XSVU. — LE VICOMTE DE CHATEAUBRIAND A H. DE VILLËLE
« Londres ce 11 juin 1S22.
« Je vous préviens, mon cher ami, que, par le même courrier qui vous porte ce billet, j'écris à M. de Montmorency pour lui demander d'aller au Congrès. Le moment était venu de fondre la cloche, et il fallait bien que je lui fisse la demande directe delà chose que je désirais, comme à mon ministre.
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Il portera sûrement l'aflaire au Conseil et c'est alors que vous plaiderez ma cause, ainsi que Corbière. Comme j'ai bien senti qu'il vous proposerait encore le duc de Laval {ce qui sera pour la politique un vraî malheur), je me contente de demander d'aller au Cong;rès avec ce pauvre Adrien et M. de Blacas qui est en Italie et qui sera peut-être ag:réable au Roi. Ainsi, je ne demande qu'à remplacer M. de La Ferronnays (qui est au bout de la terre à Pétersbourg et qui avait déplu à l'empereur de Russie au congrès de Laybach), ou M. de Caramau qui est votre ennemi et l'àme damnée de M. de Metternich. Il est impossible que le ministère nouveau soit représenté au congrès de Florence par les hommes qui ont représenté l'ancien ministère au congrès de Laybach. N'oubliez pas que le prince Esterhazy, ambassadeur d'Autriche d Londres, est appelé au congrès de Florence : c'est un précédent et un grand argument pour moi. Il est de la plus haute importance que je veiUe au Cong;rfes à ce qui se passe entre Metternich et Londonderry. Dans un mois toutes les aiïaîres cessent en Angleterre avec le Parlement, et je serai pendant six mois parfaitement inutile ici.
« Au reste, mon cher ami, vous apprendrez avec plaisir que vous jouissez à Londres d'une réputation méritée et j'espère n'avoir pas nui à cette opinion. J'ai réussi de mon côté au delà de toute espérance. Je vous embrasse. Tout à vous.
&TEAUBRIAND.
<< Si, par un coup du ciel et un grand bonbeur pour
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la France, Mathieu n'avait pas pensé à Adrien, qui esL à présent hors de la carrière, songez que c'est Rayneval qu'il faut m'adjoindre. C'est un homme qui sait tout le matériel, un homme qui appartient à la diplomatie de Buonaparte et gui fera dans l'opinion du centre mon contrepoids. Il n'est plus dangereux à employer depuis la mort du duc son patron'. Blacas pour le Roi, moî pour la droite et pour vous, Rayneval pour la révolution : cela serait la perfection. »
CCXVni. LE VICOMTK DE CHATEAUBBUND
A M. DE VILLÈLE
« Londres, ce mardi 6aoûH822.
H Je vous préviens, mon cher ami, que lord Londonderry partira le 15 pour Vienne. Ainsi voilà le Conseil obhgé de se prononcer pour les nominations au Congrès. Si M. de Montmorency n'y va pas, je compte sur votre amitié, il est impossible que'l'on puisse songer à faire représenter le ministère actuel parMM.de Caraman et de La Ferronnays. Décidez vile, mon cher ami, car le Roi (d'Angleterre) étant parti et le premier ministre absent, je ne suis pas même décemment ici. Tout à vous.
€ Vous vous souvenez peut-être que dans le cas où Mathieu irait à Vienne (ce qui me semble avoir
I. M. le duc de Richelieu était mort presque subitement, le 17 mai 1822. M. de Rajneval avait ^të directeur politique aux Affaii-es Étrangères sous son ministère.
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d'immenses inconvénients, même pour lui), je vous ai demandé s'il ne serait pas possible de me laisser le portefeuille des Affaires Étrangères par inténm. « Remarquez encore que lord Londonderry mène avec lui à Vienne le sous-secrétaire d'État lord Clanwilliam, et que si Mathieu va au Congrès, c'est un exemple et un précédent pourm'adjoindreàlui. »