‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 114 sur 130 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

père. Nos fonds se mainlionnent aujourd'hui à 87 fr. 50. Nous avons les mftilleures nouvelles d'Angleterre rtouLaononce que nous serons aîdésbienlôl, même de ce côlé, à obtenir la délivrance du roi.

" Je quitte Monseigneur sans me relire et en comptant sur son indulgence.

1' J'ai rhonneur, etc.

" l" DK ViLLÈLK. »

il P. S. — Monseigneur voudra bieo ne pas négliger de s'emparer des journaux aussitôt son arrivée à Madrid, et de les faire beaucoup parler et beaucoup répandre. »>

CCCLXVU. — Lli COMTE DE Vll-LÈf^ A S. A. B. M°" LE blC

d'angoulëme.

.1 Paris, le 18 mai 18-^3.

« Monseigneur,

« J'ai écrit bien à la hâte hier k V. A. R., mais c'est que je croyais utile de lui donner avis le plus promptement possible de notre manière de voir sur deux points importants. Gomme j'ai eu l'honneur de vous en instruire, le supplément de solde nécessité par l'altération du cours des monnaies ne souffrira aucune difficulté.

» Sur le second point (la création de la Régence à Madrid), nous sommes d'avis que vous persistiez à convoquer les divers Conseils, afin de fonder autant que possible en réalité, mais toujours au moins en apparence, l'établissement de la Régence sur cette base, la plus nationale et la plus régulière de toutes celles qui sont à notre disposition. L'ordre de con-

:,q,t,=cdbïGoOglc

vocation nous parait devoir être ostensible et officiel; il est tout simple qu'entrant dans la capitale del'EspagQeaprèsavoirdélivré lamoitiédu royaume du joug des révolutionnaires, trouvantle roi emmené prisonnier par eux à l'autre extrémité de ses Etats, ne voulant exercer aucun droit de conquête sar le pays, vous deviez pourvoir provisoirement et selon les besoins du pays à l'établissement d'une Régence qui l'administre pendant la captivité du roi, et fasse concourir les parties délivrées à la délivrance du reste.

(i Ce point de départ justifie : peu importe, ce me semble, les détails du mode d'exécution. Vous ferez réunir tous ces Conseils, si vous pouvez; une partie seulement, si vous ne parvenez qu'à obtenir une partie; mais tous doivent figurer dans la convocation; vous les ferez opérer dans tel nombre de membres qui s'y trouveront; il n'y aura aucune nécessité de faire connaître le nombre s'il est faible; s'il était considérable, vous en tireriez avantage en le publiant. Enfin, el c'est l'essentiel, vous aurez l'élection de votre Régence telle, qu'après avoir vu et entendu par vous-même, vous aurez jugé qu'elle doit être composée. Faites autant que possible qu'elle le soit d'hommes considérables, autant que possible encore de membres présents plutôt que d'absents : pour les absents que vous aurez choisis, il sera inutile de faire connaître qu'ils sont absents. Enfin l'acte que Monseigneur va faire est d'une importance décisive et pour l'Espagne et pour l'Europe; il faut le conduire avec tout ce que la politique et la force offrent de ressources.

:,q,t,=cdbïGoogle

(' Le duc de l'Iafantado est indispensable. S'il avait fui ou avait été emmené, il faudrait encore son nom; on persiste h croire que San Fernando sei-ait utile aussi, si vos royalistes n'y mettaient pas trop d'opposition ; vous pouvez compter sur San Carlos ; il nous arrive de Genève dans la semaine et nous vous l'expédierons de suite avec Casa Irujo. Quaat il l'archevêque de Valence, si vous ne trouvez pas à le remplacer utilement, il me semble que vous pourriez le faire élire; nous agirions pour obtenir qu'il se rende à Madrid, et, dans tous les cos, le prétexte do son grand âge suffirait pour justifier son absence aussi longtemps qu'on le voudrait.

« La composition du ministère, les nominations des capitaines généraux, enfin l'administration des provinces délivrées, doitsuivre promptement et activement l'établissement de la Régence.

« Monseigneur ne doit paraître en rien dans tous ces actes, mais il faut qu'il les dirige et les provoque au besoin.

H Sou rôle de libérateur de l'Espagne doit être, pendant le temps que son armée passera à Madrid pour y pr<:ndre quelque repos, de n'en prendre aucun lui-même et do s'occuper de l'organisation et de la marche de la llégcnce; de la réunion d'uue armée espagnole; enfin de la soumission successive de toutes les parties de l'Espagne sur lesquelles pourront s'étendre l'action de ses troupes, l'intluence do ses agents et de son argent.

