LETTRES DE M. DE MARTIGHAC
choses se passeront. Les populations viennent toutes au-devant de nous, mais aucun homme do marque ne s'est encore présenté et c'est là un véritable sujet d'inquiétude.
■ <i Quelque chose me rassure. J'ai déterminé M, de Saez, confesseur, à venir avec moi à Madrid. Il y viendra dans ma voiture. C'est un homme sage et universellement estimé ; il a de l'influence et je compte beaucoup sur son secours pour déterminer les deux ducs. Il fera lui-même partie de la Réficence, ce qui donnera à sa composition tout le caractère de la sanction du roi que nous pouvons désirer. J'ai écrit à l'évêque d'Osma, le seul prélat que nous puissions appeler avec espérance de succès, pour l'engager à venir au quartier général, mais sans lui rien dire de plus, afin d'être libre à son égard.
(1 Jusqu'ici j'espère avoir le duc de l'Infantado, celui de Montemar, M. de Saez, le baron d'Eroles et l'évoque d'Osma, ou M. de Campomanès, magistrat dont on fait un grand éloge.
" La convocation des Conseils va offrir d'immenses difficultés. On croit que le Conseil des Ordres ne voudra pas se rendre sur une invitation du duc de San Fernando, son président. Nous verrons cela sur les lieux.
'( Je reste ici demain pour attendre la junte, qui doit y arriver, et pour empêcher qu'elle ne fasse quelque éclat, qui compliquerait notre situation, déjà si embarrassée et si fâcheuse. J'irai après-demain rejoindre le prince à Alcovcndas, pour être prêt à entrer le 23.
« M. d'Anduaga nous aide, jusqu'au moment où
il nous embarrassera. Je ne sais pas Irop ce que nous pourrons en faire. Il y a de fortes [iréventioos contre Ini; j'en suis fâché, car il a de l'intelligence et du zèle. « Adieu, monsieur le comte, il est une heure du matin et je n'ai plus la force de penser ni d'écrire. Je vous prie de recevoir, etc.
ccclxxu. lk comte de villèle a s. a. r, m*" j.e dl.c
d'angoulème.
" Paris, le 20 mai 1823.
n Monseigneur,
« Nous calculons avec plaisir que c'est à Madrid" que V. A. R. recevra les lettres que nous lui écrivons aujourd'hui. Elle ne manquera pas d'occupation au moment où elles lui parviendront, aussi vais-je borner celle-ci aux objets qui peuvent l'intéresser plus particulièrement.
<( Le duc de San Carlos vient de nous arriver; il sort d'ici dans les meilleures dispositions, mais fatigué de sa route et peu empressé à prendre celle de Madrid, fort désireux surtout de connaître le parti qu'aura pris le duc de l'Infantado. Tout ce moude-i& est très disposé à prendre sa part d'honneurs et de prolits; mais se trouver à la bataille, c'est ce dont très peu se soucient. J'espère pourtant réussir à mettre celui-là et M. Casa Irujo en roule samedi prochain; ils vous arriveront par-conséquent dans les deux ou trois premiers jours de juin,
(1 Ils m'ont fait parler d'une idée que je crois assez juste et que je transmets parce motif à V. A. R.
