du scandale de ses amours. Maîtresse de Lauzun, puis de Louis XIV, qui Ten-
Notice. i3
leva à Lauzun au grand désespoir et à la grande fureur de ce dernier * , le marquis de Villeroy l'avait enlevée à Tun et à l'autre : peut-être même Tavait-il partagée avec le roi. Ainsi, le marquis de Villeroy avait une maltresse, et Sidonia avait été donnée à Louvois. Malgré ce double obstacle , les deux amants réussirent à cacher leur bonheur. Ce fut d'abord chez la marquise de Gourcelles , puis chez Tabbé d'Effiat, qui logeait à l'arsenal, près de l'hôtel de Gourcelles. « Fils du maréchal d'Effiat, dit M. Walckenaer, l'abbé (qui n'était point dans les ordres , puisque madame de ^vigné nous parle de son mariage projeté) était un des plus jolis hommes de son temps : formé à l'école de Ninon qui l'avait pendant quelque temps placé au nonîbre de ses amants, il était tellement dangereux pour les femmes, que, par ce seul motif, Louis XIV crut devoir l'exiler de sa cour. Madame de Sévigné, qui trouvait le jeune abbé aimable , l'appelait par plaisanterie son petit mari. Il avait été un des premiers à tenter la conquête de Sidonia. Villeroy l'ignorait, et Sidonia se garda bien de l'en instruire'. » Plusieurs imprudences des deux amants apprirent bientôt
1. HUtoire amoureuse det Gaulée. — Saint-Simon,' t. XXXVni, pages 214-21 5, édition déjà citée.
2. Mémoiret eur Madame de Sévigné, t. IV, page 160. •— Walckenaer. Paris, 1848, Didot.
x4 Notice.
à M. de Loavois et à madame de Mooaeo qu'ils étaient trompés. Grande fureur des deux parts; rupture de M. de Louvois; désespoir du marquis de Gourcelles, qui voit, avec la faveur de Louvois, s'écrouler la fortune que, dans son esprit, il s'était élevée sur les charmes de sa femme ' .
A la suite d'un accident grave que Sidonia nous présente comme une vengeance de son mari, elle fut passer un mois à l'abbaye de Saint-Loup, où s'étaient écoulées ses premières années. De retour à Paris, Sidonia s'aperçut qu'elle n'aimait plus le marquis de Villeh)y, mais que Louvois était toujours pour elle un objet de haine. Il la poursuivait sans cesse de ses visites, et sans cesse Sidonia trouvait des prétextes de les éviter. Elle chercha et trouva d'autres compagnons de plaisir'. C'étaient Charles de Lorraine , duc d'Elbeuf ; Godefroy Maurice de la Tour d'Auvergne , souverain duc de Bouillon, grand chambellan de France depuis i658 »; son frère Maurice Frédéric de la Tour d'Auvergne, comte d'Auvergne, colonel général de la cavalerie de France, gouverneur du Limousin ; M. de Mazarin; que nous verrons
I. Mémoiret de Madame de Cour celles. — Pastim. a. Mémoireê de Madame de Coureellet. — Paseim. 3. BecneU de Maarepas, 2i la BlbUothèque impériale, manuscrit, Chantent kittoriquetf t. III, page >5x.
NOTIGS. i5
reparaître dans la suite lie cette notice, et M. de Rohan; mais toujours elle évitait la présence de LouYois. Une fois encore elle se joua de lui. « Ce fut une nouvelle querelle; elle aurait été la dernière, si une madame de la Brosse n*eôt trouvé rinvention de nous raccommoder *. »
Là s'arrêtât les mémoires de madame de Coureelles.
Nous croyons avoir été fidèle au plan que nous nous sommes tracé pour la première partie de cette notice : les mémoires de madame de Coureelles n'ont été pour nous qu'une transition vers les divers personnages qu'elle a mis en scène : a mesure qu'ils ont passé sous nés yeux, nous les avons fait connaître*.
On a pu remarquer que nous ne parlions pas d'elle, que nous ne disions rieA de sa figure, de son esprit. C'est qu'elle a pris soin de nous tracer en ses mémoires son propre portrait, et nous avons préféré laisser dans son intégrité au lecteur le plaisir de voir « assise devant son miroir » madame de Coureelles , « cette Manon Lescaut du xyii* siècle •. »