CCXCV. — LE MARÉCHAL DUC DE BELT.U^Ë AU COHTK DE VlLLÈtE
c< Bayonne, le 2 avril 1823.
« Monsieur le comte, la lettre que j'ai eu l'honneur de vous adresser le 31 mars, vous a fait connaître ma position et les désagréments que j'en éprouve. Elle est en effet fort extraordinaire : ministre du Roi, maréchal dcFrance etmajor général deTarmée des Pyrénées, je n'ai pas ici le pouvoir d'un caporal. Le prince persiste dans la résolution qu'il a prise de ne point me reconnaître en ma qualité de major général, et de se retirer si le gouvernement persiste lui-même à exiger que l'ordonnance royale qui me donne ce litre, soit exécutée. J'ai IfLché de faire sentir à S. A. R. les inconvénients très graves qui résulteraient de sa détermination dans le cas dont il s'agit, l'effet fâcheux qu'elle produirait à l'armée, en France et dans le reste de l'Europe. Elle répond qu'elle est irrévocablement décidée, quoi qu'il en puisse arriver, à moins que je ne me soumette à la condition que le général Guilleminot sera son chef d'élat-major, c'est-à-dire qu'en cette qualité, cet officier général fasse avec le prince toutes lesdispositioas militaires que les circonstances pourront exiger, et que j'en surveille l'exécution. Je représente, mais
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LETTRES DU MAHACUAL DUC DE BELLDNE. 305
en vain, qu'en souscrivant à cette condition, je dégraderais les litres dont je suis revêtu, en même temps que j'aiïaiblirais l'autorité qu'ils me donnent; le prince ne partage pas mon opinion à cet égard et il répète qu'il préfère me céder le commandement de l'armée à me voir exercer les fonctions de major général dans toute leur étendue.
« Dans cet état de choses, il n'y a pour moi qu'un parti à prendre pour éviter l'effet déplorable que produirait le départ du prince, c'est celui de prendre sur ma responsabilité toutes les chances de la désobéissance, de retourner à Paris, et en conséquence de laisser l'étaL-major de S. A. R. tel qu'il a été formé. Cette détermination de ma part est forcée et je ne pourrais en adopter une autre sans exposer l'Etat aux plus grands dangers, sans ajouter au désagrément que j'éprouve, enfin sans compromettre la dignité des titres dont je suis revêtu.
« D'après cet exposé, le Conseil du Roi ne devra poiat être surpris quand il apprendra mon retour dans la capitale. 11 en appréciera les motifs et j'ose compter sur son approbation. S'il en était autrement, je serais doublement malheureux; mais je trouverais ma consolation dans la certitude d'avoir rempli un devoir pénible, mais commandé par la circonstance.
M Je prie V. Exe, d'en instruire le Roi et son Conseil ; je me soumets d'avance aux décisions qui seront prises à mon égard.
« L'armée continue à montrer le meilleur esprit; sous quatre jours au plus tard, elle franchira la Bidassoa pour commencer ses opérations, et tout porte
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30e AVRIL 1S33.
h croire qu'elles auront un plein succès. Je regrette vivement de ne pas pouvoir y contribuer, et y donner en celte occasion une nouvelle preuve de mon entier dévouement au Roi et à mon pays.
« Les bruits qui se répandent ici de mon remplacement au ministère de la Guerr«, produisent un effet déplorable. On est d'autant plus porté à y ajouter foi, que la conduite de M. le général Digeon à mon égard paraît les justifier.
» Agréez, monsieur le comte, l'assurance de ma haute considération et de mon sincère attachement.
«. P. S. — J'ai dans mes mains, et je me réserve de les soumettre au Conseil, les preuves irrévocables que l'administration des subsistances n'a pas exécuté, ou du moins ne l'a fait que fort tard, les ordres qu'elle a reçus de moi au mois de juin, et que j'ai répétés souvent depuis, de pourvoir aux approvisionnements de l'armée. Les mêmes pièces constatent que les rapports faits à ce sujet par M. le comte Andréossy sont tous mensongers; cependant on a remédié autant que possible à sa négligence, et l'armée sera pourvue. »