« Le premier but de l'entreprise sera atteint, puisqu'on aura élablià Madrid un gouvernement opposé à celui qu'on devait détruire; le second à poursuivre

:,q,t,=cdbïGoOgk'

par tous les moyens en notre pouvoir est la délivrance du roi; le ti'oisième et dernier sera le rétablissement d'un ordre de choses stable en Espagne. En procédant par ordre et s'occupant du second objet de nos efforts, on reconnaîtra que l'organisation forte et la bonne administration de la Régence sont les plus puissants moyens pour obtenir la déHvrance du roi et l'abandon de ceux qui le tiennent captif; il sera d'un très bon effet aussi que les ambassadeurs des grandes puissances vous arrivent bientôt à Madrid. Nous y travaillons de tout notre pouvoir, et le nôtre s'arrangera pour les y précéder, mais de peu de jours.

« Earm les moyens militaires devront être soigneusement préparés par V. A. R. pour être en mesure déporter le dernier coup par une expédition rapide sur le point décisif, si l'obstination le rendait nécessaire.

« Il faut être toujours prêt à arracher, pour ob-, tenir par la corruption, ou la condescendance, ou la faiblesse, ce qu'on désire n'être pas obligé de devoir à la violence.

I' Au point où vous en êtes. Monseigneur, il me semble que beaucoup de questions sont résolues et que vous devez tirer parti hardiment des secrets que les événements vous ont révélés. Il paraît certain que vous n'avez de résistance militaire à redouter sur aucun point ; il me semble également prouvé que partout où vous vous présentez avec une force protectrice suffisante, le sceptre révolutionnaire est irrévocablement brisé.

« Pourquoi n'agiriez-vous pas un peu d'après

:,q,t,=cdbïGoogle

cette connaissance, en organisant dans les localités des moyens de conservation de Tordre établi, qui vous rendissent, du moins dans les positions intermédiaires, la disposition de vos forces, pour pouvoir tes transporter sur un plus grand nombre de points, et étendre ainsi successivement sur un plus grand espace l'expulsion des révolutionnaires, le bienfait de la délivrance?

« Quand nous aurons détruitou claquemuré Mina, qui empêchera les corps de Moncey de se charger de tout le pays jusqu'à I'Ebre?Molitor alors ne pourrait-il pas étendre ses deux lignes d'opération, l'une vers le Midi par Valence et le littoral oriental, l'autre vers le royaume de Léon et la Galice, en se plaçant à Burgos, d'où il dirigerait toutes ces opérations? Je dis Molilor, parce que je sais qu'il est capable de bien conduire ce dont il est chargé, et que tant vaut l'homme, tant vaut la chose. Si V. A. R. en a deux dont l'un opère au sud de l'Ëbre, l'autre au nord du Portugal, c'est à elle à juger ce qui est préférable. Je me borne à observer qu'après l'occupation de Madrid et l'établissement de la Régence, si tout continue à réussir comme nous le voyons, il faut étendre nos vues, agir d'après ce qui est, en tirer tout le fruit possible, et ne pas perdre notre temps en précautions superflues, qui pourraient compromettre nos résultats au lieu de les assurer.

C'est dans le même sens que Monseigneur aura également à se prononcer sur l'opération vers Séville ou Cadix. 11 me semble toujours que la délivrance du roi doit être surtout confiée à l'armée

:,q,t,=cdbïGoogle

LETTRES DE H. DE VILLÈLE. tCû

espagnole;, aussi Monseigneur pourrait, ce me semble, mander pour ce motif, et pour leur organisation en armée régulière, tous les corps espagnols qui se sont formés sur les divers points de l'Espagne. Lorsqu'ils seront à Madrid, et qu'au moyen des fournitures que nous pourrions faire, vingt- .cinq ou trente raille hommes seraient habillés et armés, Monseigneur ne pourrait-il pas leur donner sous le commandement du général Bourmonl, par exemple, qu'on dit très capable d'une semblable mission, une quinzaine de mille Français, avec lesquels la délivrance de l'Espagne de Madrid à Cadix serait opérée, et probablement celle du roi finirait par être obtenue, sans avoir trop donné au hasard, sans avoir rien compromis de fout ce que V. A. R. doit scrupuleusement ménager, l'honneur de nos armes, la vie des hommes dont le commandement lui est confié.

