‹ Mémoires et correspondance de Mallet du PanChapitre 1 sur 46 · P AB MALLET DU PAN · texte numérisé non relu

P AB MALLET DU PAN

Le gouvernement de la révolution a changé de caractère. Ce n’est plus une constitution idéale, abandonnée, comme en 1791 et 1792, à la désobéissance publique, ni une anarchie interne entre deux factions divisées sur le régime à donner à la république, comme en 1793, ni la confusion résultant du triomphe d’un parti toujours menacé et mal affermi , comme durant l’été dernier.

Pendant ces trois périodes , la Convention était encore indépendante; chaque voix comptait plus ou moins; l’autorité exécutive exercée parles ministres, ravie à chaque instant par les comités, et divisée, pour ainsi dire , entre chaque membre de l’Assemblée , chaque corps populaire, chaque administration, chaque agent révolutionnaire, manquait de force, d’harmonie, de secret, de centre d’unité.

Un autre régime est survenu par l’institution et par la toute-puissance du comité de salut public : le péril de la république et la défiance du pouvoir exécutif lui donnèrent naissance, son influence s’agrandit avec les dangers, elle s’est perpétuée et affermie par les succès.

Ce comité exerce la dictature dans toute son étendue : il rédige les plans et les exécute; les ministres ne sont que ses commis, la Convention qu’une machine à décrets pour sanctionner les décisions de ce conseil. 11

dispose souverainement des armées, des généraux, des fonds publics , des tribunaux révolutionnaires , des autorités secondaires, des agents innombrables de la force publique , des capitaux , des revenus , des biens meubles et immeubles, de la vie de chaque citoyen, des inquisitions , des comités de surveillance , meme des clubs.

Il a légalisé sa tyrannie et l’a rendue méthodique par l’adoption du gouvernement révolutionnaire, devant lequel se taisent les droits de l’homme, la souveraineté du peuple, les constitutions précédentes et toute liberté. Ce régime a rencontré de l’opposition parmi les anarchistes; mais le crédit du comité a fait taire les murmures , et ce pouvoir effrayant a été monté à tour de bras, sans qu’un seul Jacobin ait osé lui disputer l’existence. De ce moment, la puissance populaire s’est anéantie, ou du moins se trouve entièrement suspendue. Les assemblées électorales, les administrations de district, les municipalités ont disparu; le pouvoir des directoires de département est assujetti dans chaque détail de son exercice.

Des délégués conventionnels, nommés par le comité, font les fonctions de proconsuls absolus dans les départements; des agents nationaux, encore nommés par le comité, les secondent dans les districts et y font Texécuter. leurs ordres. Ces commissaires cassent à volonté les directoires et les corps municipaux, destituent tous les officiers du peuple sans consulter celui-ci , remettent l’administration à qui leur plaît, et ont ainsi prévenu des conflits d’autorité , ceux d'opinion , de parti , et l’anarchie qui en résultait.

En leur absence, les commissaires sont représentés par des agents nationaux , encore de la création du

comité, et qui ont succédé aux procureurs syndics nommés jadis par le peuple dans les districts et les communes. Derrière ces administrations et celles des départements se placent les clubs; le moindre bourg, les gros villages ont chacun le leur. De leur sein est tiré un comité de surveillance qui exerce l’inquisition publique, non-seulement sur les simples individus quelconques, mais encore sur les corps administratifs, lesquels, tout exécrable qu’est leur composition actuelle, sont en masse et en détail journellement contrôlés par ces surveillants; pour surcroît de précaution , le comité de salut public et les propres clubs d’où ils sont extraits entourent ces derniers d’espions et de dénonciateurs, chargés de rendre compte, d’observer la conduite des comités inquisitoriaux.

