CCXLIX. — LE VICOMTE DE CHATEAUBRIAND AU COMTE DE VIIXÈLE
« Vérone, ce 31 octobre (822.
« Je vous remercie, mon cher ami, de votre petit mot du 23. La dépêche de M. de Montmorency vous portera à peu près aujourd'hui la conclusion de l'affaire d'Espagne dans le sens de vos instructions. Vous verrez les notes verbales. Ce soir nous aurons une première conférence du Congrès pour aviser au moyen de faire connaître à l'Europe les dispositions de l'Alliance relativement à l'Espagne. La Russie est à merveille pour nous; l'Autriche nous sert dans iiette question, quoiqu'elle soit pour le reste tout anglaise ; la Prusse suit l'Autriche. Le vœu très pro-
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uoncé des puissances est pour la guerre avec l'Espagne. C'est à vous, mon cher ami, à voir si vous ne devez pas saisir une occasion, peut-être unique, de replacer la France au rang des puissances militaires, de réhabiliter la cocarde blanche, dans une guerre courte, presque sans danger, vers laquelle l'opinion des royalistes et de l'armée vous pousse aujourd'hui fortement. Il ne s'agit pas de l'occupation de la Péninsule, mais d'un mouvement rapide qui remettrait le pouvoir aux véritables Espagnols et vous épargnerait les soucis de l'avenir. Les dernières dépêches de M. de La Gai'de prouvent combien le succès serait facile. Toute l'Europe continentale serait pourvous, et l'Angleterre, si elle se fâchait, n'aurait pas même le temps de se jeter sur une colonie. Quant aux Chambres, un succès couvre tout. Sans doute le commerce et les finances souffriront un moment; mais il y a des inconvénients à tout. Détruire un foyer de jacobinisme, rétablir un Bourbon sur le trône par les armes d'un Bourbon, sont des résultats tels qu'ils l'emportent sur des considérations d'une nature secondaire. Ënhn comment sortirons-nous de la position où nous nous trouvons, pour peu qu'elle se prolonge? Pouvons-nous garder éternellement une armée d'observation au pied des Pyrénées? Pouvons-nous, sans nous exposer iiux stfÛets et à la déconsidération de tous les partis, renvoyer un matin nos soldats dans leurs garnisons? Dans les questions que vous m'aviez invité à vous poser, pour en faire le fond des instructions, je vous avais déduit nne partie de ces avantages de la guerre, qui me frappenticid'autantplus,queje trouve toute TEurope
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continentale prête à nous seconder de tous ses efforts. Vous connaissez ma modération politique, et combien je suis éloigné des partis violents, mais je dois, pour n'avoir rien à me reprocher, vous remettre sous les yeux ce côté de la question, qui n'est pas celui dont vous êtes le plus occupé. C'est â vous à peser les choses dans votre sagesse et à moi à suivre la route que vous croirez devoir prendre.
« M. de Montmorency parle de nous quitter dans une huitaine de jours. Après son départ les affaires iront vite, car elles ne sont pas compliquées et les rois s'ennuient ici. Quant à moi, je suis très impatient d'apprendre que vous avez fait pour nos amis ce qu'il estai important que vous fassiez. Au nom du ciel et de la justice, placez Berlin et Delalot. Accordez-moi enfin ce que je vous demande pour la millième fois. S'il s'agissait de mes intérêts et non des vôtres, il y aurait longtemps que j'aurais cessé de vous importuner.
« Bonjour, mon cher ami. Tout à vous pour la vie.
« Il n'est pas possible de s'occuper ici et dans ce moment do l'affaire des colonies. Personne ne veut écouler. Par la suite nous pourrons y venir. »