‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 78 sur 130 · S92 MARS · texte numérisé non relu

S92 MARS

pourvoir aux besoins de l'armée en Espagne et de contenir le parti qui nous y secondera. V. Exe. se charge de la première, et lesmesures qu'elle veut bien me faire connfûlre ipe donnent lieu d'espérer que nous pourrons payer régulièrement la solde des troupes et suffire même aux premiers appiovîsioiinements à faire dans le pays.

I' Quant à la seconde, nous travaillons à la lever en préparant pour l'armée de la Foi une organisation régulière, qui la soumette à l'autorité du prince général en chef et y introduise de l'ordre et de la discipline. Mais il ne faut pas se dissimuler que nous aurons beaucoup à faire, pour ne parvenir à ces résultats que bien imparfaitement.

<( Santos-Ladron, principal chef des guérillas de la Navarre, vient de récuser l'autorité du génétal O'Donnell, et a entraîné presque toutes les troupes de Navarre que nous venions d'habiller et d'armer. Ceux de la Catalogne et de la Biscaye, sans faire de déclaration formelle à cet égard, n'ont guère de relation avec les chefs qui sont en France, que pour les besoins de leurs troupes ; ils parcourent le pays en se livrante toutes sortes d'exactions, de vengeances, et s'y font craindre à tel point que les classes les moins portées à favoriser les révolutionnaires, concourent pourtant à la destruction de ces bandes. Quel que soit l'éloignement de quelques-uns des membres de la Régence pour le général Eguia, je pense qu'il serait bon de l'admettre dans le nouveau conseil, parce qu'il a une grande influence sur les chefs des guérillas; son mécontentement serait dangereux. S. A. R. doit déjà savoir à quoi s'en tenir

L,q„,=c.DïC00gle

LKTTBE DE S. A. B. H*'» LE DUC d'aNGOU LÉJIE. 293

sur les meilleurs moyens de rapprocher entre eux les partis de Malallorida et d'Eguia et rattacher ainsi à la nouvelle junte le plus grand nombre possible d'Espagnols marquants.

« J'attends l'arrivée de MM. de Martignac et de €aux et suis prêt à agir do concert avec eux pour toutes les relations délicates que nous devons entretenir avec la nation espagnole. D'après les intentions de V. Exe,, Tordre du jour basé sur la proclamation aux Espagnols sera lu à l'armée le jour même do la publication de cette pièce.

<i J'accepte avec autant d'espoir que de reconnaissance les vœux que V. Exe. a la bonté de m'adresser; je puis au moins lui promettre que je ferai tout pour qu'ils soient bientôt réalisés.

« Je suis avec un profond respect, Monseigneur, de V. Exe, le très humble et très obéissant serviteur.

<t Le Major général « Comte Guilleuinot. »

CCLXXXVIII. S. A, R. M"" LE DUC d'aNGOULÉME AU COMTE

DE VILLËLE.

Toulouse, ce 27 mars 1823.

« Monsieur le comte de Villèle, J'ai reçu hier matin voire lettre du 23, ainsi que celle du maréchal duc de Bellunc. Sa nomination comme major général ne m'étonne pas, car depuis longtemps je savais qu'il y travaillait ; je ne me permets aucune supposition, mais ma position devient toute différente, et craignant de ne pouvoir plus être

d'aucune utilité au service du Roi, je désirerais qu'il voulût bien s'occuper de. mon remplacement. Je serai le 31 à Bayonne, jo verrai les choses par moimême, et si le 7 avriljo n'avais pas reçu de nouveaux ordres du Roi, il serait possible que je fusse obligé de remettre provisoirement le commandement de l'armée au maréchal duc de Belluae.

Il Mettez, je vous prie, aux: pieds du Roi l'hommage de mon respect, de mon dévouement et de mes regrets de l'impossibilité où je crois me trouver de pouvoir le servir, ainsi que notre patrie, comme je l'aurais désiré.

« J'ai vu hier, d'après leuv demande, l'archevêque de Tarragone, avec M. de Gispert, M. de Matatlorida avec M. d'Ortaffa ; ils tiennent beaucoup à la régence. Je leur ai dit qu'elle ne serait pas reconnue, et que l'archevêque serait seul .admis dans te nouveau conseil ; je joins ici une partie des papiers qu'ils m'ont remis : je ne désespère pas que l'archevêque ne se détermine à se rendre seul à Bayonne; il m'a promis d'y penser.

« Je profite avec empressement de cette occasion pour vous assurer de toute ma considération.

« J'oubliais de vous accuser la réception de la proclamation aux Espagnols, qui me parait très bien. »

:,q,t,=cdbïGoOg[c

LETTRE DU GÉNÉRAL GlILItMINOT.

CCLXXSIX. LE GÉNÉRAL COMI'E GUILLEHINOT AU COMTE

" Bayoïme, le 27 mars 18Î3.

« Monseigneur, V. Exe, doit être informée que le miDistre de la Guerre a cru devoir faire arrêter un de mes aides de camp. D'après des avis reçus postérieurement, le fait qui avait donné des soupçons sur cet estimable officier, doit déjà être éclairci, puisqu'on a pu arrêter les gens qui ont mis à son adresse une caisse d'efTets militaires aux emblèmes de la révolte. Cet événement m'a profondément affligé par le mauvais effet qu'a nécessairement produit sur la ville de Bayonne et dans l'armée l'arrestation d'un aide de camp du major général, faite la nuit dans la propre maison de son général et sans son intervention. Un instant de réflexion aurait suffi pour éviter ces irrégularités aussi fâcbeuses qu'offensantes pour mot. Je demande qu'elles soient réparées dans la personne de cet officier par le seul moyen qui reste à S. Exe. le ministre de la Guerre ; c'est que M. de Lostende, mon aide de camp et mon ami, me soit renvoyé avec le grade que je sollicite pour lui depuis plusieurs années et qu'il mérite depuis bien plus longtemps encore.

« Je suis avec respect, Monseigneur, de V. Exe, etci< Le Major générai

:,q,t,=cdbïGoogle

CCXC. — s. A. B. M"* I.E DrC d'aSGOULÈME AU COMTE du: VILLËLE.

u Bayonne, le 31 mars t823.

(( Monsieur le comte de ViUèle, H Ayant appris que ma présence était absolument nécessaire pour calmer les inquiétudes, j'ai hâté mon arrivée de vingt-quatre heures, qui a eu lieu hier à sept heures et demie. Le duc de Bellune m'avait précédé de quelques heures; je lui ai fait part de ce que je vous avais mandé de Toulouse, et que j'étais décidé à laisser les choses comme elles étaient jusqu'à ce que j'aie reçu voire réponse ; il voulait repartir sur-le-champ, je l'en ai empêché. D'après l'ordre qu'il m'a apporté, je vais faire l'impossible pour passer la frontière au plus tard le 7, et je vais faire imprimer la proclamation aux Espagnols. M. de Caus est arrivé ce malin. Je vous renouvelle l'assurance de tonte mon estime.

B Louis-Antoine.

« M. de Marlignac est arrivé ce soir; je lui ai remis tous les papiers que j'avais, qui ont rapport aux Espagnols; il en prendra connaissance et vous en rendra compte. »

Page 1