‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 7 sur 130 · PREMIERS EMBARRAS SU MINISTÈRE · texte numérisé non relu

PREMIERS EMBARRAS SU MINISTÈRE

vues monarchiques, au lieu de les laisser exploiter par la gauche dans une tendance anarcbique et désorganisatrice. Nous avons vu que le début fut de soustraire la royauté à la nécessité de demander continuellement la censure et d'implorer un vote de confiance qu'on ne lui concédait qu'au prix des conditiong les plus humiliantes. Ce fut aussi pour émanciper l'autorité royale de l'obligation de mendier chaque année le vote des levées provisoires de l'impôt, dont plus d'une fois la Chambre avait menacé de prendre occasion pour imposer au gouvernement ses exigences les plus dures, que le ministère s'empressa de faire teiiir deux sessions. Ainsi le vote de l'impôt se trouva assuré d'une façon permanente pour dix-huit mois d'avance, mesure féconde en force et en garanties pour l'autorité, si l'on savait en tirer parti dans les circonstances où la réunion des Chambres offrirait des inconvénients et des dangers.

Ce fut surtout dans la discussion du premier budget de la nouvelle administration qu'on put voir quelles luttes incessantes elle aurait à soutenir, et quelle voie elle suivrait pour faire triompher de tant d'obstacles la cause de l'intérêt public. Quatorze jours furent employés à discuter le budget le plus simple, le plus exempt de toute mesure nouvelle et de toute combinaison extraordinaire. Il me fallut trente discours, de plus ou moins d'étendue, pour repousser les attaques, rectifier les erreurs avancées par nos adversaires, mettre en garde la majorité qui était notre appui, contre les piëges tendus à son inexpérienceetà ses bonnes intentions mal éclairées.

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n fallut expliquer en son entier la situation réelle du Trésor, qui se trouvait à découvert de deux à trois cents millions, alin de nous justifier d'accumuler des fonds surabondants, inutilement enlevés aux contribuables, comme le prétendait l'opposition. II fallut, bientôt après, se défendre vis-à-vis des banquiers, afin de ne pas se mettre dans leur dépendance pour les mouvements de fonds, et prouver que les receveurs généraux étaient des agents bien plus sûrs, bien plus soumis et bien moins chers que ces banquiers eux-mêmes. Il fallut justifier mon prédécesseur sur l'émission de douze millions de rentes, créés pour rembourser des titres échus ; sans cette ressource le Trésor eût été contraiut de mettre en circulation des valeurs à terme, au lieu de se libérer définitivement avec des rentes perpétuelles.

Les députés de l'opposition s'elTorcërent de répandre des doutes sur les comptes rendus aux Chambres par les ministres ordonnateurs des dépenses, comme étant fournis sans contrôle; ils voulurent obtenir dos garanties en établissant des relations directes entre la Chambre et la Cour des Comptes. Je dus m'y opposer ; cette Cour n'avait à juger que les seuls comptables, et la Chambre des députés, en se mettant en rapport direct avec elle, l'aurait par cela seul fait entrer en partage dans la critique et le jugement des actes ministériels; on eût porté une grave atteinte à l'autorité des Chambres, comme à l'institution si utile de la Cour des Comptes. J'exprimai l'espoir d'être, dès l'année suivante, eu état de fournir par un arrêt de conformité entre les

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