SUITES DU CONGRÈS DB VÉBONE
note concertée à Vérone ; j'étais cependaat, plus que tout autre peut-être, convaincu par l'expérience des trente dernières anaées, que les révolutionnaires ne peuvent reculer devant les conséquences, même les plus désastreuses, de leur œuvre ; que les peuples, une fois lancés en révolution, ne sauraient s'arrêter dans cette voie fatale. Dès mon entrée dans le ministère, j'avais prévu la nécessité de combattre, avec toute la puissance de notre org:anisation armée, l'anarchie 'périlleuse pour la France qui dévorait l'Espagne. Je voyais sans la moindre indécision combien il importait à la stabilité et à l'honneur du règne des Bourbons sur la France, de maintenir sur le trône la branche des Bourbons d'Espagne, de conserver à la' France le plus grand résultat de la politique de Richelieu et de la puissance de Louis XIV, l'abaissement des Pyrénées et la libre disposition de toutes nos forces militaires sur les autres frontières, fondée sur une sécurité complète du côté de l'Espagne.
Ce fut en conséquence de ces vues sur cet élément essentiel de la situation, qu'arrivant aux affaires comme simple ministre des Finances, je débutai par faire ajouter trente millions au budget du ministère de la Guerre, déjà présenté par mon prédécesseur. Je fis accorder par la Chambre des moyens de crédit pour solder toutes les charges arriérées de l'État, aËa de rentrer à volonté, en cas de besoin, dans la libre disposition de tous les effets à terme du Trésor, moyen leplus propre à fournir aux dépensesurgentes d'un armement les fonds nécessaires au succès. Enfin pour libérer le pouvoir de la sujétion, contraire
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à toute régularité, de demander chaque année des votes de crédit el des levées d'impôts provisoires, je 6s tenir deux sessIoDs, à la suite l'une de l'autre, et j'obtins à ce prix dix-huit mois environ de ressources financières en tout genre et pour tous les services, au lieu que depuis 1815, celles des six premiers mois de chaque année se trouvaient épuisées à ravanoe.
C'est en vue de la même éventualité qu'aux approches du moment fixé pour la réunion des souverains en Congrès, je profitai de la situation aggravée du roi d'Espagne et de la famille royale à Madrid, et de quelques démarches inconsidérées des constitutionnels espagnols sur nos frontières, coïncidant avec la cessation de la fièvre jaune en Catalogne, pour convertir le rassemblement des troupes françaises sur les Pyrénées, dissimulé jusque-là sous le titre de cordon sanitaire, en une armée d'observation, dont le rôle était hautement avoué et nettement indiqué.
Dans l'espoir de parvenir à une entente, )e Conseil des ministres se réunit presque chaque jour de ce mois de décembre chez le ministre de la Maison du Roi, alors indisposé, et presque chaque jour aussi le Roi consacra quelque temps à s'entretenir successivement avec M. de Montmorency et avec moi. Enfin il fallut en venir à une décision. Dans le Conseil du 2S, M. de Montmorency insista pour que la France s'associât aux trois autres puissances dans l'euvoi simultané d'une note au gouvernement espagnol, et le retrait de l'ambassadeur français au moment où ceux des autres puissances quitteraient Madrid. Je
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soutins le plan que je croyais préférable de suivre, mais je fns seul dans le Conseil de cet avis. Tous les autres ministres regardaient comme le parti ]e moins sujet à inconvénients, celui qui ne fournissait pas aux souverains le prétexte de craindre d'être abandonnés par la France dans la répression de la révolutiou espagnole qu'ils désiraient, pour se retirer eux-mêmes de l'alliance conclue avec nous dans le but de contenir l'Angleterre. Enlîn ils espéraient éviter la retraite du plénipotentiaire de Vérone et un changement ministériel inopportun dans des circonstances aussi graves. Toutefois pendant cette discussion ma démission était sur mon portefeuille, comme celle de M. de Montmorency sur le sien. Je trouvais la sûreté de la France et la dignité du Ro) compromises par l'envoi de notes analogues émanant des quatre puissances, et par le reirait simultané de leurs quatre ministres à Madrid. M. de Montmorency jugeait sa délicatesse atteinte et son honneur en jeu, si le Roi ne tenait pas les engagements pris par lui à Vérone envers les souverains, quoique ces engagements n'eussent été que conditionnels et subordonnés à la ratification de S. M.