Cette chaîne de satellites correspondants et mutuellement délateurs les uns des autres, répondent de leur fidélité aux comités de salut public et de sûreté générale , par la défiance nécessaire qui les domine tous. Ils ont pour instruction générale de dénoncer et de faire arrêter comme suspect quiconque est soupçonné de professer en secret ou d’avoir professé le royalisme, l’amour de la religion, le feuillantisme, le fédéralisme et le modérantisme. Dans la classe des modérés sont compris tous ceux qu'on nomme gens paisibles ; les arrêtés des commissaires conventionnels dans les divers départements qualifient ces citoyens i\' égoïstes, de vampires , d 'agitateurs seeretv ; presque tous sont propriétaires; la grande majorité d’entre eux sont détenus ou ont été guillotinés, séquestrés ou condamnés à des contributions énormes et arbitraires pour les frais de la guerre.

On ne peut se former au loin une idée juste de la

soumission et de la terreur qu’a produites ce nouvel arrangement de la tyrannie. Personne n’ose réclamer une loi, un droit, un principe, une possession. Les supplices sont aussi fréquents dans les provinces qu’à Paris, et dans les campagnes que dans les villes. Pas une parole, pas une démarche, pas une fortune n’échappe à cette armée de délateurs , tous animés de l’émulation de renchérir en atrocité les uns sur les autres. Le mois dernier, en voyant passer quelques jeunes gens de la première réquisition qui se rendaient à l’armée d’Alsace, un paysan octogénaire et aisé de la Franche- Comté s’écria : Ces pauvres enfants ! ce sont des veaux qu'on mène à la boucherie. Dès le soir même il fut arrêté, et huit jours après guillotiné. On citerait mille exemples pareils.

Insensiblement , et graduellement depuis quatre mois, il s’est donc formé une organisation d’abord invisible, aujourd’hui régulièrement montée, indépendante de toute espèce de pouvoir populaire, en tenant lieu , et recevant son existence , comme sa conservation , des chefs du comité de salut public. Tous les Jacobins modérés, les républicains incertains, les caractères froids, ceux en qui pouvait s’élever encore un repentir, un sentiment de pitié, une idée de crainte ou de retour vers un autre ordre de choses, ont été expulsés des emplois; à force de replacer et de déplacer, on est parvenu à avoir des hommes capables et bien prononcés , soit dans les armées , soit dans les administrations.

A Paris, ainsi que dans les départements, les divers agents sont exclusivement des sans-culottes dans la force du terme : plus rien de l’ancienne bigarrure : ces nouveaux parvenus foulent sous leurs sabots et font trem-

bler les propriétaires de toute classe ; ils ont réduit le reste des habitants à la nullité la plus absolue. Un intérêt commun, un fanatisme atroce, ou une scélératesse sans bornes sont les garants de leur zèle à remplir leurs fonctions , et à concourir énergiquement au maintien du despotisme actuel.

Le pouvoir révolutionnaire , dont l’exercice leur est confié, agit maintenant par des règles fixes et avec une violence habituelle et systématique. On ne craint plus de choquer l’opinion ni les principes de la première révolution. Les commissaires départementaux ont pris l’appareil , la représentation , le langage de pachas. Traînés dans des carrosses à six chevaux , entourés de gardes, assis à des tables somptueuses de trente couverts, mangeant au bruit de la musique avec un cortège d’histrions, de courtisanes, de prétoriens, toujours menaçants, et ne perdant jamais le ton du commandement ni celui de l’enthousiasme , ils ont frappé le peuple de terreur. Le même esprit, les mêmes formes extérieures distinguent proportionnellement les agents sous leurs ordres. En un mot, ci-devant, les ministres de la puissance nationale affectaient auprès du peuple le ton de l’égalité, de l’humilité, du respect, et semblaient obéir en ordonnant; aujourd'hui, on parle en maîtres, et la moindre désobéissance est un crime irrémissible.

Les trahisons, les complots, les réactions, les soulèvements que facilitaient jadis la multiplicité des autorités et l’incohérence de leur exercice, sont maintenant physiquement et moralement impossibles.