« Je livre ces réflexions au jugement de Monseigneur. Il est sur les lieux; il voit par lui-même; il est plus que personne au monde intéressé à la prompte, à la complète, à l'éclatante réussite de son entreprise; nous l'aiderons de tous nos moyens. Je me livre jusqu'à vouloir l'aider de mes idées, il m'excusera. C'est l'entrainement d'un bon serviteur, qui croit que tout ce qu'il a, il le doit à son Roi et h son pays.

" Nous continuons à avoir les meilleures nouvelles d'Angleterre. On n'interviendra nullement contre nous par la force de ce côté; seulement Y.A.R. doit s'attendre àce que, pour utiliserle séjour de M. A' Court à Séville, et pour dissimuler le dés-

:,q,t,=cdbïGoogle

appoîntement qu'éprouve le cabinet anglais, il s'entremettra par des négociations avant la conclusion, et profitera même peut-être de l'entrée de Monseigneur à Madrid pour faire des propositions, dont V. A. R. se délivrera eu nous les renvoyant, toutes les fois qu'elles n'auraient pas pour résultat immédiat la délivrance du roi el son retour dans la capitale, où il pourrait se prononcer librement sur tous les autres points dont on voudrait traiter dans ta négociation qui serait proposée.

« M. le ministre de l'Intérieur est chargé d'expédier M. Mataflorida pour l'Italie, comme il l'avait demandé, ou pour tout autre lieu où il ne puisse nuire.

« J'adresse à V. A, R. un écrit qui vient de paraître sur le marché d'Ouvrard. Je n'ai pu le lire encore; mais je crois utile que Monseigneur juge par lui-même de l'opinion d'ici sur cette partie de son administration; on commence à s'occuper beaucoup de cette affaire dans le public. Je crois qu'il serait utile que Monseigneur consentit à l'envoi à Madrid d'un commissaire spécial pris dans le corps des intendants, le baron Joinville par exemple, qui passe ici pour le plus habile et pour avoir eu de M. Ouvrard des ouvertures assez précises avant son départ pour Rayonne. On profiterait du repos que va prendre l'armée à Madrid et de l'éLat actuel de nos opérations militaires, pouresaminerla qriestion des services à faire et des moyens les plus sûre et les plus économiques de les obtenir; et après cet examen, V. A. R. laisserait prendre la détermination la plus propre à ménager les intérêts de la France

:,q,t,=cdbïGoogle

LETTRES DE H. SE VILLÈLE. Kl

et à soulager sa propre responsabîlilé, dans une matière où Monseigneur doit songer à tout ce qui l'entoure et no pas permettre qu'on puisse accuser qui que ce soit de ceux qui l'approchent, d'amourpropre ou d'obslinatioa-Rienne sera fait à cet égard sans le consentemenl exprès de V. A. R. ; mais si elle me le donnait, je provoquerais l'envoi de M . Joinvîlle auprès d'elle, et je crois que ce serait le meilleur moyen de terminer une affaire ^qui n'a été évidemment engagée que par le dénùment absolu dans lequel on a laissé l'armée, qu'on peut par conséquent justifier à son origine, mais dont le maintien paraîtra d'autant plus onéreux et difficile à défendre, que l'époque fatale sera plus éloignée, et que les circonstances se seront améliorées.

« Je finis, Monseigneur, en réclamant votre indulgence en faveur des sentiments de votre très humble et très respectueux serviteur

«J» DE VjLLÈLE. »

CCCLXVm. — LE COMTE HE VILLÈLE A M. DE MARTIGNAC.

« Mon cher monsieur, je n'ai que le temps de vous accuser réception de votre lettre du 13.

« J'écris longuement à Monseigneur au sujet de votre Régence. Nous persistons à penser qu'il est indispensable qu'elle prenne sa source plus haut que votre junte.

« Nous sommes d'avis qu'Ëguia doit être non seulement ménagé, mais encore bien récompensé, ainsi que M, Galderon. Les gouvernements doivent

:,q,t,=cd'bïGoogle

être toujours justes et reconnaîssauts, s'ils veulent être bien servis.

(1 Veillez et faites veiller, par ceux que cela concerne, à ce que le palais où ira loger le prince à Madrid, soit scrupuleusement visité avant qu'il s'y établisse, et soigneusement gardé après.

« Il ne reste qu'un crime pour ressource aux ennemis du repos de notre pays.

« Recevez, etc.

i< J= DE ViLLÈLE. M

Page 1