‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 68 sur 130 · SUITES DU CONGRÈS DE VÉRONE. 2Ï · texte numérisé non relu

SUITES DU CONGRÈS DE VÉRONE. 2Ï

que ces moditicatioDs, combattues dans le Conseil par M. de Montmoreocy, avaient déterminé sa retraite. Le lendemain 28 décembre, une ordonnance royale nommait le vicomte de Cbateaubriand ministre des Affaires Etrangères.

Je citerai ici un trait qui peut servir à faire codnaitre la prévoyance toujours en éveil des diplomates. A peine la retraite de M. de Montmorency et la nomination de son successeur étaient<elles connues dans Paris, que je reçus la visite du comte Zicby, ambassadeur d'Autricbe dans une des principales cours de l'Europe ; il se trouvait, comme par basard, en ce moment à Paris. Se présentant chez moi, il se dit chargé par M. de Metternicb, qu'il m'assura avoir prévu ce qui venait d'arriver, de me féliciter et de m'offrir de sa part d'ouvrir avec lui une correspondance directe, ce qui serait, disait-il, tout à l'avantage des deux souverains et des deux pays dont nous avions à défendre les intérêts. On peut croire q ue je déclinai poliment cette proposition, qui naturellement n'eut pas d'autre suite.

J'aurais été bien imprudent si j'avais prétendu lutterd'adresse avec un diplomate aussi expérimenté. D'ailleurs quel avantage peut-on espérer k sortir des formes usitées depuis des siècles pour traiter des affaires entre les gouvernements ? Sans doute, en certaines occasions et avec certains hommes, il peut se trouver utile de négliger quelques précautions, pour obtenir sur un point donné des résultats plus rapides ; mais agir par les intermédiaires ofSsiels est certainement le moyen le plus sûr et le plus prudent. J'avais d'ailleurs assez à faire, comme président

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du Conseil, à ménager mes bons rapports avec le ministre des Affaires Etrangères, sans ajotiler à ces difficultés le double rôle que m'eût fait jouer une eorrespondance directe avec M. de Mettemich, tandis que M. de Chateaubriand eût continué, sans se douter de ces relations intimes, ses dépêches diplomatiques au cabinetautrichien. Cette manière d'agrir n'eût été ni franche ni sûre ; je fus sur-le-champ décidéànepasmemettredans une position aussi fausse. M. Canning Ht faire auprès de moi une tentative non sans quelque analogie avec la précédente, du moins quant aux résultats qu'elle aurait pu produire. Il me fît proposer par le directeur du Courrier, son journal affidé, d'insérer sans subvention et sans réserve tous les articles que je lui ferais adresser. C'eût été mettre ce directeur dans la confidence de mes propres pensées, ou des idées que j'aurais trouvé quelque intérêt à répandre, et l'initier, même en déguisant la vérité, à mes intentions les plus secrètes. Je me gardai bien de donner dans ce piège.

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