Trois, quatre personnes, à moins d’être les complices mêmes du comité, ne sauraient se rassembler ni s’entretenir sans danger, soit à la promenade, soit dans leurs maisons. Le fermier est espionné par son valet de

Digitizad by Googli

charrue , le maître par son domestique , le mari par sa femme, le fabricant par ses ouvriers, le marchand par ses commis. Les retraites les plus impénétrables sont à tout moment décelées. Rabaut de Saint-Étienne et son frère, cachés depuis cinq mois à l’extrémité d’un faubourg, dans une loge recouverte d’une boiserie à trappe, et où leur hôte seul leur apportait à manger, ont été enfin trahis, arrêtés et exécutés. La crainte fait autant de délateurs que l’intérêt ou la fureur de parti.

On ne peut plus parler ni écrire. Le Palais-Royal, cet ancien rendez-vous des révolutionnaires, est absolument désert : on a vidé le jardin et les maisons, même les cafés ; pas un groupe n’ose se former. A la nuit, chacun se retire chez soi ; on appelle cette retraite aller coucher sa lilierté. Toutes les boutiques sont fermées avant huit heures du soir. Les lieux de ralliement, les entretiens les plus indifférents, la solitude, les affaires privées, les correspondances, sont également dangereux. Chaque section, dans les villes, a son comité de surveillance; lorsqu’on lui échapperait, on serait investi des satellites de la commune ou du comité de sûreté générale qui sortent de dessous les pavés.

Tout ce qui pouvait conserver quelque influence par sa fortune, par un ancien crédit, par des services rendus, même à la révolution; quiconque dont le nom offrirait une adresse, une espérance aux mécontents, est arrêté, fugitif ou assassiné. Les prisons de Paris et les maisons d’arrêt en renferment dix-huit mille ; chaque ville de province à proportion ; un exil volontaire en a dérobé et dérobe encore un grand nombre à la guillotine; il en sort toutes les semaines au travers de mille périls. Plusieurs, auxquels j’ai parlé, ont fait à la lettre le tour de la France sous divers déguisements, sans

avoir pu trouver une issue : ce n’est qu’à la suite d’aventures les plus romanesques qu’ils sont enfin parvenus, à vol d’oiseau, à gagner la Suisse, seule frontière encore un peu accessible à cette foule d’infortunés. Ce sont, la plupart, des habitants des villes ou contrées réassujetties par la Convention, des fédéralistes, d’anciens constitutionnels et des royalistes de toute dénomination.

Lorsque les éléments d’une insurrection, lorsque la faculté de la préparer, celle d’en rassembler les instruments et la volonté de la faire, ne seraient pas radicalement détruits, il n’y aurait aucune possibilité de l’exécuter, car, en ce moment, le peuple entier est désarmé. Il ne reste pas un fusil, ni dans les villes ni dans les campagnes. Si quelque chose atteste la puissance surnaturelle dont jouissent les meneurs de la Convention, c’est de voir en un instant, par un seul acte de leur volonté , et sans que personne ose leur résister ni s’en plaindre, la nation ramenée, de Perpignan jusqu’à Lille, à la privation de toute défense contre l’oppression , avec une facilité plus inouïe encore que celle dont se fit, en 1789, l’armement universel du royaume.

Voici un trait remarquable de cette facilité. On se rappelle les fières annonces de la ville de Bordeaux , après la journée du 31 mai dernier, qui abattit le parti girondin : on voulait marcher sur Paris; on menaçait, on insultait la Convention, on rompit avec elle, on la provoqua au combat. Tous les muscadins de Bordeaux et des villes voisines s’étaient équipés, montés, exercés; ils étaient si enivrés de leur bravoure, que le général Wimpfen, après sa déroute de Normandie, étant allé leur porter des propositions d’alliance avec la Vendée, ils les rejetèrent comme incompatibles avec leurs idées

