CCCUX. M. DE MARTIGNAC AC COMTE OE VILI.ÈI.E
» Burgos, le 11 mai 1823.
« Monsieur le comte, il y a plusieurs jours que je n'ai eu l'honneur d'écrire à V. Exe. Éloigné pendant quatre jours du grand quartier général, je n'ai pas pu profiter de l'estafette. Je n'avais d'ailleurs rien de bien important à vous dire.
" A son arrivée ici, Monseigneur in'a remis les
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LETTRE SE H. DE MARTItiNAC. 437
lettres et les instructions qu'il avait reçues de vous, sous les dates des 1", 4 et 5 mai, afin de les examiner, de lui en présenter un résumé et de lui soumettre les observations que je croirais devoir faire sur la marche à suivre d'après ces instructions.
t< J'ai gardé ces papiers pendant deux jours. Je les ai lus et médités avec toute l'attention dont je suis capable , j'ai pris sur les choses et sur les personnes des renseignements multipliés, que j'ai demandés aux hommes les plus graves et les moins empressés de les donner.
« J'ai ensuite rédigé un rapport à Monseigneur, dont je vous enverrai la copie.
« Les difficultés que j'ai indiquées pour l'exécution de la partie des instructions qui se rapporte & l'élection de la Régence, avaient frappé Monseigneur à la première lecture; les renseignements demandés autour de nous ont confirmé ses craintes.
« Il a donc fallu, en proposant un plan de conduite et en mettant ea première ligne l'exécution littérale des instructions, prévoir le cas où cette exécution deviendrait impossible ou dangereuse, et substituer pour ce cas quelque chose d'approchant,
« J'ai proposé à Monseigneur rfans celte supposition, de se faire présenter, s't/ es/ /)ossiA/e, parla junte, qui a déjà pris une véritable coDsistance, des fonctionnaires du premier ordre qui sont présumés revêtus de la plus haute confiance du souverain.comme:
« Le président du Conseil de Castille : ducdel'lnfantado ;
" L'un des prélats les plus considérables : l'archevêque de Valence;
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« Le président du Conseil suprême des Indes, duc de Montemai' ;
« L'un des plus anciens conseillers d'État : duc de San Carlos;
<t L'un des officiers généraux qui ont rendu les plus grands services : baron d'Eroles.
« J'ai proposé en outre de convoquer les divers Conseils, le clergé et la municipalité de Madrid pour donner leur adhésion à ce choix, reconnaître la Régence et lui prêter serment d'obéissance. Cette mesure se rapproche autant que possible de celles que vous avez proposées, et elle offrira moins de difficultés et d'incertitude.
« Voilà ce que j'ai cru devoir proposer à S. A. R. uniquement pour le cas où vos instructions ne pourraient être littéralement suivies.
" Ce que je crains, c'est la résistance du président de la junte actuelle. M. Erro, homme de bon sens et de mérite, nous aidera de tous ses moyens. LebonM.Calderonm'adéclaré ce matinqu'il était tout prêt à faire tout ce qui serait agréable à Monseigneur et qui pourrait faciliter le succès de son entreprise. L'un etl'autre craignent une opposition violente et formelle du général Eguia. Sa vieillesse et ses infirmités ne lui ont rien fait perdre de la raideur de son caractère; il se ditl'homme de choix duroi et ne se prêtera à rien de contraire à son droit. Voilà ce que l'on redoute.
<< Je tâcherai de l'amener à uae concession et, s'il s'obstine, il faudra bien trouver un moyen d'agir sans son concours. 11 est toutefois nécessaire de le ménager. Il est certain, que depuis que nous sommes
LETTRE DE a. A, H. M"" LE DUC I) ANGOULÉME. 4^9
entrés en Espagne, il a reçu en ma présence d'éclatantes marques de l'aiTeclioD publique etqu'il n'a rien faildansTexercice de ses fonclionsquiaitpulalui faire perdre. Je craindrais donc qu'un mécontentement prononcé de sa part ne produisît un mauvais efiet.
« Voici un moment bien important qui s'avance. Les difficultés militaires paraissent s'aplanir. Les Portugais n'emban-assent plus notre marche. Les troupes constitutionnelles semblent peu décidées à faire résistance, Il est donc tout à fait vraisemblable que nous serons le 23 à trois lieues de Madrid et que nous entrerons le 24.
M Ce premier moment sera difficile et critique. Je suis loin d'espérer que notre Régence s'organise sans embarras et sans inquiétude. Mais, cet obstacle franchi, notre position sera claire et forte.
« Tous nos efforts devront alors se tourner du côté de Séville. Il me semble que nous avons trop négligé ce point essentiel. Nous aurions pu préparer les moyens de délivrer le roi, elles dispositions de la population nous auraient été d'un grand secours. Je pense qu'il faudra au moins profiter de la commotion que produira notre entrée à Madrid pour frapper les premiers coups. J'ai l'honneur, etc.
« DeMaetignac. ■.