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Ils peQsent que l'établissement en Espagne d'une gendarmerie organisée sur le même pied que celle de France, est un des meilleurs moyens d'y maintenii' Tordre et la tranquillité. Us croient que c'est une des choses que la Régence aurait à faire aussitôt qu'il se pourrait, qu'elle trouverait un grand secours pour cela dans les localités, qu'on amènerait aisément même à en supporter les premiers frais. Enfin ils croient que celte mesure nous éviterait la nécessité de tenir nos troupes éparpillées et nous ferait rentrer dans la libre disposition du plus grand nombre. Ils pensent encore qu'au moyen de cette gendarmerie, une armée de quarante mille hommes de troupes réglées suffirait à l'Espagne, et qu'ainsi l'organisation de ces 40000 hommes, qu'il nous est facile d'opérer dans cette campagne, puisque le ministre de la Guerre prétend avoir déjà fourni, ou être prêt à fournir, ce qui est nécessaire à l'équipement de 20000 et qu'il nous est facile d'ici à six semaines ou deux mois de vous avoir fait parvenir les habits nécessaires aux autres 20 000 ; l'organisation de ces 40000 hommes, disaient-ils, nous ôlerait la nécessité d'un trop long séjour en Espagne, ce que nous devons désirer sous tous les rapports. u M. de Talaru, le ministre d'Autriche et celui de Sardaigne sont prêts à partir pour se rendre auprès de la Régence, aussitôt que son établissement sera connu. Nous attendons les derniers ordres et le choix du cabinet de Saint-Pétersbourg pour le départ de son ministre; la Prusse est en retard, parce que nous avons désiré qu'elle ne renvoyât pas le même, qui ne valait rien.
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« Nous allons être bien empressés de savoir comment Monseigneur aura été accueilli à Madrid, si elle y a trouvé le duc de l'Infantado et les autres personnages nécessaires h la formation de la Régence, enfin si elle y aura recueilli quelques renseignements sur Séville, ce qui s'y passe et ce qu'on parait prévoir de relatif k la délivrance du roi. Une petite dépêche télégraphique sur ces divers points sera bien reçue et vivement attendue dimanche ou lundi prochain.
« Nos rentes sont aujourd'hui à 88 fr. 80 et restent aprfes la Bourse à 89 fr. 20. Elles vont arriver à 90 fr. On escompte l'entrée de V. A. R. à Madrid et la retraite de Mina dans Barcelone.
« Je finis, Monseigneur, pour ne pas manquer l'estafette, et prie V. A. R. de recevoir, etc.
CCCLXXin. — LK CO-UTi: du VILLÈLE A S. A. R. M°" LE DUC
d'angoolèmb.
•< Paris, le 21 mai 1823.
« Monseigneur,
« Nous en sommes ici à vos lettres d'Aranda du 16, à votre dépêche télégraphique de Boceguillas et aux nouvelles du 4' corps du 16, et V. A. R. est aux portes de Madrid, où nous prévoyons que vous serez obligé d'entrer plus tôt peut-être que vous ne l'aviez calculé, l'approche de l'armée pouvant, là comme à Saragosse, faire craindre des désordres qu'on invitera V. A, R. k prévenir en hâtant l'entrée de ses troupes.
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« Je vois avec une grande satisfaction, par la lettre que je reçois de M. de Martignac sous la môme date du 16, qu'il a écritau duc de rinfantadoetque vous avez la presque certitude de trouver, et lui et le duc de San Fernando, h Madrid. Ce sont des noms qu'il est bien utile de pouvoir présenter à l'Espagne et à l'Europe dans votre Régence, et c'est par la conviction que j'ai de l'importance décisive de cette opéralion sur l'issue de cette entreprise, que je me réjouis bien sincèrement de voir les obstacles que nous avions à redouter dissipés. Nous allons vous expédier le duc de San Carlos et Casa Irujo. Ceci aidera peut-être à les faire partir avant samedi. Tout ce qui, dans les actes de la Régence, tendra à montrer la spontanéité et le but d'arriver le plus promptement possible h la délivrance du roi, et par conséquent à la cessation de ses fonctions, lui donnera de la force et l'honorera.
« Nous avons fait une recrue depuis hier pour l'envoi des ministres étrangers auprès de la Régence ; la Prusse a fait son choix, on le dit bon, et son ministre partira avec ceux de Vienne, de Sardaigne et le nôtre, le jour où nous le voudrons.
