CCCL.VX. M. DE .MARTIGNAC AU COMTE DE VILI.ÈLE
u Fresuillo, le 18 mai I8â3.
K Monsieur le comte, le moment important approche et il est indispensable de prendre un parti el de faire ses dispositions pour l'arrivée. J'ai rédigé deux projets de proclamation, le premier conforme au plan quevous nous avez envoyé, le second conçu dans le sens du plan subsidiaire que j'ai eu l'honneur de vous indiquer. J'ai lu les deux projets à S. A. R. et elle n'a pas hésité à adopter le second, dont elle a paru fort satisfaite.
« M. le chevalier d'Anduaga, arrivé depuis hier, et que j'ai conduit ce matin au quartier général du prince, a reconnu'que dans la situation oii sont les choses, ce parti était le plus court et le seul qui offrît quelque sûreté. Il est donc provisoirement décidé que la proclamation dont je vous envoie le projet, sera publiée et que la mesure qui y est indiquée, sera adoptée, ittonseigneur est persuadé que nous ne pouvons pas faire autre chose, et je suis fort porté à partager cette persuasion.
" Au surplus, vous savez que nous avons expédié deux personnes à Madrid pour engager le duc de rinfantado à venir au-devant du prince. S'il vient,
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nous le consulterons, et s'il est d'avis que le premier projet est littéralement applicable, je presserai Monseigneur d'y revenir. Je le désire înliniment, parce qu'il me serait beaucoup plus convenable de voir suivre vos instructions.
" Vous remarquerez que les noms des membres de la Réfrénée sont en blanc. Nous ne pouvons rien déterminer encore sur ce point et nous nous garderons bien de faire connaître les noms avant d'être sûrs de l'acceptation. Le refus de rarchevêque de Valence, l'absence du duc de San Carlos, l'impossibilité reconnue d'appeler le duc de San Fernando, tout cela rend le choix fort embarrassant. Il faut absolument un ecclésiastique. Nous avons tous jeté les yeux sur M. de Saez. chanroine de Tolède et ancien confesseur du roi. C'est un homme de mérite, d'opinions sages, d'un caractère conciliant, et qui est foi't a^^réable au roi. Il est à Burgos; je lui ai écrit aujourd'hui pour savoir ses dispositions. Si nous pouvons avoir le duc de l'InfanLado, celui de Montemar, M. de Saez, M. d'Eroles et M. Garcia de laTorre, je crois que nous aurons fait une bonne opération.
<( Nous ne tarderons pas sûrement à avoir des communications officielles de Madrid. Le prince passe demain le Somo-Sierra et tout porte à croire qu'il recevra à Buitrago quelque chose de positif. Vous savez dans quelle situation nous sommes relativement à L'Àbishal.
i< Deu-x courriei's arrivent dans ce moment de Madrid, tous les deux pour le consul anglais à Bayonne. Aucun n'est porteur d'un passeport an-
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LETTRES DE H. DE UARTtGNAC. 471
glais ; mais l'un a ses dépêches contresignées par le consul général, et j'ai'été d'avis de le laisser passer; l'autre est porteur d'un paquet du général constitutionnel Roche. J'ai pensé que ce général n'avait aucun caractère pour faire ainsi traverser l'armée française par ses courriers, et j'ai été d'avis de rendre compte à Monseigneur, qui est à une lieue d'ici, et de retenir celui-là jusqu'à la réponse.
•I La junte adonné la déclaration que vous désiriez pour les sommes qui lui ont été comptées. Je vous la transmets en original. Quand je serai arrivé à Madrid, je tâcherai de me procurer des renseigne- . ments positifs sur les besoins et les ressources du gouvernement espagnol, et je vous les ferai connaître, afin que vous régliez en parfaite connaissance de cause les sacrifices que vous pouvez faire, et les moyens dont il conviendra que ce gouvernement fasse «sage pour couvrir ses dépenses. J'ai l'honneur d'être, etc.
" De Mabiignac. »
ccclxxi. — h. de wartignac au comte de villèle. 0 Biiitrago, iO mai 1823.
« Monsieur le comte, j'ai beaucoup de choses à dire à V. Exe. Je lui demande de la patience.
« J'ai eu depuis trois jours plus de peines et de tourments que je n'en ai eu dans les six semaines écoulées depuis mon départ de Bayonne. Je ne parle pas des fatigues, des nuits sur la paille. Ce ne sont laque des contrariétés, et les contrariétés ne sont rien dans notre position.
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il2 MAI 18iï.
« J'étais hier k Boceguillas avec la junte, délcrminé à annoncer au général Eguia que son autorité cessait aux portes de Madrid. Je sentais tout ce que cette nouvelle avait de pénible à donner, mais j'étais résigné. Je me suis concerté avec M. de Caux et j'ai fait demander un entretien à lu fille aînée du général, qui passe pour avoir beaucoup d'empire sur son esprit.
