‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 88 sur 130 · CCCXH. LE COMTE 1>E VILLÈLE A M. DE MARTIGNAC · texte numérisé non relu

CCCXH. LE COMTE 1>E VILLÈLE A M. DE MARTIGNAC

« Paris, le 13 avril 1823.

« Je reçois, mon cher monsieur, votre lettre du 9, et commencerai par vous exprimer, comme je l'ai fait hier dans ma lettre à Monseigneur, combien je vous plains d'avoir alTaire à des auxiliaires aussi déraisonnables.

« Cependant, comme il faut en avoir, comme il importe beaucoup que les Espagnols ne nous consid^rent pas comme des étrangers qui viennent leur dicter des lois, et qu'il est indispensable qu'il s'organise dans le pays même une force capable de comprimer les partisans de la révolution que vous allez détruire, il faut sans doute que vous persistiez dans la voie que vous avez suivie, en utilisant ceux de ces Espagnols qui veulent marcher avec nous, et éloignant ceux qui ne cherchent qu'à créer des obstacles.

" A mesure que vous pénétrerez dans le pays, il sera peut-être possible de renforcer votre junte de quelques-uns des hommes les plus influents dans chaque province ; vous pourriez aussi peut-être tais-

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ser s'organiser dans chaque localité des autorités royalistes qui, si elles ne marchent pas d'une manière bien uniforme et avec une entière subordination dans ie sens de notre junte centrale, du moins administrent le pays, y maintiennent Tordre et y fassent triompher les partisans du roi sur ceux de la révolution.

1» Ces choses ne peuvent être bien appréciées, être décidées que sur les liens ; le but seul a pu être indiqué par nous; c'est à vous à employer les moyens que vous trouvez les plus propres à l'atteindre. Nous vous approuverons et seconderons de tout noti-e pouvoir.

H Nous aurons bien plus de difficultés probablement à faire reconnaître l'autorité de votre junte dans le pays où va opérer l'armée du maréchal Moncey'; il eût été peut-être possible que, dans cette partie, on cùL confié l'organisation à une commission composée des membres qui se refuseutà siéger dans votre junte, agissant sur des points distincts et séparés ayant peu de contact ensemble ; peut-être aurait-on pu par ce moyen utiliser dans les provinces de l'Ouest l'inQùence du général Eguia, et dans celles de l'Est colle de Matatlorida et des évêques de ïarragone et d'Urgel. Il s'agit bien moins d'organiserun gouvernement central pour l'Espagne, qu'une administration espagnole et provisoire sur les derrières de l'armée française, et de créer une armée espagnole contre la révolution ; je vous livre ces idées après en avoir causé avec nos collègues, qui

]. La Calalogne.

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LETTRE DE H. DE VILLÈLE. S'il

du reste sentent, comme moi, que c'est surtout à Monseigneur, éclairé de tous les documents qui nous manquent, h preudre les décisions sur cette matière. « Il faudra que les autorités espagnoles vous servent aussi à entretenir les troupes de leur nation qui opèrent avec notre armée; il serait impossible de continuer longtemps à pourvoir aux frais d'une guerre, dans laquelle nous paierions au paya tout ce dont nous aurions besoin pour nos troupes, et tout ce dont auraient besoin les soldats du pays. La junte auprès de Monseigneur doit surtout s'employer à ce que le produit des impôts dans les provinces soumises par l'armée, tourne exclusivement A solder et fournir régulièrement de tout ce qui leur sera nécessaire, les troupes espagnoles.

»i Nous allons faire tous nos efforts pour réparer les fautes faites dans l'administration de l'armée; j'y pourvois, autant qu'il est en moi, eu ne laissant pas manquer l'argent dans les caisses de réserve ; mats i| me serait dur de le voir passer dans les malus des fripons, comme cela arrive d'ordinaire eu de pareils désordres.

« Nous n'avons plus à la Chambre que le budget des Finances à voter. Tout annonce que la session pourra se clore à la fin du mois, et que passé cette semaine, il n'y aura plus de séances. Adieu, mon cber monsieur, bon courage, prompts succès ; comptez sur nous pour vous eu fournir tous les moyens qui sont à notre disposition. De coeur tout à vous.

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