CCCLXV. — M. DE MiRTItiNAC AU COMTE DE VILLÈLE
« Aranda, le <6 mai.
« Monsieur le comte, je viens d'arriver auprès de Monseigneur. J 'ai trouvé la lettre que V. Ëxc. m'a fait
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LETTRE DE M. DE MARTIGNAC. tSS
l'honneur de m'écrire le 10, et S. A. R, m'a donné connaissance de celles qu'elle a reçues depuis notre séparation. Nous ferons, soyez-en sûr, tout ce qui sera en noire pouvoir pour remplir vos vues.
« J'écris à l'instant à M. le duc de l'Infantado pour lui faire connaître ie désir qu'a S. A. R, d'avoir un entretien avec lui avant d'arriver à Madrid. Je me suis déterminé aujourd'hui à cette mesure parce que nous avons acquis la certitude que les communications sont tout à fait libres. Le duc de l'Infantado est à Madrid. Mous savons positivement que ie duc de San Fernando y est aussi. Vous savez ce que je vous en ai dit. Au surplus, nous consulterons sur ce point M. le duc de l'Infantado. J'avais bien prévu le refus de l'archevêque de Valence. Il faudra le remplacer. Le duc de Medina-Cœli sera peut-être l'homme qu'il nous faudra. Nous consulterons : nous ferons pour le mieux.
« Nous sentons bien la nécessité d'empêcher les dispositions générales, et je conçois la mauvaise humeur que donnerait à l'Angleterre l'aonulation de l'emprunt des Cortfes.
« Je vous remercie de la part que vous prenez à mes tribulations. Soyez sur que je ne témoigne à mes Espagnols ni dégoût ni ennui. L'atfaire a d'aiU leurs un tel intérêt qu'on s'y attache, malgré tout ce qu'elle a de fâcheux.
« Pardon du désordre de ma lettre. J'écris à la hâte et sur un genou. Je suis avec respect, etc. « Db Martignac.
«LeprincedeSavoie-Carignanestarrivécematin.»
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crclxvl, — le comte de vili.èlk a 8. a. r, m" le duc u'angoulëue.
« Paris, le 16 mai 1833.
" Je viens de recevoir la lettre de M. de Martignac du 11 de ce mois, et copie du rapport qu'il a fait à V. A, R, sur les iastructtons relatives à l'établissement d'une Régence k Madrid. Nous ne nous sommes pas dissimulé les difficultés de la réunion des Conseils, sitôt après l'occupation de la capitale, après une si longue interruption et après les événements qui ont eu lieu depuis leur dernière organi- ■ sation; mais nous pensons que si cette réunion peut être opérée, quel que soit le nombre des assistants, s'il peut en sortir l'envoi de commissaires censés représenter ces Conseils; si ces commissaires peuvent s'entendre sur la nomination d'une Régence, telle à peu près que nous la désignons et devons la désirer, il est très important de donner au gouvernement que nous sommes obligés de former, cette source, sinon légale, du moins aussi valide que les circonstances le permettent. L'idée de recourir à voire junte pour nommer la Régence ou la désigner à Monseigneur, amène pour premier inconvénient la nécessité de mettre Eguia dans cette Régence, et certes, comme quand on veut une chose il faut subir ses conséquences, si vous êtes réduit à fonder votre Régence sur votre junte, ne manquez pas d'y comprendre Ëguia; sans cela vous éprouverez des embarras pires que l'inconvénient de conserver cet bomme dans la Régence.
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« Le f^rand iotérét que nous avons à ce qu'aucune partie de l'Espagne ne contesie l'autorité de la Régence, à ce que les gouvernements étrangers la reconnaissent, donne au plan que nous vous avons d'abord tracé une telle supériorité sur tout autre, que je supplie V. A. R. de n'y renoncer qu'autant qu'elle y verrait l'impossibilité de le voir réussir, ou qu'elle trouverait quelque idée à substituer aux nôtres pour atteindre le même but.
« J'appelle ici toute la fermeté de Monseigneur pour tenir fortement au mode qu'elle aura adopté et aux choix qu'elle aura voulus, parce que je sais tout ce qui sera probablement tenté pour l'engager dans quelque fausse démarche en cette circonstance décisive.