V Nous lui avons fait connaître la résolution de notre gouvernement. Pour adoucir le coup qui a porté au cœur, nous avons promis d'insister auprès de la nouvelle Régence pour faire nommer le pë're capitaine général d'année; j'ai promis de solliciter . pour lui la commanderie de Saint-Louis, attendu qu'il est déjà grand'croix de deux ordres ; cnRu, j'ai pris à peu près l'engagement de lui faire accorder à titre d'indemnité une somme de 30,000 fr. La fille a reçu nos communications avec réserve et froideur; mais elle a promis de parler à son père. J'ai engagé M. Erro et M. Calderon à se joindre à elle, et ils m'en ont donné leur parole.
« Les choses étaient dans cet état et j'attendais le résultatde celle démarche avec impatience, parce je crains les IrislescfFets qu'aurait une rupture, lorsqu'un nouvel incident est venu me donner d'autres inquiétudes. Vers minuit, la junte m'envoya prier de me rendre chez le préaident. Je n'eus pas la peine de m'habiller pour y aller. Là j'appris qu'une irritation violente s'était manifestée dans le bataillon de la garde royale espagnole et dans les gardes du corps du roi d'Espagne, qui se trouvaient avec nous.
" Cette irritation provenait de la nouvelle qu'on
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avait reçue, que le général Zayas était venu auquarlier général et qu'une capitulation avait été faite ■ avec lui. On avait ajouté que Zayas avait élé bien accueilli par le prince et avait dîné chez lui. Les gardes royaux, qui avaient élé sabrés par lui, le 7 juillet, dans les rues de Madrid, se prétendaient sacrifiés, et les murmures en étaient venus au point que les membres de la junte ne se croyaient pas en sûreté au milieu de leur bataillon. J'eus avec eux une séance assez vive et assez prolongée, et je me retirai inquiet des dispositions où je voyais tout ce qui m'entourait. J'avais pour garde moi-même dix hommes du bataillon mécontent ; cependant je n'eus point à m'en plaindre.
« La junte voulait venir à Buitrago où était le prince aujourd'hui. J'ai tenu bon et elle est demeurée h Bocegulllas. Je suis arrivé à midi et j'ai appris qu'une trêve avait été en effet conclue avec le général Zayas, que les constitutionnels devaient garder les portes de Madrid jusqu'à l'arrivée de nos troupes. J'ai appris aussi que le général Zayas n'avait point dîné chez le prince et ne l'avait pas même vu. J'ai écrit sur-le-champ à la junte pour la rassurer autant qu'il était en mol, mais je crains beaucoup l'effet que produira la certitude d'une trêve conclue et l'obligation imposée aux habitants de Madrid de souffrir plus longtemps la présence des constitutionnels. Le motif de cet arrangement est louable et philanthropique, mais il m'Inquiète par l'impression qu'il fera sur les royalistes.
« Une autre Inquiétude bien plus grave m'attendait ici. Le prince avait décidé qu'il entrerait le 24
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et que les postes conslitutionaels ne seraient relevés que ce jour-là. Il en résultait que la population serait comprimée jusqu'au moment même de l'entrée du prince, et que lu réception lui serait faite par la municipalité constituLioonelle. Je ne doute pas que dans ce cas il ne fût arrivé quelque malheur, ou que nous aurions perdu en une matinée le fruit de tous nos travaux. J'ai proposé à S. A, R. de faire occuper Madrid le 23 et de n'entrer que le 24. Je n'ai pu l'obtenir. M. de Gaux a fait la même tentative et n'a pas eu plus de succès. Je me suis alors adressé au major général, qui a reconnu la force de mes observations et qui a déterminé le prince à accéder à notre proposition.
« Madrid sera donc occupé le 23. Une heure après, j'y arriverai avec M. de Gaux. J'envoie un exprès d'avance pour eo avertir M. le duc de l'Infantado, dont nous n'avons aucune nouvelle, et M. le duc de Montemar. Je les prie de venir à Alcovendas, le 22, ou dans tous les cas de nous attendre chez eux le 23.
« Pendant la journée et la nuit, nous tâcherons d'organiser notre Régence et la convocation des Conseils et de faire installer l'ancienne municipalité par le corrégidor nommé par la junte et qui se rendra aussi ; nous ferons imprimer la proclamation, après l'avoir concertée avec les hommes influents et nous la ferons afficher le matin. De cette manière, tout sera disposé pour l'arrivée du prince.
K Voilà nos projets ; il y a loin de là à l'exécution. Les difficultés se multiplient au lieu de s'aplanir, et il est impossible de deviner encore comment les
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