‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 44 sur 130 · CONVERSATION AVEC L EMPEREUR ALEXANDRE. ISI · texte numérisé non relu

CONVERSATION AVEC L EMPEREUR ALEXANDRE. ISI

une pareille insulte, était demain proférée par les ministres d'Espagne, au lieu de ces députés, dont ils étaient cependant les amis et les très humbles serviteurs, il serait impossible de laisser un ministre français auprès du gouvernement qui ferait une telle attaque. Aurait-on pu prévoir ce cas? et cependant il rentrait dans la plus stricte défensive. L'empereur en convint et n'insista plus sur toutes ces prévisions.

J'attachais du prix à l'amener sur le sujet des colonies. Je pris mon texte de ce qu'il avait répété plusieurs fois de nos vues désintéressées à l'égard de l'Espagne; j'en donnai pour preuve surabondante le retard que nous avions mis à prendre un parti sur ses colonies, quoique sollicités sans cesse par nos intérêts commerciaux et industriels, et devant désirer, presque autant que l'Angleterre, d'ouvrir de nouveaux débouchés en Amérique ; qu'il fallait prévoir que cette même Angleterre n'attendrait personne, et chercherait à se ménager des avantages particuliers et exclusifs. Je citai la nouvelle de la médiation au nom de Colombie. L'empereur, dont je me promettais de demander l'opinion sur cette question, répondit positivement que, tout en partageant mes soupçons, mes craintes sur l'Angleterre il ne croyait pas que l'on dût actuellement compliquer les autres affaires par celle-ci; qu'il fallait ajourner, et terminer d'abord quelque chose pour la métropole; que plus tard on pourrait voir s'il y aurait moyen de proposer une médiation ; et qu'il persistait î ne pas penser qu'on dût s'en occuper en ce moment.

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Quelques mots ont été dits sur le Brésil; l'empereur désapprouvait beaucoup le sens démagogique des déclarations du prince à l'égard de ce même Brésil.

J'abrège la fin de la conversation ; elle a été remplie en grande partie par de fréquentes déclarations desprincipes quiconvenaientaujourd'hui àl'Europe, la confiance qui devait régner entre les alliés, et les principes de haute morale appliqués à la politique, qui devaient être la règle de tous les souverains, et la ferme résolution pour son propre compte de ne jamais s'en écarter.

II est impossible d'entendre un souverain proclamer de tels sentiments, dont on voit qu'il est profondément pénétré, sans en être vraiment touché. Je passe aussi sur tous les témoignages de bonté et de confiance personnelle, me répétant avec quel plaisir il me voyait à la place que j'ai l'honneur d'occuper ; entrant dans beaucoup de détails sur la France, pour laquelle il ne cesse de faire des vœux, sur les généraux qu'il connaissait, sur tous les militaires, etc., etc.

J'ai rapporté de cette conversation, qui a duré une heure, un grand sentiment de satisfaction et des espérances de plus pour cette négociation. Mais il faut attendre la première ou les premières conférences.

Je veux ajouter ici qu'avec une grande partie de nos légations françaises, j'ai été faire un véritable pèlerinage à la maison très modeste que le Roi a habitée dans un faubourg de Vérone. Son souvenir

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est conservé là comme partout où il a été. Il y a un belvédère, ou terrasse, dont la vue est magnifique. Nous avons parcouru ces lieux avec un religieux intérêt. Veuillez mettre mes respects aux pieds du Roi.

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