sur la monarchie. Au commencement d’octobre, quatre commissaires de la Convention se mirent en marche, de la Réole, avec dix -huit cents paysans et brigands; un héraut alla ordonner de leur part, aux braves de Bordeaux, de sortir de la ville en bataillons et de venir les recevoir à la porte. Personne n’ignorait qu’ils étaient suivis de bourreaux, de geôliers et de coupeurs déboursés. Néanmoins, douze mille Bordelais, gens de commerce ou d’industrie, ayant fait, depuis l’origine de la révolution , le service de gardes nationales avec un grand étalage, obéirent à cette réquisition : ils se rendirent à la porte, armés, en uniformes, et leurs chefs à leur tête. Pour mieux célébrer l’arrivée de leurs assassins, ils avaient préparé des couronnes de chêne aux commissaires. Aussitôt Tallien , le principal de ces délégués, après une harangue foudroyante et outrageuse, ordonna à un détachement de ses bandits d’aller arracher à la troupe dorée ses branches de chêne, ses épaulettes, ses cocardes. L'exécution s’étant faite sans aucune résistance, Tallien cassa les bataillons bordelais, et, entré en ville avec sa troupe de gueux, il proclama l’ordre, à tous les habitants sans distinction, d’avoir à déposer, en trente-six heures et sous peine de mort, leurs armes sur les glacis du Château-Trompette. Avant le terme, trente mille fusils, les épées, les pistolets, jusqu’aux canifs, furent livrés. Une poignée de scélérats, conduits par quatre magiciens, désarma une cité en rébellion; cent mille citoyens reçurent la loi sans oser proférer un murmure. Les arrestations et les supplices commencèrent le lendemain : ils n’ont pas discontinué. Bordeaux est aujourd’hui aux fers pour toujours.

11 est superflu d’ajouter qu’on a détruit tout prin-

cipe de soulèvement, toute confiance dans les puissances étrangères, toute opinion, tout désir de révolte, par l’abandon à jamais déplorable de Lyon , de Toulon , de la Vendée. Quiconque serait tenté de croire aux promesses du dehors, à des espérances fallacieuses, à des invitations mensongères , à la possibilité du moindre succès, tournerait ses regards sur les ruines de Lyon, baigné du sang de ses concitoyens égorgés; il se convaincrait bien vite que le sort d’une rébellion, appuyée sur le concours de la guerre étrangère, est cent fois plus horrible que la soumission au rasoir national et au despotisme de la Convention.

Ainsi , il sera prudent de renoncer à toutes chimères à ce sujet, de fermer l’oreille aux menteurs, aux flatteurs, aux colporteurs de fausses informations, qui viendront imprimer ou dire aux cabinets que les opprimés les invoquent, et qu’on peut compter sur leur assistance. Je démens à l’avance ces allégations emphatiques , et j’affirme que les puissances ont égorgé l’année dernière toute faculté d’insurrections intérieures en France, à moins qu’elles ne s’ouvrent l’intérieur du royaume à force ouverte. Je le leur avais énergiquement prédit au mois d’août, dans l’ouvrage que je publiai pour les désabuser de leurs imprudentes illusions.

Les plans et les décrets prenant tous leur source dans le comité de salut public, il exerce l’initiative de la législation; il jouit en même temps du droit de décision , par l’asservissement où il a plongé l’Assemblée nationale. Elle ne renferme pas deux cents ou deux cent cinquante membres , le reste a été guillotiné , arrêté ou mis en fuite. La parole est à peu près exclusivement réservée à trente ou quarante Montagnards au plus. Robespierre, Danton , Couthon , Billaud-Varen-

nés, tiennent les âmes, les langues, les poignards dans leurs mains; on ne permet plus ni débats, ni discussion ; chaque représentant étranger à cette phalange dominatrice tremble pour sa liberté ou pour sa vie, et rachète l’une et l’autre par une soumission silencieuse aux volontés des chefs.

Au nombre des absents, il faut mettre encore les commissaires envoyés aux armées et dans les départements. Le comité pouvant les révoquer à toute heure arbitrairement, et cette révocation devenant le prélude d’un arrêt de mort, ces députés ambulants n’ont qu’un intérêt, qu’un vœu , qu’une pensée ; ils s’accordent tous à se montrer dans leur commission aussi inexorables, aussi forcenés que leurs commettants , et à leur prouver un dévouement illimité.

Le ministère prend les ordres immédiats du comité, lui défère les moindres détails, exécute ponctuellement ses ordonnances, et, loin de contrarier sa puissance, en est l’instrument passif, servile et avili. On n’y place que des valets : leurs bureaux sont leurs surveillants ; chaque commis un peu important est à la dévotion des dictateurs. Bouchotte, ministre actuel de la guerre, est un imbécile : il n’a que la signature et la responsabilité; Pache, quoique maire de Paris, est encore le véritable chef du département.