« De grand» intérêts sont liés au retour de la régence d'Urgel, et Monseigneur ne saurait croire toutes les intiigues qui s'agitent ici dans ce sens. Ouvrard. et tou.s ceux que toujours il sait intéresser à ses plans financiers, veut lui fournir un emprunt. Les cabinets étrangers sont de moitié avec elle pour nous empêcher d'exécuter nos prétendus projets constitutionnels sur l'Espagne; enha le haut clergé se trouve aussi intéressé par plusieurs points à faire cause commune avec cette Régence.
" Que Monseigneur calcule bien ses démarches; qu'il tienne avec fenneté à tout ce qu'il aura résolu, et tout sera déjoué.
Il J'en étais là de ma lettre quand je reçois de Chateaubriand celle ci-jointe, que je prie Monseigneur de garder pour lui seul. Je réponds à ce collègue en lui demandant s'il est fou, et en l'avertissant
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que le Roi et Monsieur, que ju quitte à l'instant, sont indignés de la conduite de ces deux régents, et des articles qu'ils ont fait mettre ces jours derniers dans le ])rapeau blanc.
« Revenant à l'exécution de notre plan, s'il est possible, je dirai à Monseigneur que le duc de Moutemar nous est représenté comme un imbécile, qu'il ne Faut appeler qu'à défaut absolu de tout autre; que le duc de San Carlos nous écrit qu'il va se rendre à Paris et de là aux ordres de V. A. R., et que, par conséquent, vous pouvez le faire nommer et compter sur son acceptation; que quant au duc de San Fernando, il parait que le roi d'Espagne lui a tout pardonné et tient à le voir faire partie de la Régence; qu'ainsi il serait utile de l'y comprendre, si vos auxiliaires pouvaient le tolérer.
« Ënfm, pour l'archevêque de Valence, son refus n'est pas tellement positif que, si vous n'avez aucun autre moyen de représenter le clergé convenablemont dans la Régence, à la place de Monseigneur je l'y comprendrais, quitte à le remplacer plus tard s'il était impossible de le décider.
« Pour le ministère, je crois difficile et dangereux d'en écarlor Casa Irujo, qui est désigné par le roi, et qui n'est pas du tout pom' cette infernale régence d'Urgel, centre do toutes les intrigues qui nous entravent. M. Salazar n'a quitté Bilbao que par peur. A tout péché miséricorde. Je conseille également à V. A. R. de le maintenir. Enfin M. Ochoa est, à ce qu'on dit, assez bon pour la Guerre; ainsi votre ministère pourra s'organiser et être composé d'bommes capables : c'est le principal.
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« Je supplie Monseigneur de ne pas perdre de vue que l'acte qu'il va faire à Madrid est décisif pour son entreprise; qu'il doit en bien combiner les moyens et les résultats; qu'il doit ensuite mettre une volonté ferme dans leur exécution; en même temps qu'il doit éviter de laisser paraître l'action décisive qu'il exercera sur cet événement.
V J'ajouterai que je comprends comme possible que Monseigneur retarde l'opération jusqu'à deux ou trois jours après son entrée à Madrid, ce qu'au reste je ne conseillerais pas. Mais que ce que je ne puis admettre et voir que comme très dangereux, c'est que la plus grande promptitude el décision ne fût pas mise à l'esécution une fois commencée. Ainsi, réunion des Conseils, immédiatement aprùs de la junle; nomination de la Régence, sa proclamation dans tout Madrid^ sa reconnaissance par Monseigneur, et immédiatement après la nomination du ministère. Si Monseigneur laisse traîner ces opérations, on les lui fera manquer.
■' Il vaut mieux moins bien faire avec activité et décision, que de tout compromettre par lenteur ou hésitation.
« Si j'étais à la place de Monseigneur, sur cet acte important j'écouterais tout pour bien former mon opinion; je me ferais ensuite mon plan à moi seul et je le ferais exécuter au moment convenable par mes ordres directs et ma propre surveillance. Ce seront vingt-quatre heures de bien employées et honorables pour V. A, R.
(i Nous avons été mal servis du côté du 4° corps, mais les conséquences n'en seront pas graves, j'es-
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