LETTRE DE 8. A. R. «"■ LE DUC DAKG01IL£HE
qu'il ne lui en faut pour détruire Mina et être maître do cette province, sauf Los places. Les alTaires y ont été fort mal menées, et je verrais avec peine qu'on y envoyât des renforts qui me sont nécessaires ailleurs.
« Moncey, avec les Espagnols, a plus de 3SO0O hommes pour une seule province ; et moi je n'en ai pas 80000 pour occuper les dix-neuf vingtièmes de l'Espagne, ce qui est bien insuffisant.
(1 Molitor n'a point manqué de fonds, il a eu tort de se plaindre, et je lui ferai passer tout ce qui lui sera nécessaire. Je suis extrêmement content de Bricogne ; il va s'entendre avec l'agent de M. Rothschild qui est arrivé.
n II ne m'est venu jusqu'à présent aucune ouverture de Séville ; aussitôt qu'il m'en arrivera, je vous les ferai connaître. Quelques intrigants se sont présentés pour y aller, mais je n'y ai mis aucune conliance, parce que mes instructions ne portaient pas d'être le premier à faire des ouvertures ; je me suis borné à laisser connaître qu'un million serait assuré à ceux qui me ramèneraient le roi. Vous m'y avez autorisé. Je suis extrêmement mécontent du ministre de la Guerre; il fait tout ce qu'il peut pour faire manquer le service de mon armée, vous en jugerez par les pièces que je joins ici.
« La Régence a nommé ses minisires qui doivent m'être présentés aujourd'hui.
« Je vous renouvelle, mon cher comte, l'assurance de toute mon estime et affection, sentiments qui vous sont bien mérités pour le soin que vous mettez (pour tout ce qui vous regarde) à contribuer
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le plus possible au succès de l'enlreprise qu'il a plu au Roi de me confier.
" Louis-Antoine. "
cccxciv, m. de .mabticnac au comte de viixèle.
« Monsieur le comte, j'ai reçu ce matin la lettre que vous m'avez fait rhonoeiir de m'écrire le 25. J'y ai vu avec bien de la peine l'inquiétude que vous a causée la détermination provisoire qui avait été arrêtée par Monseigneur. J'espëre que cette inquiétude est maintenant dissipée et que vous aurez été satisfait du parti que nous avons pris etdelamarcbe que nous avons suivie dans les circonstances difficiles où nous nous sommes trouvés. Je persiste à vous assurer que l'opinion générale s'est prononcée en faveur de ce qui a été fait, soit pour le mode, soit pour le choix, et que la bonne foi et la franchise, qui ont présidé à toute l'epération, ont frappé tout le monde. 11 me tarde bien d'apprendre que le gouvernement français est satisfait et que ses vues sont remplies.
(1 Le jour de Saint-Ferdinand a fourni une occasion toute naturelle de savoir quelle consistance la Régence a prise dans Madrid. Elle avait fait annoncer qu'elle recevrait à dix heures au palais en l'honneur de la fête du roi. J'ai assisté à la réception avec M. de Caux. Nous avons vu passer là tous les ordres, tous les tribunaux, tous les fonctionnaires civils et militaires. Jamais reconnaissance et adhésion ne furent plus manifestes et plus éclatantes. J'ai recom-
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LETTRE D£ H. DE HARTIG^AC. ait
mandé qu'il en fût fuit mention expresse et détaillée dans la Gazette de Madrid.
n Les Grands font imprimer leur adressée S, A. R. J'aurai soin qu'elle soit distribuée et qu'elle parvienne à Séviile.
I' J'ai obtenu de la Régence, malgré tout le cérémonial qui l'entoure, que j'irais, toutes les fois que jele croirais nécessaire, etsansétreannoncéd' avance, conférer avec elle. J'ai trouvé le moyen de rendre nos communications amicales, et je m'en félicite.
« Des difficultés d'exécution ont retardé le départ des courriers chargés de porter aux puissances étrangères la nouvelle de l'installation de la Régence. Ces difficultés sont aplanies. La Régence écrit ellemême aux souverains et le ministre des Affaires Étrangères d'Espagne adresse sa lettre aux ministres des Affaires Étrangères des différen Is États, en leur témoignant le désir de voir se rétablir les relations qui existaient entre ces États et l'Espagne avant les événements.