« Nous avions d'assez tristes nouvelles de la Catalogne, où le 2° corps est généralement accusé d'agir avec une excessive mollesse. Nous avions vu avec regret, dans la dépêche du 16 de Guilleminot au ministre de la Guerre, que V, A. R. croyant Mina détruit, s'était décidée à donner l'ordre de faire retirer Molitor de ce côté de l'Ébre pour opérer vers Valence sur l'autre rive. Nous allions chercher à nous tirer comme nous l'aurions pu des difficultés qui
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restaient encore dans la Catalogne. Mais la dépêche télégraphique du 18 nous fait espérer que V. A. R. aura laissé continuer son premier mouvement au 2' corps et que son concours aux opérations du 4' va décider la retraite des corps constitutionnels dans les places fortes où, une fois contenus par les forces aux ordres du maréchal Moncey, V. A. R. pourra disposer sans aucun inconvénient de Molitor el peut-être de tout lo 2' corps pour faire telle opération qu'elle jugera convenable. Je fixerai Monseigneur sur les points qu'occupent en ce moment les régiments dont M. le duc de Bellune m'a prorais de pouvoir incessamment accroître les forces aux ordres de V. A. R. Je crois me rappeler dès ce moment que deux de ces régiments ne sont pas éloignés des Pyrénées, qu'un troisième est dans l'Isère ; je ne me souviens plus où il m'a dit qu'était le quatrième. Mais nous allons hâter leur envoi autant que notre repos intérieur le permettra.
i< Ce ne sera que lorsque l'établissement de la Régence sera terminé, que les relations du commerce et de la banque seront rétablies entre Madrid et les autres principales villes de l'Espagne et de l'Europe, que nous pourrons, au moyen de la maison Rothschild, éviter des transports do fonds et nous faire livrer, à Madrid même, une partie de l'argent qu'elle fournit en ce moment à Rayonne et à Perpignan. La banque ne peut recueillir que là où il y a et que ce qui existe ; dans l'état actuel, Madrid a peu de numéraire et on y est peu disposé à faire sortir celui qu'on y cache. Lorsque votre armée y en aura répandu, lorsque la conduite de
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V. A. R. et les événements y auront ramené la conliance, nous ne négligerons aucun des moyens que les connaissances et le crédit de la maison Rothschild nous présentent pour économiser les frais et les risques du transport matériel des espèces, de la frontière jusqu'à Madrid.
« Le ministre de la Marine m'assure qu'ila devant Barcelone la frégate laJunon, la corvette la Victoriettse, les bricks le Dragon et le Cuirassier, les goélettes la Torche et YAriège; le vaisseau de 74, le Trideut, était aussi dans ces parages. Il va remplacer le Centaure de 80, qu'il trouvera devant Cadix, et le Centaure reviendra devant Barcelone et restera aux ordres de V. A. R. avec les autres bâtiments dont je viens de donner les noms, pour seconder vos opérations sur les côtes d'Espagne dans la Méditerranée.
V Du c^té de l'Océan, le Colosse, qui est en ce moment devant Santona,SaDtander et Saint-Séhastiea, va se porter devant le Ferrol et la Corogue, où il espère pouvoir enlever quelques bâtiments armés pour ravitailler Saint-Sébastien; de là, il ira s'établir avec la Guerrière, la Cybèle et deux corvettes devant Cadix, d'où il expédiera le Trident pour le remplacer dans le golfe de Biscaye, où seront restées les frégates et corvettes que nous y avons en ce moment.
« J'avais désiré que ces mouvements inutiles entre ces vaisseaux n'eussent pas lieu, afîn de ne pas perdre le temps que chacun va mettre à faire ces changements de station. Mais quelques considérations personnelles relatives aux commandants ont
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i%2 XAl 1823.
décidé le minisire de la Marine à y tenir. J'espère qu'au moyen des bâtiments qui ne prennent pas pari à cette manœuvre, nous n'en éprouverons pas de grave inconvénient.
<( Le Roi a signé aujourd'hui J'ordonnance qui élève la solde pour les troupes sous vos ordres en raison de la perte qu'elles éprouvent sur les monnaies.
« Le cours de nos fonds publics est aujourd'hui à 89 fr. 20 c. J'attends l'effet de votre entrée à Madrid, et de la fin du vagabondage de Mina en Catalogne, pour prendre une dernière détermination sur notre emprunt.
« Recevez, etc.
« J» DE ViLLÈLE. »