‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 14 sur 130 · CCXV. LK VICOMTE DE CHATEAUBRIAND A M. DE VILLÈLE · texte numérisé non relu

CCXV. LK VICOMTE DE CHATEAUBRIAND A M. DE VILLÈLE

« Londres, 17 mai 1822.

« Les élections, mon cher ami, me font grand plaisir'; voilà l'avenir assuré, sauf un seul écueil qu'il vous reste à éviter et qu'il est de mon amitié de vous signaler.

« Vousn'avezplusà craindre désormaisqu'unedivision dans le côté droit à l'ouverture des Chambres, . Cettedivision, nefùt-elleque dedixvoix, serait encore très malheureuse : un ministère royaliste ne doitpas avoir une opposition royaliste. Or vous pouvez tout arranger. Faites maintenant, après les élections, les nominaEions que vous n'avez pas cru devoir faire avant. Satisfaitesvos amis; prenez Berlin de Vaux avec vous, c'est le moyen de le consoler de n'avoir pas été élu député. Ne laissez pas la session s'ouvrir sans que Delaiol, Castelbajac, Donnadieu soient placés. Rendez à VitroUes ce que vous avez justement ôté à Louis. Je voudrais aussi que ce pauvre Agier fût tiré d'affaires. Ses cris vous sont nuisibles dans Paris. Enfin notre ami La Borie ne doit pas être oublié. Mon cher ami, pour achever votre ouvrage, il ne s'agit plus que de prendre une demi-douzaine de létes royalistes. Votre raison et votre connaissance des hommes ne doivent pas vous permettre d'hésiter à faire une chose de la plus grande utilité pour vous

1. Sui' cinquante -trois élections d'arrondissement, trente étaient en fareur des royalistes, et vingt-troia de l'opposition ; et sur trente trois élus par les collèges do département, vingt-quatre étaient royalistes et neuf de l'opposition ; les royalistes remportaient donc de vingt-deui voix.

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LETTRES DE H. DE CHATEAUBRIAND. il

et qui n'a pas aujourd'hui le moindre danger. i< 11 parait maintenant assez probable que, guerre' ou non, il y aura un Congres. Le prince Esterbazy, ambassadeur autrichien ici. part dans un mois pour Vienne, et il m'a dit qu'il avait la promesse du prince de Metternich d'aller avec lui au Congres à Florence ou en Allemagne. Ceci, mon cher ami, facilitera ma nomination à ce Congres. C'est la chose que je désire le plus vivement et que je vous demande ; c'est là que j'achèverai d'acquérir dans vos intérêts cette prépondérance diplomatique qui augmente pour moi de jour en jour. Ainsi je marcherai auprès de vous sans vous gêner; je serai sous votre main en cas de besoin ; et si rien n'est encore assez mûr, je reviendrai, après le Congrès, reprendre mon poste en Angleterre avec un accroissement de force et de considération. Je ne vois aucune objection raisonnable àceplan etd'autantplusque parmi vos ambassadeurs vous n'avez personne. On ne doit pas sous votre ministère recommencer les sottises de Laybach. Ne m'oubliez pas et croyez au dévouement de votre sincère ami. "Vos affaires vont bien ici et j'ai pris le dessus : depuis six ans on avait bien mal servi la France.

« Châteaubhiand, "

ccxvl. le vicomte de chateaubriand a m. de villèle.

<. 4 juiD 1832.

« Mon cher ami, il est plus que probable que ie Congrès va avoir lieu. Il faut que vous sachiez que dans un mois, c'est-à-dire au moment où le Parle-

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ment entre en vacance, il n'y aura plus rien à faire ' ici. Les ambassadeurs étrangers s'en vont en congé ; les ministres anglais eux-mêmes vout àla campagne et l'on est près de huit mois sans se voir. Je serai donc parfaitement inutile ici. Voilà d'abord ce que vous pourrez dire, quand vons plaiderez ma cause au Conseil. Ensuite le prince Esterhazy, comme je vous l'ai déjà mandé, ambassadeur d'Autriche à Londres, part à la tin du mois, et il sera appelé par M. de Metternich au Congrès. Voilà une autorité en ma faveur. Et il est très bon que je puisse surveiller au Congrès la politique anglaise.

'< Reste la question des hommes. Mathieu présentera sans doute encore son cousin Adrien. Je n'en veux certes point à ce pauvre duc de Laval; c'est un loyal chevalier, mais il me parait difficile de le placer entre des hommes tels que Metternich, d'Hardenberg, Pozzo, Capo d'Istria : cependant si on veut l'envoyer pour arranger Mathieu, qu'on m'adjoigne à lui. Nous avions trois ambassadeurs au congrès de Laybach. Si le Congrès a lieu à Florence, on ne peut guère ne pas y admettre M. de Blacas. Alors il y aurait lui (Blacas), moi et Adrien, si ou le voulait absolument. J'espère qu'on ne songera plus à y envoyer M. de Caraman, qui est détestable pour vous à Vienne, ni M. de La Ferronnays, qu'il faudrait faire venir de Pétershourg,

i( La perfection serait de nommer Blacas, moi et Rayneval, nommé à l'ambassade de Berlin. Rayneval appartient au corps diplomatique de Buonaparte. Il sait tout le matériel ; sa nomination avec la mienne aurait l'air del'impartialité et ferait taire les libéraux.

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« Je crois, mon cher ami, par des considératioDS plus hautes, que si vous voulez un jour vous servir de moi, il faut que vous me placiez sur un grand théâtre, afin qu'ayant négocié avec les rois, il ne reste plus aucune objection ni aucun rival à m'opposer. J'irai passer trois mois en Italie et je reviendrai cent fois plus fort à mon poste de Londres. Je ne vous demande point du tout de rester à Paris; je D'en ai point d'envie, et je crois qu'il est plus utile que je suive quelque temps ma carrière. Je veux marcher avec vous et arriver avec le temps. Je vous suis et vous serai un bon appui. À votre tour appuyez-moi et secondez-moi dans un projet parfaitement raisonnable. Je réussirai si vous le voulez, et le Roi ne peut y avoir aucune objection : il ne s'agit pas d^un ministère. Montrez cette lettre, si vous le jugiez à propos, à notre ami Corbière et mettez-le dans mon intérêt ; vous pouvez, étant unis, emporter très facilement mon affaire au Conseil. Enfin, vous m'avez promis le Congrès et'je compte sar votre parole. Je vous embrasse. Un mot de réponse. Dites-moi seulement : Comptez sur moi. »

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