L'emploi illimité des fonds publics est abandonné aux décisions du comité de salut public. C’est un abîme impénétrable: la profusion des dépenses est calculée sur la fécondité, sur la promptitude, sur la nature des ressources. Les finances se divisent en revenus et en capitaux’ les revenus se tirent des impositions exigéesà usure et payées par les propriétaires ; eux seuls acquittent les taxes, le peuple proprement dit ne paye rien, et on ne songe pas

encore à l’y obliger ; la régie et l’usufruit des biens nationaux invendus forment une autre branche du revenu : l’une et l’autre sont des gouttes d’eau dans l’Océan; mais à l’aide des contributions arbitraires et locales qu’on impose sans mesure, surtout à ceux qui ont quelque fortune visible, elles suffisent aux dépenses courantes ordinaires, dont le montant a diminué et diininue«chaque jour. Cette diminution résulte: 1"de l’extinction graduelle et maintenant énorme des rentes sur l'Etat. On ne paye plus celles qui sont dues aux créanciers sujets des puissances belligérantes; on a gagné le capital et les intérêts appartenant aux émigrés; la guillotine et les confiscations en éteignent successivement; on a suspendu le payement des rentes dues aux communautés; les pensions ailouées^au clergé sont supprimées , ainsi que les traitements assignés au clergé constitutionnel; enfin l’établissement du grandlivre où les parties prenantes sont obligées de faire enregistrer les titres de leurs créances diverses sous un même numéro, a fourni le moyen de profiter des négligences, de mettre eu discussion toutes les créances, de connaître celles qui appartiennent aux gens suspects, et de couler à fond tout ce qu’on voudra anéantir de la dette publique; 2" les dépenses du culte sont milles; 3° celles d’administration locale rejetées sur les départements. Une multitude d’autres branches, telles que les secours de charité, les établissements publics, l’entretien des routes, etc., etc., sont également supprimées ou très-réduites.

Iæs dépenses extraordinaires , rendues inévaluables, sont acquittées par les ressources extraordinaires qui ont quadruplé depuis un an.

Ces ressources consistent en création d’assignats ,

eu confiscation de capitaux , en spoliations de tout genre, et dans l’emprunt forcé d’un milliard.

« Quant au premier objet, il est impossible d’en savoir la valeur, puisqu’il se fait au besoin des créations clandestines, et qu’en divers lieux les commissaires délégués out usé et usent encore d’une planche d’assignats. Le total de ce papier en circulation a diminué depuis qu’on a démonétisé les assignats royaux. Il ne paraît pas au surplus que la quantité plus ou moins considérable des billets ait influé sensiblement depuis six mois sur le cours des changes, ni sur le prix de l’or et de l’argent. Il faut attribuer les variations à d’autres causes ; l’état des affaires à l’extérieur, les chances de la guerre intestine, les manœuvres des gens de banque, le solde plus ou moins considérable d’achats et de services payés au dehors par le gouvernement, y ont une part plus spéciale. Ainsi, du mois de mai au mois d’octobre, les assignats étaient tombés de soixante à soixante-quinze pour cent de perle; ils sont remontés maintenant à trente-trois, à trente- cinq dans Paris; de quarantehuit à cinquante dans les pays qui soutiennent encore des rapports commerciaux avec la France : ce dernier prix se soutenait depuis deux mois ; mais après la reprise de Toulon, les avantages en Alsace et la défaite de la Vendée, les assignats ont encore haussé un moment de valeur dans le royaume : il est des déparlements où ils ne perdent que vingt-cinq ou trente, et ils seraient encore plus bas à Paris, sans les fréquents achats de numéraire qu’a faits la trésorerie nationale dans le mois de décembre et le commencement de janvier.

Au surplus , depuis la loi du maximum qui , par son extension à la plupart des denrées et des marchandises, embrasse toutes les consommations essentielles, la

Page 1