‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 45 sur 130 · CCXLVI. — LE VICOMTE DE MONTMORENCY AU COMTE DE VILLÈLE · texte numérisé non relu

CCXLVI. — LE VICOMTE DE MONTMORENCY AU COMTE DE VILLÈLE

« Vérone, 2S octobre 1822.

(1 Monsieur le comte,

'( Je vous ai accusé réception des dépêches dont vous aviez chargé M. de Chateaubriand, et des instructions destinées aux plénipotentiaires du Roi. J'ai reçu, depuis, les courriers que vous m'avez expédiés le 12, le IS, la lettre du 17 que vous m'avez envoyée par le courrier autrichien, et enfin l'expédition du 18.

« Vous jugiez que j'ai lu avec un très grand intérêt ce que vous me mandez sur l'Espagne. On prévoyait assez que les royalistes auraient difficilement de grands succès, mais on ne s'attendait point ici k ce que la régence pût être si promptement placée dans la situation critique où elle se trouve. Ces circonstances, au surplus, font une grande impression et elles doivent avoir sur le succès de l'affaire que je traite une influence que je ne puis encore apprécier bien exactement.

<t Je me suis pénétré des instrucUonsque vous nous avezenvoyéesetdeaobservationsque contiennent vos lettres confidentielles, notamment la dernière où je

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i5i OCTOBRE 1832.

trouve des idées entièrement analogues à celles que j'exprimais dans mes dépêches de Vienne et d'Inspriick. Mon langage depuis mon arrivée à Vienne et ma conduite ici ont été constamment d'accord avec votre opinion et celle du Conseil. Je ne me suis pas fait le rapporteur de l'affaire d'Espagne. On a voulu me voir à Vienne pour se concerter avec moi sur les grandes questions qui fixent l'attention de l'Europe. Celle d'Espagne étaitla première, la plus grave pour nous et par conséquent pour l'alliance. Il était naturel qu'on s'informât près de moi de la véritable situation des choses que nous sommes plus que tout le monde à portée de conn^tre. On devait aussi me demander quelles étaient nos craintes, notre manière d'envisager la suite des événements et nos idées sur la conduite à suivre vis-à-vis d'un gouvernement qui nous menaçait.

« C'est ce qu'on a fait. Je n'aipointeu k dénoncer l'Espagne, comme l'Autriche dénonçait Naples à liaybach. Je n'ai eu qu'à répondre, et dans mes réponses, j'ai dû placer des questions, aGn de pouvoir rapporter au Roi des données précises sur les dispositions des cours alliées dans cette grande affaire.

«C'est ainsi que ies choses sesont passées dans la première conférence que j'ai eue le 20 de ce mois avec M. de Metternich, M. de Nesselrode, lord Wellington et M. de Bemslorff. On avait jugé qu'il convenait qu'elle fût comme préparatoire et composée uniquement des chefs des cabinets. J'avais fisé sur le papier, et simplement pour aider ma mémoire, ce que je voulais dire et demander. Ma communication a été parfaitement accueillie : on a

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trouvé mon langage loyal et mesuré, on a fort approuvé l'attitude que nous prenions et notre modération. Lord Wellington, comme je devais m'y attendre, s'est montré moins disposé que les autres à nous prêter l'appui qui peut nous être nécessaire. Il n'a cependant pas fait d'objection à ce que j'ai dit sur les faits et sur nos intentions.

< Le même motif qui m'avait décidé k mettre mon exposé par écrit, a fait désirer aux membres de la conférence que je leur en laissasse un précis. Ils voulaient poiivoîr rapporter exactement àleurs souverains les paroles que j'avais portées. It n'y avait aucun inconvénient à leur remettre ce précis, qu'ils n'ont pris quecomme résumé de ma communication verbale. II se terminait par les questions que je vous envoie ci-jointes.

«IIsra'avaientauQoncé qu'il y aurait très promptement une seconde réunion également confîdenLielle, dans laquelle ils me feraient connaître la réponse de leurs cours à nos questions: bien entendu que lord Wellington donnerait celle qui lui était prescrite par ses instructions. Cette réunion que j'avais successivement espérée pour avant-hier, hier, et aujourd'hui, est fixée k demain. Je voulais relarder mon courrier pour vous en porter le résultat, mais comme il est possible qu'elle soit encore remise, je ne veux pas différer à vous l'expédier. Ce délai, au reste, n'a rien de bien inquiétant ; il est motivé sur ce que les ministres d'Autriche et de Russie n'ont pas encore pu prendre les ordres définitifs de leurs souverains. Je sais toutefois que, dans l'intervalle, il s'est élevé quelques difficultés. Les uns veulent

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savoir si nous rappellerions notre ministre à Madrid dans le cas où les autres cours rappelleraient les leurs ; d'autres, et principalement les plénipotentiaires anglais, ne trouvent pas le castis fœderis bien démontré et voudraient que nous fissions connaître précisément dans quel cas nous rappellerions notre ministre et nous nous placerions en état d'hostilité vis-à-vis de l'Espagne. Vous verrez par ma lettre confidentielle que nous ne devons point prévoir au bout de tout cela d'obstacles réels, et les dispositions que m'a montrées l'empereur Alexandre nous fourniront, j'espère, le moyen d'en triompher. Je lui avais fait demander une audience particulière; je l'ai obtenue hier matin. II m'a reçu avec la plus grande cordialité. Il m'a dit formellement qu'il était très satisfait de ma communication, que nous nous étions placés sur un très bon terrain, et que nous le trouverions prêt à nous donner, quand nous le voudrions, etde la manière dont nous l'indiquerions nous-mêmes, tous les secours dont nous pourrions avoir besoin. Je joins à ma lettre particulière le résumé de cette audience, dans laquelle l'empereur a montré, comme il le fait toujours, la plus belle âme et les sentiments les plus nobles.

« Je viens de recevoir des nouvelles de Constantinople du 25 septembre et je m'empresse de vous les transmettre. Elles ont, au surplus, assez peu d'intérêt. On en reste ici à la note russe, et on peut croire, quant à présent, que l'afTaire d'Orient demeurera en suspens d'ici à plusieurs mois. La lettre particulière de M. de Maubourg annonce un nouveau motif de son désir de revenir en France. Je

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pense que vous pourriez trouver, avec M. Hermao, une combinaison qui permettrait de le faire revenir, en pourvoyant provisoirement à son absence avant le départ de son successeur.

« P. S. — Je viens de voir loi-d Wellington avec qui j'ai eu une conversatiou assez longue. Il m'a parlé de l'affaire de Sardaigne, sur laquelle il partage entièrement notre opinion. Il m'a parlé aussi de celle de l'Espagne : il m'a répété à peu près ce qu'il vous en a dit. U parait toujours croire que l'Alliance ne peut pas s'occuper de l'affaire d'Espagne, et qu'il faut que nous précisions les cas où nous romprions avec cette puissance. Dans ma première dépèche je vous donnerai un détail plus circonstancié de cette conversation. »

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