‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 80 sur 130 · MARS 1S · texte numérisé non relu

MARS 1S

peulrètre aurais-jc ajouté à l'irritalion que le prince ne pouvait pas dissimuler.

Il Les choses sont d'ailleurs ici dans un état très satisfaisant et je ne pense pas que l'incident qui me concerne puisse le changer. L'armée est dans les meilleures dispositions; les régimeals qui la composent ont une attitude imposante, leur tenue est belle et on ne se rappelle pas d'avoir vu des troupes plus disciplinées.

« Les approvisionnements en subsistances devraient être considérables, si mes ordres avaient été ponctuellement exécutés. Sous ce rapport, j'ai à ine plaindre de M. le comte Andréossy. Toutefois le service ne souffrira pas. Les magasins contiennent de quoi alimenter l'armée pendant son séjour sur la ligne qu'elle occupe et on pourra faire marcher à sa suite, 'au moment de son entrée en Espagne, des provisions suffisantes pour la nourrir pendant quinze jours. Des bâtiments chargés de grains et de farines sont attendus, deux sont arrivés hier. Ces ressources nouvelles suivront les premières en Espagne, où il est probable que l'on en trouvera abondamment moyennant paiement. Les denrées existantes et celles que l'on attend incessamment doivent alimenter l'ai-mée pendant plusieurs mois. Ainsi nous pouvons être tranquilles à ce sujet.

» .\ mon arrivée ici, jo me suis occupé de la traduction du premier paragraphe de la proclamation du prince aux Espagnols, les autres étant déjà traduits. Cette pièce va être imprimée, comme nous en sommes convenus, en français et en espagnol. Elle

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LETTRE DU MAHËCUAI. bIC DE BELLUNE. Î99

sera immédiatement après envoyée aux Espagnols «t à notre arméu.

« Les nouvelles que je reçois de Paris sur ce qui so passe au ministère de la Guerre, m'alTectent sensiblement. Les procédés inconcevables de U. le général Digcon sont de nature h. me faire croire qu'il se trame quelque chose coutre mes intérêts; mais rassuré toutefois par les témoignages de bienveillance que j'ai reçus de mes collègues au moment de mon départ el pendant tout le temps qui s'est écoulé depuis que S, M, a daigné me confier le portefeuille de la Guerre, j'ai lieu de croire que les projets des personnes qui me sont contraires seront déjoués.

.1 La position où je suis placé n'est pas soutenable ; repoussé en quelque sorte par M^' le duc d'Angôulème ; poursuivi, à Paris, par la méchanceté et poutëlre les calomnies, je dois demander qu'il me soil incessamment adressé de nouveaux ordres. Je me sens supérieur à tout ce que la malveillance peut débiter et entreprendre contre moi. Les actes de mon ministère sont ta poury répondre, et leur examen prouverait au besoin que personne ne sert le Roi avec plus de zèle, de loyauté et de désintéressement que moi; mais il est pourtant bien dur, après avoir tant fait pour le trône et pour mon pays, d'être ainsi le jouel des passions. J'attends donc de votre amitié, monsieur le comte, et do celle de mes collègues, qu'il sera pris très promplement une résolution qui me fasse sortir de l'état pénible où je me trouve.

" Je ne terminerai pas cette lettre sans vous

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annoncer que la conduite de M. le général Guillemînot est sans reproches, que l'on se loue des dispositions qu'il a faites jusqu'à présent pour assurer le bien-être de l'armée et pour la préparer à entrer en campagne. Je pense que les opérations pourront commencer dans cinq ou six jours.

« Agréez, monsieur le comte et cher collègue, l'assurance de ma haute considération et de mon sincère attachement.

« Le Maréchal de Bellume. »

ccscii. — 5. a. r. monsibl'b, au comte de villèle.

« Je VOUS renvoie, mon cher Villèle, les lettres que vous aviez confiées à la duchesse d'Angoulêtne. Ne vous attristez ni ne vous tourmentez pas trop de tout ceci: vous deviez pressentir ce que mon flls a éprouvé ; mais soyez bien sûr qu'il ne pense et ne pensera plus à la demande de son retour; ce n'est que l'efTet d'un premier mouvement. Quant aux Espagnols, ce n'est que sur les lieux que l'on pourra juger le meltleur parti à prendre. Les demandes de la Régence ne sont pas acceptables.

« Je joins encore ici une lettre pour mon fils, que je vous prie de faire partir par le courrier que vous envoyez aujourd'hui.

« Ménagez-vous, mon cher Villèle, suivons bien notre route, et le ciel nous protégera. Vous connaissez de reste tous mes sentiments pour vous.

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lETTlES LE ■. l'E ViLLÉLC SI!

'■ J'apprends à rinstant l'excellonle r«'[»onse que vous «veE bile anx atUqoes d'uD méchant fst. i>l ^en jouis de boa cœur'. <•

CCSCIU. LE OOMTE AE V1LL£L£ A S. \. R. H'* LE t» i

D'A!()iOl L£ME.

