‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 129 sur 130 · CCCXC. LE COMTK DE VILLËLE A M. DE MARTIGNAi · texte numérisé non relu

CCCXC. LE COMTK DE VILLËLE A M. DE MARTIGNAi

•< Paris, le 30 mai tS2X . « Mon cher monsieur, je viens de soumettre au Roi, de communiquer à Monsieur et de porter au Conseil, votre dépêche des 23 et 24, et la proclamation de Monseigneur dont vous m'adressez un exemplaire. Tous ont été satisfaits de la manière dont cette aiïaire délicate avait été conduite et terminée. Le Roi m'autorise à vous dire qu'il est particulièrement satisfait des soins que vous avez pris en cette circonstance et de la manière dont vous avez rempli la mission qui vous avait été confiée.

i< La suite prouvera combien l'acte auquel vous venez de concourir, était délicat et devait avoir d'influence sur le rétablissement de l'ordre en Espagne. Je ne pense pas qu'il put èlrc mieux combiné, et vous pouvez vous tlatter de l'avoir conduit au meilleur résultat possible au milieu des circonstances et des difficultés dont vous étiez environnés. Si je ne puis écrire une lettre à Monseigneur aujourd'hui, veuillez lui transmettre ce témoignage que je recueille de toutes parts sur ce qu'il vient de faire.

« Hier, j'avais à diner tout le corps diplomatique. La joie sincère des uns, l'embarras des autres, tout a concouru à nous faire juger que ce que Monseigneur venait de nous annoncer par sa dépêche télégraphique du 26, était bien, était utile à l'entreprise dans laquelle nous sommes engagés, était honorable pour la France.

« Nous allons faire tout ce qui dépendra de nous

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pour vous seconder. Ainsi, donnez à la Régence la certitude que M, de Talaru va être envoyé auprès d'elle par le Roi, en qualité d'ambassadeur de France. Nous espérons que les ministres de Vienne, Prusse et Sardaigne partiront aussitôt que la nomination et l'installation de la Régence seront offïciellemeiit connues des ambassadeurs de ces puissances à Paris. Nous attendons à chaque instant le courrier qui doit nous porter le choix de l'empereur de Russie pour cette mission. Enfin, la cour de Rome, fortement pressée par nous pour l'envoi du nonce, a demandé quelques jours de consultation, qui seront expirés quand elle verra les autres cabi nets décidés, comme ils vont l'être.

« De son côté, il faut que la Régence s'applique à maintenir l'ordre dans les provinces délivrées, à détourner habilement les esprits de l'examen des questions qui peuvent les diviser ou les aigrir : plus lard, elles pourront être décidées par le roi avec bien plus de calme, de force et d'avantages de tous les genres. Elle doit organiser des administrations locales, des forces armées locales, si elle trouve de bons éléments pour les former. Eniin, elle doit s'appliquer, si elle le peut, à créer une armée au roi, qui puisse garantir l'exécution de ses ordres, la sûreté publique et la stabilité du gouvernement.

11 La délivrance du roi doit être le but honorable avec lequel la Régence obtiendra sans doute avec empressement des Espagnols fidèles, les secours nécessaires pour arriver, au moyen de la crise où so trouve l'Espagne, aux résultats permanents dont je viens de parler. Son' application constante me sem-

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LETTRES ])E H. Vli: VILLÈLE. 333

ble devoir être de tirer de la circonstance et du but actuel de la délivrance du roi, toutes les choses qui sont nécessaires à la force et à la consolidation du trône, lorsqu'il sera occupé. Au reste, l'interrègne ne sera pas long, si la Régence se conduit avec sagesse. Les nouvelles que nous avons de Séville nous représentent le parti comme aux abois. Les nouvelles sont du 15 et établissent déjà l'impossibilité de transférer le roi ailleurs qu'à Séville. De là à lui laisser prendre la route de Madrid, il n'y a qu'un pas, et probablement pas un mois de distance. Quand nous aurons les ambassadeurs des autres cabinets auprès de la Régence, celui d'Angleterre travaillera lui-même à la délivrance du roi; ie mouvement de conversion de ce côté est déjà très sensible pour nous.

