CCCLXXVI. — 8. A, R. MONSIEUR AU COMTE DE VIU.ÈLE
H J'espère comme vous, mon cher Villèle, que vos lettres du 16 auront apporté d'importantes modifications aux projets qui avaient été provisoirement adoptés, et jo trouve aussi que la proclamation est trop longue et pas assez digne; j'avoue en même temps que les dîFficiiltés sont grandes, vu la pénurie d'hommes dans cette malheureuse Espagne. Les propositions de L'Abisbalque le Roi nous a communiquées, vous prouvent à quelle espèce d'hommes on a affaire.
<i Monftls a dû, comme de raison, repousser ces
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pi'opositions ; mais je regrette la convention avec le général Zayas ; il ne devait pas y en avoir à Madrid plus que dans les autres villes de l'Espagne que l'armée a déjà occupées.
V Au surplus, la chose est faite, nous ne devons pas avoir l'air de la blâmer, et j'espère qu'il n'en résultera rien de bien fâcheux. Je reçois le duc de San Carlos demain, et je le presserai de partir.
(( Bonjour, mon cher Villfele. »
ccclxxvii. — le comte de villèle a s. a. r. m"" le duc d'angouléme.
« Paris, le 24 mai 1823.
u Monseigneur,
Cl C'est aujourd'hui que V. A, R. aura fait son entrée à Madrid, si elle n'a été forcée d'y arriver plus tôt; car Dieu nous a tant aidés que ce n'est pas d'être arrêtée ou retardée que nous avons à craindre pour voire armée, c'est au contraire d'être obligée de hâter sa marche pour sauver ses ennemis.
(1 Un courrier de M, Rothschild nous apporte en ce moment les nouvelles de Madrid du 16; la proclamation d'Abishal, sa lettre imprimée au comte de Montijo, etc. Dieu veuille inspirer V. A. R. dans les circonstances délicates et décisives où elle va se trouver; les événements vont se précipiter autour d'elle. Elle peut avoir une grande influence sur leur direction ; le bonheur et le repos de l' Espagne et de la France en dépendent. Tout a conspiré pour assurer à vos armes le succès le plus complet; mais
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LETTRES DE M. DE Vll.LÈLE. t91
la facilité même de l'opération militaire va rendre votre situation politique plus difficile.
u Je vois d'ici l'exigence et la déraison de ceux qui auront vaincu par vous; la jalousie des autres gouvernements s'armera de ces difficultés pour diminuer, peut-être pour compromettre, les résultats que nous avons obtenus; enfin l'obstination de vos ennemis, en complétant tourperte, va rendre encore plus difficile la solidité de ce qu'il faut établir, en ôtaut un contrepoids utile à la construction.
« Ces idées noires viennent m'obsédcr en ce moment et je les communique à V. A. R., parce que je vois les petites manœuvres employées pour nous faire admettre dans la régence de Madrid quelque membre de cette régence d 'Urgel, qui bien certainement ne veut pas comme nous le bien de son pays, car elle a commencé par se refuser à nous seconder, et depuis elle a cherché à nous contrarier. J'envoie à V. A. R. copie de la lettre que vient d'écrire à M. de Chateaubriand l'archevêque de Tarragone.
« D'autre part je sais que votre petite junte a écrit ici, au sujet d'un emprunt qu'elle cherche à faire, des choses fort opposées au langage qu'elle tient près de vous, et qui portent le cachet d'une ingratitude peu présumable après les services que nous avons rendus à sa cause. On me promet copie de cette pièce ; si je puis l'avoir, je l'enverrai à V. A. R. Mais je la supplie de garder tout cela pour elle et surtout de ne pas laisser paraître vis-à-vis des intéressés les sentiments que tout cela doit lui iaspirer. Dans la positionoù est Monseigneur, il doit voir les hommes ce qu'ils sont, pour éviter leurs
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pièges, mais il doit les utiliser tels qu'ils sont, en les conduisant, nonobstant les difficultés, vers le but que nous recherchons, celui du bonheur de l'Espagne et du repos do la France.
(I Casa Irujo est parti ce matin. Le duc de San Carlos partaprès demain. Je désire que Monseigneur ait employé ces deux hommes dans sa Régence et le ministère. Ils paraissent bien disposés et voient assez bien la situation de leur pays et les moyens d'y consolider l'ordre.
Il Donnadieu vient d'empêcher la jonction des troupes de Llobera avec celles de Mina , il les a bien battues et elles n'ont plus qu'à se retirer dans Barcelone; le corps de Milans prend la même route par Mataro, poussé par la division Curial ; enfin Mina est assez mal engage à Cellent entre le baron d'Eroles et Donnadieu. Il lui sera difficile de regagner Barcelone sans s'exposer à être bien battu.
« Le duc de San Carlos me dit que V. A. R. doit prendre garde à ne pas reconstituer légèrement les anciens Conseils deCastiIle,d'Etat, des Finances,etc. ; qu'elle ne doit se servir des membres que comme de grands notables, bons à consulter et propres à élire la Régence : mais que les prétentions de ces Conseils ont beaucoup nui en 18H, et ont entraîné le roi dans les fautes qu'il fit à cette époque ; qu'en conséquence il serait fâcheux que le roi les trouvât rétablis à son retour.
'< En même temps que je conseille àMonseigneur de se tenir en garde contre l'entrainement des triomphes de ses auxiliaires, je crois qu'il est non moins indispensable de ne pas les aliéner et de ne
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donner aucune prise à leur méfiance en traitant trop bien les ennemis et en admettant les propositiens que maintenant ils seraient sans doute disposés à faire. Je persiste dans ces deux points de direction : le discours du roi, la proclamation de Monseigneur.
« V. A. R. doit gronder son monde, même mon payeur général. Il nous revient encore, sous la date du 13 mai, que votre 2' corps manquait de tout, même d'argent, même de la solde ; c'est épouvantable, après les sommes énormes mises dans les mains des employés au service de l'armée, tenues à discrétion dans les caisses tant de l'armée que de réserve.
« Les fonds sont aujourd'hui à89 fr. 80 c,
« J'ai l'honneur d'être, etc.
«I« DE VlLlfeLK. "
ccclxxvhi. — le comte de villèle a s. a. h. m"" le duc d'asgouléme.
« Paris, le 23 mai 1833.
« Monseigneur,
« Je viens de faire mes compliments à Guilleminot sur l'ordre donné à Molitor de nous lâcher en Catalogne avant de s'être assuré par lui-même de l'état dans lequel il y laissait le 4* corps : comme je l'ai déjà marqué à V. A. R., si l'ordre a été exécuté, ce que nous ignorons, car nous n'avons jamais de nouvelles de ce 2° corps, nous ferons tout ce que nous pourrons pour soutenir honorablement la lutte dans celte infernale Catalogne, sans ce secours sur lequel nous comptions chaque jour pour compléter