<■ 31 mars ISi.i, •' Monseigneur.

« Le Roi, ayant entendu l'avis de son Conseil, peDse que d'après le discours de la couronne et l'imporlanco des opéi-alions militaires, V. A. R. doit garderie comoiandement de l'armée et renoncer à le remettre en d'autres mains. Le Hoi, appréciant conime ils doivent l'être les talents, les sorvices et le dévouement de M. le général Guillemiuol, verrait avec la plus vive satisfaction cet excellent officier employé auprès de V. A. R. en telle qualité qu'il lui plairait. La mission de M. le duc de Bollune n'étant que temporaire, et pouvant. Monseigneur» être abréj^ée selon les circonstances et vos vues ultérieures, V. A. R. pourra alors désigner pour son armée le major général qu'elle voudra.

H Le Roi pense encore que pour le bien de son service; rien ne doit retarder l'entrée des troupes

i. Dans la séance de la Chambre des députés du 30 mur», M. df La Bourdoonaye avait prononcé un discoun empreint dp l'animosité personnelle la plus violente contre le président du Conneil. H. de Villèle réfuta avec le plus grand calme tous les argument!! qui portaient sur la loi des finances alors en discussion, *an> faire même nne allusion aui attaques les plus Itlessantes de son adversaire. Cei discours, insérés au Moniteur de IB23, p. 9li3-3S4, méritent d'être luH et peuvent servir à connuitre le caractère si oppim^ des deux orateurs; le premier s'aidait de notes préparées i loisir, laodU que la réponie du ministre était une improvisation.

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en Espagne; V. Â. R. est absolument libre de composer le conseil, ou la junLe suprême espagnole, d'après Texigence des cas' et la plus grande chance de succès.

«Jesuisavecunprofoûdrespect, Monseigneur, etc.

i:(;xciv. i.e comte de villèle a s

d'anûoulëmë.

« Monseigneur,

« y. A. R. me permettra sans doute d'ajouter un mol à la lettre officielle que je lui adresse d'après Tavis du Conseil et les ordres du Roi.

« Tout serait perdu si V. A. R. persistait à refuser le commandement de l'armée et la suprême direction de l'opération si délicate sur l'Espagne.

« L'afTairo de M. do Lostende est on ne peut plus malheureuse; mai», comme me le disait le Roi, il n'y a qu'un instant, Dieu lui-même ne peut empêcher que ce qui est fait ne soit fait ; dans la circonstance donnée on ne pouvait laisser les choses en l'état où elles étalent, sans s'exposer à de graves reproches ; le remède qu'a indiqué depuis Guilleminot, n'était même pas à notre disposition, car il n'y a que la justice qui puisse prononcer sur son aide do camp nt il y en a pour plusieurs mois avant que ce procès soit terminé. Ce qui importe, c'est que Guilleminot conserve comme il la mérite, l'estime de Monseigneur et de toute l'armée ; c'est ce qu'il réalisera di-

gnement en restant auprès de V. A. R. et en j remplissaot les fonctions temporaires qa*il vous plaira de lui confier, jusqu'à l'époqne oà le maréchal pourra venir reprendre son ministère et quitter la place de major général sans inconvénient.

n M. de Lostende est arrivé ici ce matin et a été remis à la disposition du Roi ; l'instruction est encore secrète, mais j'entends dire qn'on ne peut rien tirer des prévenus ; l'adresse de la caisse est heureusomeol de la main d'un de ceux qui sont pris, ce qui permet d'espérer que cette partie de l'affaire pourra ^Ire éclaircie ; quatre autres viennent d'être arrêtés à La Rochelle ; tons se rendaient en Espagne, pour y grossir la tronpe des réfugiés et tenter d'embaucher dans notre armée.

« J'ai su que Monseigneur, en passant à Villefranche avait pensé à demander de quel cdté était Morvilles, je suis aussi sensible que je le dois à cette marque touchante de la bonté de Y. A. R.

« Si la pureté des intentions et le dévouement de toute monexislence peuvent en rendre digne, V.A.R, peut l'accorder à votre très humble et très obéissanl serviteur.

<i Que Monseigneur ordonne sur cette Régence et ces Espagnols dont il faut se servir, ce qu'elle croira plus propre à faciliter ses opérations.

<• Si V. A. R. trouvait quelque chose à rectifier dans la proclamation, qu'elle le fasse ; nous ne pouvons tenir qu'à ce que le bien soit opéré et sur les lieux on en juge mieux que de loin.

« Enfin, pour le service de l'armée, que Monseigneur me fasse tenir exactement informé des sommes qui seront nécessaires, et je m'arrangerai pour que les caisses de réserve puissent toujours suppléer à ce qui n'auraitpu être fourni à temps ou d'ailleurs, u

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