V Nous vous avons envoyé par l'estafette le cordon rouge d'Eguia, aussitôt que vous en avez témoigné le désir. Nous avons vu avec plaisir que votre junte serait récompensée par le choix de M. Calderon. Celui d'Ërolcs est aussi une récompense méritée des services rendus en Catalogne. Il faut que Monseigneur calcule ce qu'il croit de mieux à faire au sujet du baron d'Eroles et de son armée. Ils ne nous servent à rien en Catalogne ; on pourrait peutêtre profiter de l'occasion pour appeler d'Eroles à Madrid. Si Monseigneur croyait pouvoir mieux utiliser ses troupes qu'en Catalogne, il les manderait avec leur chef. Sinon il aurait le choix, ou de les laisser dissoudre, ce à quoi ils paraissent disposés, ou de les mettre sous le comijaandement de Romagosa, qui parait nous avoir mieux secondés. J'ouvre

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ces divers avis pour appeler l'attention de Monseigneur, qui, mieux que moi, est à même de prononcer aur le meilleur parti à prendre.

<i Nul embarras sur les dépenses que vous avez faites et que vous pourrez faire par la suite. Envoyez-en l'état et M, le ministre de l'Intérieur les ordonnancera sur le crédit qui lui est ouvei't pour cela. Recevez de nouveau, etc.

fCCXa. LE COMTE DE VILLÈLE A S. A. B. K"" LE DUC

u'A^GOlTLÈHE.

r< Paris, Je 30 mai ]823, à 6 heures du soir. Monseigneur,

« Je sors du Conseil et n'ai qu'un instant pour remercier V. A. R. de tout ce qu'elle vient de faire pour la cause à laquelle nous nous dévouons, en organisant une Régence comme celle qu'elle a obtenue et par le mode qu'elle a adopté. La proclamation est aussi fort bien; en un mol, nous sommes heureux de voir si bien réussir tout ce qui est confié aux soins de Monseigneur.

« Nos politiques pensaient au Conseil qu'il eût été merveilleux de pouvoir battre le fer du temps qu'il était chaud, et se porler rapidement sur Séville pour forcer la délivrance du roi. Nos militaires étaient d'avis qu'avec les renforts que M, le ministre de ta Guerre peut envoyer successivement au maréchal Moncey, Monseigneur pourrait sans danger disposer d'une grande parlie du corps de Molitorpourse porter sur Séville, soit que ce 2' corps, dont nous

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n'avons aucune nouvelle, se soit porté sur la rive droite de TEbre. soit qu'il soit resté en Aragon.

« Enfin, Monseigneur, on était d'avis que le baron d'Eroles serait plus utile à la Régence qu'à la tète de son armée, qui devrait rester en Catalogne, sous le commandement de Romagosa.

« Je transmets tout cela à V. A. R., comme je sens le besoin de le faire pour tout ce que je sais, j'entends ou je pense, qui me semble utile au bien du service du Roi ; c'est à Monseigneur à juger.

<t Je vais livrer probablement sous quelques jours l'adjudication de notre emprunt de 33 millions à la concurrence. Si, comme c'est probable, votre Régence, ou Ferdinand délivré, uni alors besoin d'emprunter eux-mêmes, ils trouveront le terrain balayé d'une concurrence redoutable. D'ailleurs, quoique je n'aie qu'à me louer de la manière dont M. Rothschild a fait mon service pendant mes embarras, je suis désireux, par la réalisation de notre emprunt, de sortir des mains de ces messieurs.

" Quantàcelui que pourrait avoir àfairel'Espagne, j'en ai dit franchement et confîdentiellementmonavis à Monseigneur. Elle sera dupée et volée si elle se presse ; mais le besoin du siècle, celui de gagner de l'argent, est si dominant, que je vois des intrigues à riufiQi, dirigées par l'appât du gain qu'on espère en plusieurs lieux de cette opération. Je suis donc bien décidé à me taire désormais sur cette partie de notre politique espagnole, priant V. A. R. de regarder comme non advenu ce que, dans l'abandon du désir d'être utile, j'ai pu lui marquer sur ce point.

(< Les fonds baissent plutôt qu'ils ne haussent

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aujourd'hui; c'est incroyable avec les bonnes nouvelles d'hier; ils ferment à 89 fr. 10. « J'ai l'honneur, etc.