AprÈs avoir entendu l'opinion motivée de chacun de ses ministres, le Roi prit à son tour la parole et traita la question sous tous ses rapports avec une grande supériorité de vues. Il termina par ces mots : « Les autres souverains ne sont pas comme nous en contact avec l'Espagne par leurs frontières ; ils peuvent, sans dommage et sans manquer à ces mêmes devoirs qui me sont personnellement imposés, abandonner l'Espagne et son roi à la révolution et à l'in-
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fluence exclusive de l'Angleterre. Quant à moi, je ne puis rompre me» relations avec ce pays et retirer mon ambassadeur d'auprès de mon neveu, que le jour où cent mille Français passeront la frontière pour venir en aide à l'un et à l'autre. » • Ainsi fut décidée la grave question qui divisait le conseil des ministres depuis le retour de M. de Montmorency et arrêtée définitivement la ligne de conduite de la France à l'égard de l'Espagne, sujet qui occupait tous les esprits depuis l'ouverture du congrès de Vérone. M. de Montmorency donna sa démission le jour même. On s'étonna d'une retraite suivant de si prës l'ordonnance du 1" de ce mois, oîi le Roi lui avait accordé le titre de duc en récompense de ses services au Congrès. Eu réalité, en revenant de Vérone, M. de Montmorency avait remporté un véritable succès ; nous étions assurés de l'appui moralquenous désirions de la part des trois grandes puissances pour contenir le mauvais vouloir de la quatrième ; le projet de note, le rappel de M. de La Garde, étaient réservés comme entièrement facultatifs pour le gouvernement français : la situatioo restait donc satisfaisante. 11 était politique, à la clôture du Congrès, à l'arrivée de M. de Montmorency, de donner un témoignage éclatant de cette satisfaction ; cette mesure pleine de justice eut l'assentiment unanime des membres du Conseil et fut adoptée par le Roi. Il était nécessaire d'expliquer cette faveur, si contradictoire en apparence, avec la sortie du ministère de M. de Montmorency, moins d'un mois après qu'il avait été ainsi récompensé, n n'y avait nulle inconséquence entre ces deux actes.
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L'un avait trait au Coagrès de Vérone ; l'autre fut Je résultat d'une scission dans le Conseil des ministres sur un point dont la décision avait été réservée, M, de Montmorency ayant 'manifesté une opinion opposée à celle du Roi, y tint assez inébranlablement pour préférer quitter le ministère plutôt que de faire à S. M. le sacrifice de cette manière de voir.
Pour bien juger sous ses diverses faces la ques^ tion qui occupa si longtemps et si péniblement le Conseil des ministres, il faut se rappeler les faits qui se passaient en Espagne. Us donnaient la preuve la plus éclatante des mauvais résultats que devait inévitablement amener le système adopté par M. de Montmorencyet par une partie des plénipotentiaires réunis à Vérone: celui de seconder les royalistes espagnols par des secours pécuniaires, par des envois d'armes et de munitions, de faire reconnaître la régence d'Urgel par les quatre grandes puissances et d'obtenir la réalisation de l'emprunt offert par M. Ouvrard à la seule condition de cette reconnaissance. L'assurance aventurière de ce dernier personnage lui avait gagné la confiance de quelques-uns des souverains eux-mêmes. Sur ces entrefaites la régence d'Urgel avait été expulsée de Puyeerda par les troupes constitutionnelles , les membres de cette Régence et l'armée de la Foi, avec son cbef, le baron d'Eroles, s'étaient vus dans la nécessité de se retirer sur le territoire français ; ils arrivaient à Toulouse les 7 et 8 décembre.
Après le Conseil du 28, M. de Montmorency alla porter sa démission au Roi, qui l'accepta et me
manda le soir même pour conférer du choix de son successeur. Â la suite de cette conversation, il m'autorisa à offrir à M. de Chateaubriand le portefeuille des Affaires Étrangères , m' avertissant de ne le faire qu'eu mon nom et ea réservant l'approbation royale. S. M. me dit être certaine qu'il avait donné à M. de Montmorency sa parole de ne pas accepter; pour ne rien commettre, elle me chargea de nouveau de ce portefeuille par intérim. Le choix de M. de Chateaubriand nous était imposé par l'obligalion de conserver l'appui éventuel des puissances continentales, devant une intervention possible de l'Angleterre contre nous durant la campagne d'Espagne : la retraite de M. de Montmorency leur eitt offert, pour renoncer au traité qu'il avait conclu, un prétexte, que leur ôtait soa remplacement par M. dé Chateaubriand, comme lui représentant du Roi k Vérone. Enfin pour ne laisser, ni au public, ni aux cabinets étrangers, un doute sur la ligne que nous étions résolus à suivre, le Roi m'autorisa à expédier k M. de La Garde et à faire insérer au Moniteur la note dont le projet avait eu la préférence de S. M. dans le Conseil. Cette pièce de la plus haute importance était le premier document authentique qu'il eût été possible de communiquer au public depuis la réunion du Congrès. Elle dévoilait la marche qui y avait été suivie relativement aux affaires d'Espagne, les décisions prises à cet égard par les souverains alliés, et les modificalioas que la position toute spéciale du Roi et de la France avait décidé le gouvernement de S. M. à adopter quant au mode de procéder à ce sujet. On ne put ignorer
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