H Une lettre particulière était nécessaire pour le roi de France. Je me suis fait prier d'en faire le modèle ; je l'ai fait et il a été adopté, sauf quelques modifications du protocole fmal. Cette lettre part cette ouitetarriverapeut'ètre aussitôt que la mienne. Le courrier qui la porte a ordre de chercher le duc de San Carlos sur toute la roule, et de lui remettre une dépèche qui l'engage à retourner à Paris comme envoyé extraordinaire chargé d'annoncer à S, M, l'installation de la Régence. Si le courrier ne le trouve pas, 0)1 si le duc refuse, le courrier continuera sa route jusqu'à Paris. Les autres dépèches partiront
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demain. Puissent-elles nous faire arriver bientôt des envoyés des puissances. Nous regardons tous cette arrivée comme un de nos grauds moyens de succès, malgré les embarras qu'elle nous donnera.
(I En attendant nous ne négligeronspas les autres. Monseigneur va envoyer un de ses aides de camp à Saint- Sébastien et àPampelune. J'ai déterminé la Régence h envoyer aussi un officier espagnol chargé de sommer la place au nom du roi d'Espagne. J'ai donné le modèle des instructions qu'il paraissait conveuable de lui transmettre. Elles sont raisonnables et de nature à rassurer. La Régence promettait à tous les officiers la conservation de leurs grades et traitements ; elle promettrait à tous ceux qui voudraient quitter le service et rester chez eux, protection et sûreté en se soumettant aux lois. Pour les chefs, elle offrirait sa médiation auprès du roi afin d'obtenir une indulgence entière ; dans tous les cas, elle promettrait qu'ils seraient libres de se retirer hors du royaume, où bon leur semblerait, et que leurs biens ne seraient ni confisqués ni séquestrés. De son côté, le prince leur promet de garantir leur traitement, s'ils sont obligés de quitter l'Espagne. Cette combinaison produira sûrement quelque effet sur des hommes qui commencent à sentir leur mauvaise position.
(1 La Régence ne s'est point encore expliquée ; elle n'a pas fait de proclamation. Ce silence étonne et inquiète. Je m'en suis expliqué ce soir; j'ai vu quelque embarras pour s'entendre sur les bases de la rédaction. J'ai tout franchement offert d'en rédiger un projet, en enveloppant ma proposition de
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LETTRE DK. H, DE HABTir.NAC. 5i3
manière à ce qu'elle ne pût choquer personae. Mon offre a été iicceptée; je vais donc m'en occuper demain. Je tâcherai de la faire de manière à ce qu'elle soit adoptée et qu'elle rentre en môme temps dans vos vues.
« Les bandes royalistes nous donnent de l'inquiétude. Il y a dans leurs chefs une insubordination et un esprit absolu d'indépendance qui préparent au gouvernement bien des difficultés. La Régence, à qui j'ai fait ce soir un rapport circonstancié à ce sujet, est disposée à prendre des mesures sévères et à les maintenir. C'est un des objets les plus difficiles, mais les plus ur^i^ents, dont elle ait à s'occuper.
« Tous les regards sont maintenant tournés vers Séville. Vous connaissez les dispositions mililaires qui ont été arrêtées et qui vont s'exécuter. J'ai demandé à la Régence, et elle a désigné deux commissaires qui accompagneront les deux généraux, alîn d'organiser les autorités royalistes dans les pays que l'armée va traverser. J'ignore ce que cette marche fera éclore dans la diplomatie. C'est sans doute à Paris que les négociations s'entameraientet vous savez ce qu'il faudra faire ;mai3 la connaissance que j'ai des lieux et des choses me donne la conviction que tout traité qui tiendrait à maintenir les Cortës, à modifier la constitution actuelle, serait repoussé par la grande majorité de la nation. La liberté duroiavant tout: ce sera après cela qu'on pourra faire venir du roi lui-même quelques institutions ; et encore croyez qu'il y faudra de la prudence et de la réserve.
« Sur tout cela, je n'ai qu'à vous dire ce que je
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pense et à m'en rapporter à votre sagesse, qui saura bien tout concilier autant que faire se pourra. J'ai l'honneur d'être, etc.
it P. S. — On n'a rien décidé encore sur les communications à faire à l'Angleterre par la Régence : écrira-t-elle ou n'écrira-t-elle pas au Cabinet de Londres? »
DU TROISIÈME VOLUHE
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