CCCXCir. — LE COMTE DE VILLELE A S, A. R. m"" LE DUC

d'angoulëhe.

a Paris, le 34 mai, 6 heures du soir. « Monseigneur,

« Je remercie V. A. R. de la lettre qu'elle a bien voulu m'adresser le 26 de ce mois; dès qu'elle approuve l'envoi de M. Joinville à Madrid, avec la mission spéciale de prendre connaissance des faits qui ont nécessité et nécessitent encore l'intervention du munitionnaire général, je vais m'empresser de faire adopter le moyen de terminer des difficultés qui ont dû fatiguer V. A. R., et dont, en mon particulier, je me trouverai heureux de n'avoir plus à l'entretenir.

« Je mettrai sous les yeux du Roi la demande que fait V, A. R. de n'avoir plus à se mêler de la politique, si ce n'est dans les cas extraordinaires ; lorsque une fois notre ambassadeur sera arrivé à Madrid, je m'empresserai de transmettre à Monseigneur la réponse du Roi, sur laquelle il ne m'appartient pas de rien préjuger.

« Je féliciterais seulement V. A. R., si le Roi consentait ainsi b. la soulager du plus pénible fardeau que je connaisse. Nous n'envoyons d'ambassadeur à Madrid que pour donner plus de consistance et de crédit à la Régence ; nous ne désirons y

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voir aller les ministres étrangers que pour gêner les Anglais à Séville et les porter à contribuer à la délivrance du roi. Eh bien, nous éprouverons mille obstacles sur ce point, et Monseigneur ne se douterait pas qu'aujourd'hui nous avons eu des lanctisà rompre avec chacun des ambassadeurs étrangers, tous étant venus se plaindre que la proclamation de Madrid, qui est aujourd'hui dans le Moniteur, ne parlait pas du reste de l'Europe.

" Ma lettre d'hier aura prouvé à V. A, R. que je partageais son avis sur l'emprunt d'Ëspagae. Que la Régence fasse ce qui lui conviendra sous ce rapport. J'ai pour ma part assez d'embarras à lutter pour la défense de nos fmances : à d'autres le soin de défendre celles de leur pays. Le ministre, de la Marine a des frégates et de petits bâtiments dans le golfe de Biscaye, et le Colosse va y être remplacé par le vaisseau le Trident.

<i Nous recevons des nouvelles de la Catalogne du 27. Le 26, nos troupes ont été simultanément attaquées sur presque tous les points qu'elles occupent; partout elles ont repoussé vigoureusement l'canemi. À Yich, oi\ il parait qu'était Mina, et oîi nous avions trop peu de monde, la défense a été fort honorable et l'ennemi a perdu beaucoup de monde ; mais nous en perdons aussi ; il parait que les troupes se fatiguent ; enlin, nous sommes sur la défensive. Je me h&te d'autant plus d'en avertir de suite Monseigneur qu'hier je lui avais transmis des idées bien différentes àla sortie du Conseil. C'est à V, A. R. de juger quels ordres elle doit donner à Molitor d'après ces aviâ différents et le changement dans la situation.

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« Je termine en présentant à V. A. R. ï'hommage, etc.

s. A. H. m"" le duc D ANGOULÈME AU COMTE

•' HadrM, ce 31 mai 1823.

« J'ai reçu hier, mon cher comte, vos deux lettres du 24 et 2S. Je crois que j'ai fait pour l'établissement de la Régence tout ce qu'il était possible pour allier vos instructions avec les circonstances dans lesquelles je me suis trouvé. Je crains un peu d'exclusif de la part du président. Je lui ai déjà dit un mot hier sur l'oubli du passé et sur l'établissement d'institutions, comme par exemple de deux Chambres. 11 m'a paru fort éluignéde cesdeux points ; comme jclul avais cité notre exemple sur le premier, il m'a répondu que la punition des coupables eût mieux assuré la tranquillité. Sur le second point, il m'a dit qu'il était impossible de chercher à établir deux Chambres en Espagne, que ce qu'il y avait de mieux à faire était de rétabhr les anciennes Cortès. Je ne me tiens pas encore pour battu, et je reviendrai sur ce sujet dans une conversation que je dois avoir ces jours-ci avec lui. Je lui ai parlé aussi de L'Abisbal, qui est ici et caché ; il m'a dit que si on le voyait aller librement, il courrait des dangers.

<> Pour ce qui regarde la Catalogne, les derniers ordres que j'ai donnés à MoUtor lui laissent beaucoup de latitude sur ses mouvements; mais il faut bien que vous sachiez que Moncey a plus de forces

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